Maurice Scève

Table Si le désir... J'attends ma paix... Le souvenir... Ne du passé...

XLVI Si le désir, image de la chose Que plus on aime, est du coeur le miroir, Qui toujours fait par mémoire apparoir Celle où l'esprit de ma vie repose, A quelle fin mon vain vouloir propose De m'éloigner de ce qui plus me nuit ? Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuit Pour mieux le rendre aux rets de servitude ; Plus je m'absente, et plus le mal s'ensuit De ce doux bien, Dieu de l'amaritude. Retour au sommaire

CVI J'attends ma paix du repos de la nuit, Nuit réfrigère à toute apre tristesse, Mais s'absconsant le Soleil, qui me nuit, Noie avec soi ce peu de ma liesse. Car lors jetant ses cornes la Déesse Qui du bas Ciel éclaire la nuit brune, Renaît soudain en moi celle autre Lune, Luisante au centre où l'Ame a son séjour, Qui, m'excitant à ma peine commune, Me fait la nuit être un pénible jour. Retour au sommaire
CXLIII Le souvenir, âme de ma pensée, Me ravit tant en son illusif songe Que, s'en étant la mémoire offensée, Je me nourris de si douce mensonge. Or quand l'ardeur qui pour elle me ronge Contre l'esprit sommeillant se hasarde, Soudainement qu'il s'en peut donner garde Ou qu'il se sent de ses flammes grevé, En mon penser soudain il te regarde Comme au désert son Serpent élevé. Retour au sommaire
CCCLXII Ne du passé la récente mémoire, Ne du présent la connue évidence, Et du futur, aucunefois notoire, Ne peut en moi la sage providence ; Car sur ma foi la peur fait résidence, Peur, qu'on ne peut pour vice impropérer. Car quand mon coeur, pour vouloir prospérer, Sur l'incertain d'oui et non se boute, Toujours espère : et le trop espérer M'émeut souvent le vaciller du doute. Retour au sommaire