Erik Stohellou

Scories

Copyright 1980

Et tout à coup ce filet d'eau sur un volcan, la chute mince et ralentie de l'esprit. Antonin Artaud

Table Je ne parle Le vent est tombé Outre l'avancée Circulairement Présence Averse Sonder Dépasser l'impasse Excave Dialogue A Suivre Résurgence... Mot/lancé... Parler/peut-être... Poids mort... Seul/malgré... L'imaginaire... Signe de l'absence... Dans l'autre



Erik Stohellou

Scories

Je ne parle pas je joue sur une scène mes passages d'hiver

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Le vent est tombé les branches frissonnent insensibles à la cruauté du silence qui ose encore courir sur le chemin de halage ? il y a quelque chose qui martèle l'air et rend le souffle impuissant il y a le sang condamné à se taire elle se tient sur le bord de l'ombre elle nous fait signe de la suivre et ses traces sont de cendres chaudes il manque un pan au soleil et le ciel vacille dans son sang des oiseaux signalent leur départ l'écho de leur cri résonne sur nos lèvres il y a le réel miné par un songe

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Image renversée comme le gouffre sur le ciel le sang des autres qui nous dénonce le sang des autres qui nous renie Nous trébuchons sur des rues pavées et nos pieds sentent battre le cri le coeur sous les pierres froides et nos mains d'ivoire fouettent l'air cherchent la faille dans l'espace nos mains nos mains exangues tachées de sang...

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outre l'avancée le passage des mots langue de pierre sur le lac entrechats des vagues et de l'écume le silence défait par l'éclatement de lumière dire morcelé par la mémoire et l'éloignement des frondaisons

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Ciculairement les cendres du visage répandues source de peur * l'orage chemine sous la peau affleure sous les doigts * Que nous restera du décor rêvé les lambeaux de chair lavés du souci * la courbe s'accentue je défends mon espace contre le gel je m'élague... * l'écart se tord sous la lampe arrive la saison

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Présence accordée en contrepoint se mettre en état d'attention blanc, caresse soyeuse il était une fois... Transparence du sourire regard perdu sur l'eau approche d'identité charme du geste esquisse acquise ceindre le désir de plis mauves une machine ronronne un oiseau... et l'herbe absorbe les corps

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Averse inverse bouillonnement d'écume en gerbes grondantes flamme aqueuse Aimantation du corps sort En cordée sur le courant l'au-delà du pont -- fragile entrecroise -- Fougère : clé des champs parmi les genêts l'ombre de Corbière Grondement sur le ciel orage désiré déclanché averse...

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Sonder l'empreinte... la mort en cercles concentriques Moi-même ................................. cible Songer l'emprise lorsque l'autre à coté souffre Que faire ? sous la froideur liquide... Parfois se détacher parallèlement Face à Face de cubes impénétrables Parfois se détacher par allègement Encerclement de l'oubli Serres enfoncées jusqu'à l'os Cracher sa bile -- ils joueront avec

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§ à T. L.

Dépasser l'impasse du silence Enfreindre le don Sensation insolite, Le sang circulant giratoire Au creux de soi Exergue Le sourire dans la nuit au triangle de ton sexe le parfum d'algues brunes senteur forte grisante vertige d'ensevelissement Le temps, Tremblement de feuille Au parage de se perdre Les peupliers menacent le vent La roue contre l'eau Halète Brisures, Paillettes de lumière tes seins s'accusent durement frémissement sous la langue et tu appelles les yeux dérivés ton corps enlacé au plaisir s'exaspère en arabesques Un chien aboie...

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EXCAVE

Lueur sur le silence souterrain fugitive souveraine muette avancée de l'écho donnée du vertige la zébrure de l'excés ; saignure d'orage Cendres, cendres l'instant hanté par l'épaisseur de la nuit rafales griffant la mémoire (murmure de neige) le pas s'affaisse dans la parole confuse dénouant les parallèles

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Dialogue, de soi à soi, doublement de la mémoire comme on double un cap : dé-figuration ou encore ce qui délimite le soi la charge du corps où encore ce qui élimine le soi décharge du corps ? le doigt du double sur la langue qui tord la langue et les mots qui se démasquent rien porteur de rien ça vous ricane chercheurs d'or, chercheurs d'os ça vous ricane du néant à la gueule soi perdu dans soi, mordeur de mots mordu et le tremblement de la mémoire comme tremble la terre...

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A SUIVRE ...considérer le langage sous la forme de l'Incantation. A. Artaud I

Résurgence du dire dans l'insoutenable brisure du délire Rencontrer l'autre face du Dé confronter / conforter au lieu perpétuel résonner la langue claquante, caressante avec le rire interne fusant flux du corps dénoncé, indésiré fusée sur les zones d'ombres de la bouche -- pâtés d'encre écrasés sur les dents Odeur de censure, malgré la sincérité...

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II

Mot lancé contre le hasard -- faces démultipliées du Dé Ricochet à la mesure des gestes -- quelques remous à suivre ? -- Tension soutenue Parler à l'Autre... Accord plaqué sur le mutisme en vue d'une opération incertaine -- connaître ou reconnaître -- Braquer le rire... Alors entreprise insensée Pourtant un naufrage (même d'ineffable) irrite l'eau assoupie Abordage / sabordage Hé ! Hé!

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III

Parler peut-être... Renouvellement de la terre Par la langue : semence infime levée Rire qui sait Tracé nouveau des sentes Par le chant Germé Au sein du silence Crier se crier Savoir un arbre enraciné contre la nuit un arbre échevelé fouettant la peur un arbre au fruit saignant (pâleur sur la mousse) Parler, peut être...

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IV

Poids mort sur la langue chair gangrenée de lâcheté à fausseté falsification des mots calcification Se prendre les cordes vocales et les tordre jusqu'au soir Corps marchant somnambule déambulant dans le temps dans l'espace en quête de spasme Organe vocal violé murmure bourgeonnant Dépecer la langue Violence / orgasme de la parole au souffle nouveau (mauve) Tourner sa langue entre ses dents comme on tourne son sexe dans le vagin entre les lèvres -- bulbe / toison etc. Déchirer le palais à coups de morts (violence / anarchie / amour / poésie / humour) en boire la sève Rien jamais de soutendu par la rage d'un cigare Rendre à la Parole sa force primordiale formule cabalistique fortune balistique incantation décantation moulinet de la langue sur le dérisoire... Arracher le Poids mort -- accumulation des scories d'usage sexuel (cunnilingus / dard dans le cul des valeurs et des anges / rape d'insanité) Mot à mot peler la formule qui anéantira la vanité -- sucre vanillé sur le monde LANGUE SUR LE POIDS MORT...

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V

Seul malgré l'apparence de foule, en costume d'apparat -- simple blanc serti sur noir Tendre les mots à travers la rampe (étoiles, bougies, brûlures de cigarettes) de la scène Jeu mouvant du sang sur le mauve d'une chaise -- branlante parole distorsion / coutume défaite rejet du blanc du mauve pareillement Levée des bras contre l'abandon, le silence frisson des manches -- quelque tentative d'envol Evocatoire énonciation Lieux définis, universels Dénonciation Lumière crue, livide Rien -- hormis des rognures de masque Finalement Mutisme Regard délier l'immobile Repli là où se trame le jeu attente du terme...

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VI

L'imaginaire demeure si loin... Reflets éteints --- brisées du silence rouges, roses Le vent entre les pierres notre mort... Silence -- L'étang plein de lumière, remous sur le soleil noir Oh ! l'appel de l'eau trouble brisées du silence -- Dans la forêt, les arbres funérairement... Déjà, les blocs sombres -- futurs assassins Cette harmonie et des tombes...

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VII

Signe de l'absence le dire amoncelé aux franges du cri Offrande livide : arc-boutant de la vie En arabesque graffitée aux parois du désir la langue déliée minant la tendresse Timide l'esquisse des lèvres taraudant la nuit limpide d'un appel étouffé Horrible l'heure s'en vient du désastre nocturne (Janvier 79 - Janvier 80)

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Dans l'autre, toujours, la parole se dérobe -- lisière du mensonge

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