Charles d'Orléans

Ballades

Table I Pour paier vostre belle chiere... II A ce jour de saint Valentin... III J'ay esté Poursuivant d'Amours... IV Je suis desja d'amour tanné... V Soubz parler couvert... VI Laissez aler ces gorgias... VII Veu que j'ay tant Amour servy... VIII Chascune vieille son dueil plaint... IX Bien assailly, bien deffendu... X Durant les treves d'Angleterre... XI Tant que Pasques soient passées... XII Maistre Estienne le Gout nominatif... XIII En la vigne jusqu'au peschier... XIV Quant je fus prins ou pavillon... XV J'estraine de bien loing m'amie... XVI Parlant ouvertement... XVII Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz... XVIII Helas! me tuerez vous... XIX Ung cueur, ung vueil, une plaisance... XX Les fourriers d'Esté sont venus... XXI Le temps a laissié son manteau... XXII Cueur, à qui prendrez vous conseil... XXIII Dedens mon livre de pensée... XXIV En regardant ces belles fleurs... XXV Oncques feu ne fut sans fumée... XXVI Chantez ce que vous pensez... XXVII Gens qui cuident estre si saiges... XXVIII Quant j'ay ouy le tabourin... XXIX Le premier jour du mois de May... XXX De riens ne sert à cueur en desplaisance... XXXI Fiez vous y... XXXII De legier pleure à qui la lippe pent... XXXIII Dont viens tu maintenant, souspir... XXXIV Ou pis, ou mieulx... XXXV S'en mes mains une foiz vous tiens... XXXVI Plus penser que dire... XXXVII Je ne suis pas de ses gens là... XXXVIII Remede comment... XXXIX Quant je voy ce que ne vueil mie... XL Sot euil, reporteur de nouvelles... XLI Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir... XLII Alons nous esbatre... XLIII Je vous arreste, de main mise... XLIV En mes pais, quant me trouve à repos... XLV Alez vous en, alez, alez... XLVI Se vous voulez que tout vostre deviengne... XLVII A l'autre huis... XLVIII Comme j'oy que chascun devise... XLIX Ad ce premier jour de l'année... L Que voulez vous que plus vous die... LI A ce jour de saint Valentin... LII Contre le trait de Faulceté... LIII On ne peut servir en deux lieux... LIV Quant tu es courcé d'autres choses... LV J'ayme qui m'ayme, autrement non... LVI Ce qui m'entre par une oreille... LVII Quelque chose derriere... LVIII Que cuidez vous qu'on verra... LIX Je suis mieulx pris que par le doy... LX Marche nul autrement... LXI As tu ce jour ma mort jurée... LXII Quant commenceray à voler... LXIII Je congnois assez telz desbas... LXIV Cueur, que fais tu? revenge toy... LXV Par les portes des yeulx et des oreilles... LXVI A qui les vent on... LXVII A qui vendez vous voz coquilles... LXVIII Envoyez nous ung doulx regart... LXIX Pour ce qu'on jouxte à la quintaine... LXX Des arrérages de Plaisance... LXXI Rescouez ces deux povres yeulx... LXXII A recommencer de plus belle... LXXIII Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye... LXXIV Maudit soit mon cueur, se j'en mens... LXXV En la querelle de Plaisance... LXXVI De la maladie des yeulx... LXXVII Par m'ame, s'il en fust en moy... LXXVIII Mon cueur se plaint qu'il n'est payé... LXXIX Ou Loyaulté me payera... LXXX Mon cueur, n'entreprens trop de choses... LXXXI Comment ce peut il faire ainsi... LXXXII Ne m'en racontez plus, mes yeulx... LXXXIII Si hardiz, mes yeulx... LXXXIV Mon cueur, pour vous en garder... LXXXV N'est ce pas grant trahison... LXXXVI Rendez compte, Vieillesse... LXXXVII Mais que mon propos ne m'empire... LXXXVIII C'est une dangereuse espergne... LXXXIX Le fer est chault, il le fault batre... XC Se regrectez vos dolans jours... XCI Vous dictes que j'en ayme deux... XCII Celle que je ne scay nommer... XCIII A ce jour de saint Valentin... XCIV Ce n'est pas par ypocrisie... XCV A quiconques plaise, ou desplaise... XCVI Les malades cueurs amoureux... XCVII Pour tous voz maulx d'amours guerir... XCVIII Puisque tu t'en vas... XCIX L'ueil et le cueur soient mis en tutelle... C Chose qui plaist est à demy vendue... CI Chose qui plaist est à demy vendue... CII L'abit le moine ne fait pas... CIII De fol juge, briefve sentence... CIV Crié soit à la clochete... CV En l'ordre de mariage... CVI Dedans l'abisme de douleur... CVII Et ne cesserez vous jamais... CVIII Qu'il ne le me font... CIX Les en voulez vous garder... CX Vous vistes que je le veoye... CXI La veez vous là, la lyme sourde... CXII Helas! et qui ne l'aymeroit... CXIII Dieu vous envoye pascience... CXIV Sauves toutes bonnes raisons... CXV Il souffist bien que je le sache... CXVI Pense de toy... CXVII Ce n'est riens qui ne puist estre... CXVIII Or est de dire, laissez m'en paix... CXIX C'est grant paine que de vivre en ce monde... CXX En vivant en bonne esperance... CXXI Vostre esclave et serf, où que soye... CXXII Tellement, quellement... CXXIII A tout bon compte revenir... CXXIV Vous estes paié pour ce jour... CXXV Puisqu'estes en chaleur d'amours... CXXVI Saint Valentin, quant vous veneze... CXXVII Saint Valentin dit: Veez me ca... CXXVIII A trompeur, trompeur et demy... CXXIX Baillez lui la massue... CXXX Ubi supra... CXXXI Noti me tangere... CXXXII Pres là, briquet aux pendantes oreilles... CXXXIII Or s'y joue qui vouldra... CXXXIV Gardez vous de mergo... CXXXV Quant n'ont assez fait dodo... CXXXVI Procul a nobis... CXXXVII Faulcette confite... CXXXVIII Il fauldroit faire l'arquemie... CXXXIX En changeant mes appetiz... CXL Pour mectre à fin vostre doleur... CXLI Apres l'escadre route... CXLII Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent... CXLIII Pour ce que plaisance est morte... CXLIV A Dieu! qu'il m'anuye... CXLV Ci pris, ci mis... CXLVI Et de cela, quoy... CXLVII Et de cela, quoy... CXLVIII Le trouveray je jamais... CXLIX Il me pleust bien... CL En mon cueur cheoit... CLI Le monde est ennuyé de moy... CLII Vous y fiez vous... CLIII Vengence de mes yeulx... CLIV Espoir ne me fist oncques bien... CLV C'est par vous seulement, Fiance... CLVI Par vous, regart, sergent d'amours... CLVII Payés selon vostre deserte... CLVIII Mort de moy! vous y jouez vous... CLIX Allez, allez, vieille nourrice... CLX Vous ne tenez compte de moy... CLXI Ainsi que chassoye aux sangliers... CLXII Mort de moy! vous y jouez vous... CLXIII M'apellez vous cela jeu... CLXIV Aussi bien laides que belles... CLXV Qui a toutes ses hontes beues... CLXVI Repaissez vous en parler gracieux... CLXVII Hau guecte mon ueil, et puis quoi... CLXVIII Que nous en faisons... CLXIX Vendez autre part vostre dueil... CLXX Mais que vostre cueur soit mien... CLXXI Pour Dieu! boutons la hors... CLXXII Acquictez vostre conscience... CLXXIII Le truchement de ma pensée... CLXXIV Le truchement de ma pensée... CLXXV Comme le subgiet de Fortune... CLXXVI Quant oyez prescher le regnart... CLXXVII Las! le faut il? est ce ton vueil... CLXXVIII Ne fais je bien ma besoingne... CLXXIX Je ne hanis pour autre avaine... CLXXX Que pense je? dictes le moy... CLXXXI Plaindre ne s'en doit loyal cueur... CLXXXII En faictes vous doubte... CLXXXIII En faictes vous doubte... CLXXXIV Avez vous dit, laissez me dire... CLXXXV En la forest de longue actente... CLXXXVI En la forest de longue actente... CLXXXVII Se vous voulez m'amour avoir... CLXXXVIII Par l'aumosnier, plaisant regart... CLXXXIX Ce n'est que chose acoustumée... CXC Chascun devise à son propos... CXCI Ennemy, je te conjure... CXCII Des amoureux de l'observance... CXCIII Ostez vous de devant moy... CXCIV Plaisant regard, mussez vous... CXCV Je ne vous voy pas à demy... CXCVI Que je vous ayme maintenant... CXCVII Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx... CXCVIII Soussy, beau Sire, je vous prie... CXCIX Quant Leaulté et Amour sont ensemble... CC Plus tost accointé que congneu... CCI A ce jour de saint Valentin... CCII A ce jour de saint Valentin... CCIII A ce jour de saint Valentin... CCIV Au plus fort de ma maladie... CCV A ce jour de saint Valentin... CCVI Contre fenoches et nox buze... CCVII Ce premier jour du mois de May... CCVIII Qui est cellui qui s'en tendroit... CCIX Allez vous musser maintenant... CCX Qui est cellui qui d'amer se tendroit... CCXI Bon fait avoir cueur à commandement... CCXII Je vous entens à regarder... CCXIII Plus de desplaisir que de joye... CCXIV Pour mon cueur qui est en prison... CCXV Fortune! sont ce de voz dons... CCXVI Et comment l'entendez vous... CCXVII Voire, dea! je vous ameray... CCXVIII Fortune, passez ma requeste... CCXIX De quoy vous sert cela? Fortune... CCXX Serviteur plus de vous, Merencolie... CCXXI Pourquoy moy, plus que les autres ne font... CCXXII Pourquoy moy, mains que nulluy... CCXXIII C'est pour rompre sa teste... CCXXIV Du tout retrait en hermitage... CCXXV Sans faire mise, ne recepte... CCXXVI Est ce tout ce que m'apportez... CCXXVII Quant pleur ne pleut, souspir ne vante... CCXXVIII Quant pleur ne pleut, souspir ne vente... CCXXIX Puisqu'estes de la confrarie... CCXXX Dedans l'amoureuse cuisine... CCXXXI Où le trouvez vous en escript... CCXXXII L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur... CCXXXIII En verray je jamais la fin... CCXXXIV Qu'est cela? c'est Merencolie... CCXXXV Ne cessez de tanser, mon cueur... CCXXXVI Je ne voy rien qui ne m'annuye... CCXXXVII Ne bien, ne mal, mais entre deulx... CCXXXVIII Fermez lui l'uis au visaige... CCXXXIX Ou millieu d'Espoir et de Doubte... CCXL Devenons saiges desormais... CCXLI Qui le vous a commandé... CCXLII Espoir, confort des maleureux... CCXLIII Paix ou tresves, je requier desplaisance... CCXLIV Se je fois loyalle requeste... CCXLV Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée... CCXLVI L'un ou l'autre desconfira... CCXLVII Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi... CCXLVIII Je prens en mes mains voz debas... CCXLIX Mon cueur se combat à mon ueil... CCL Tant que Pasques soient passées... CCLI Sans ce, le demourant n'est rien... CCLII Assez pourveu, pour de cy à grant piece... CCLIII Ca, venez avant, Esperance... CCLIV Mon cueur, estouppe tes oreilles... CCLV Aidez ce povre cayement... CCLVI En faulte du logeis de Joye... CCLVII Et bien, de par Dieu, Esperance... CCLVIII Armez vous de joyeux confort... CCLIX Tousjours dictes: Je vien, je vien... CCLX Vivre et mourir soubz son dangier... CCLXI Pourtant, s'avale soussiz mains... CCLXII Trop entré en la haulte game... CCLXIII Pour nous contenter, vous et moy... CCLXIV Tousjours dictes: Actendez, actendez... CCLXV Resjouissez plus ung peu ma pensée... CCLXVI M'amye Esperance... CCLXVII D'Espoir, et que vous en diroye... CCLXVIII Passez oultre, decevant Vueil... CCLXIX Ma plus chier tenue richesse... CCLXX Ou puis parfont de ma merencolie... CCLXXI Monstrez les moy, ces povres yeulx... CCLXXII Traitre regart, et que fais tu... CCLXXIII Anuy, Soussy, Soing et Merencolie... CCLXXIV Riens ne valent ses mirlifiques... CCLXXV Petit mercier, petit pannier... CCLXXVI L'ostellerie de Pensée... CCLXXVII Patron vous fais de ma galée... CCLXXVIII Yver, vous n'estes qu'un villain... CCLXXIX Je le retiens pour ma plaisance... CCLXXX Hors du propos si baille gaige... CCLXXXI O tres devotes creatures... CCLXXXII Puis ça, puis là... CCLXXXIII Puisque par deca demourons... CCLXXXIV Penser, qui te fait si hardy... CCLXXXV As tu ja fait? petit souspir... CCLXXXVI Deux ou trois couples d'ennuys... CCLXXXVII Sera elle point jamais trouvée... CCLXXXVIII Quant je congnois que vous estes tant mien... CCLXXXIX Soupper ou baing, et disner ou bateau... CCXC En yver, du feu, du feu... CCXCI Ces beaulx mignons à vendre et à revendre... CCXCII D'Espoir, il n'en est nouvelles... CCXCIII Une povre ame tourmentée... CCXCIV Pour empescher le chemin... CCXCV Qu'esse la? qui vient si matin... CCXCVI Commandez qu'elle s'en voise... CCXCVII Comme parent et alyé... CCXCVIII Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx... CCXCIX Beau Pere! benedicite... CCC A voz amours hardiement en souviengne... CCCI Descouvreur d'embusche, sot ueil... CCCII Amours, à vous ne chault de moy... CCCIII J'ay pris le logis de bonne heure... CCCIV Escoutez et laissez dire... CCCV En arrierefief soubz mes yeulx... CCCVI J'en baille le denombrement... CCCVII Je suis à cela... CCCVIII On ne peult chastier les yeulx... CCCIX Sont les oreilles estouppées... CCCX Tel est le partement des yeulx... CCCXI Pour monstrer que j'en ay esté... CCCXII Tant ay largement despendu... CCCXIII Fyez vous y, se vous voulez... CCCXIV Jaulier des prisons de Pensée... CCCXV Donnez l'aumosne aux prisonniers... CCCXVI Banissons Soussy, ce ribault... CCCXVII Des vieilles defferres d'Amours... CCCXVIII Comme monnoye descriée... CCCXIX Laissez Baude buissonner... CCCXX Quant me treuve seul, à part moy... CCCXXI Trop ennuyez la compaignie... CCCXXII Escollier de Merencolie... CCCXXIII Et fust ce ma mort, ou ma vie... CCCXXIV Allez vous en dont vous venez... CCCXXV A qui en donne l'en le tort... CCCXXVI Doivent ilz estre prisonniers... CCCXXVII N'oubliez pas vostre maniere... CCCXXVIII Chiere contrefaicte de cueur... CCCXXIX Il n'est nul si beau passe temps... CCCXXX Pour Dieu, faictes moy quelque bien... CCCXXXI C'est la prison Dedalus... CCCXXXII A! que vous m'anuyez, Vieillesse... CCCXXXIII Temps et temps m'ont emblé jeunesse... CCCXXXIV Asourdy de Nonchaloir... CCCXXXV Dedens la maison de douleur... CCCXXXVI Je vous sans, et congnois venir... CCCXXXVII Mentez, menteurs à quarterons... CCCXXXVIII Des soucies de la court... CCCXXXIX Tout plain ung sac de joyeuse promesse... CCCXL Dieu les en puisse guerdonner... CCCXLI Prenons congié du plaisir de noz yeulx... CCCXLII M'appelez vous cela jeu... CCCXLIII De Vieillesse porte livrée... CCCXLIV Saluez moy toute la compaignie...



Charles d'Orléans

Ballades


I Pour paier vostre belle chiere, Laissez en gaige vostre cueur, Nous le garderons en doulceur Tant que vous retournez arriere. Contentez, car c'est la maniere, Vostre hostesse pour vostre honneur. Pour paier vostre belle chiere. Et se voiez nostre priere Estre trop plaine de rigueur, Changons de cueur, c'est le meilleur, De voulenté bonne et entiere. Pour paier vostre belle chiere. Retour au sommaire
II A ce jour de saint Valentin, Que chascun doit choisir son per, Amours, demourray je non per? Sans partir à vostre butin. A mon resveillier au matin, Je n'y ai cessé de penser, A ce jour de saint Valentin. Mais Nonchaloir, mon medicin, M'est venu le pousse taster, Qui ma conseillié reposer, Et rendormir sur mon coussin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
III J'ay esté Poursuivant d'Amours, Mais maintenant je suis Herault; Monter me fault en l'eschaffault, Pour jugier des amoureux tours. Quant je verray riens à rebours Dieu scet se je crieray bien hault. J'ay esté Poursuivant d'Amours. Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault; Ja devant moy, clochier ne fault, D'amer scay par cueur le droit cours. J'ay esté Poursuivant d'Amours. Retour au sommaire
IV Je suis desja d'amour tanné, Ma tres doulce Valentinée, Car pour moi fustes trop tart née, Et moy pour vous fus trop tost né. Dieu lui pardoint qui estrené M'a de vous, pour toute l'année. Je suis desja d'amour tanné. Bien m'estoye suspeconné, Qu'auroye telle destinée, Ains que passast ceste journée, Combien qu'Amours l'eust ordonné. Je suis desja d'amour tanné. Retour au sommaire
V Soubz parler couvert D'estrange devise, Monstrez qu'avez prise Douleur; il y pert. Du tout en desert, N'est pas vostre emprise. Soubz parler couvert. Se Confort ouvert N'est à vostre guise, Tost, s'Amour s'avise, Sera recouvert. Soubz parler couvert. Retour au sommaire
VI Laissez aler ces gorgias, Chascun yver, à la pippée; Vous verrez comme la gelée Reverdira leurs estomas. Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. Par leur manche deschiquetée. Laissez aler ces gorgias. Il portent petiz soulers gras, A une poulaine embourrée, Froidure fera son entrée, Par leurs talons nuz par en bas. Laissez aler ces gorgias. Retour au sommaire
VII Veu que j'ay tant Amour servy, Ne suis je pas mal guerdonné, Du plaisir qu'il m'avoit donné, Sans cause m'a tost desservy. Mon cueur loyaument son serf vy, Mais à tort l'a abandonné. Veu que j'ay tant Amour servy. Plus ne lui sera asservy; Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, Je croy que suis à ce don né, D'avoir mal pour bien desservy. Veu que j'ay tant Amour servy. Retour au sommaire
VIII Chascune vieille son dueil plaint; Vous cuidez que vostre mal passe Tout autre; mais ja ne parlasse Du mien, se n'y feusse contraint. Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, Le tourment que mon cueur enlasse. Chascune vieille son dueil plaint. Ma peine pers comme fait maint, Et contre Fortune je chasse; Desespoir de pis me menasse, Je sens où mon pourpoint m'estraint. Chascune vieille son dueil plaint. Retour au sommaire
IX Bien assailly, bien deffendu; Quant assez aurons debatu, Il faut assembler noz raisons, Et que les fons voler faisons Du debat nouvel advenu. Tres fort vous avez combatu, Et j'ay mon billart bien tenu; C'est beau debat que de deux bons. Bien assailly, bien deffendu. Vray est qu'estes d'Amour feru, Et en ses fers estroit tenu; Mais moy non, ainsi l'entendons; Il a passé maintes saisons, Que me suis aux armes rendu. Bien assailly, bien deffendu. Retour au sommaire
X Durant les treves d'Angleterre Qui ont esté faictes à Tours, Par bon conseil avec Amours, J'ay prins abstinence de guerre; S'autre que moy ne la desserre, Content suis que tiengne tousjours. Durant les treves d'Angleterre. Il n'est pas bon de trop enquerre, Ne s'empechier es faiz des cours; S'on m'assault, pour avoir secours, Vers Nonchaloir iray grant erre. Durant les treves d'Angleterre. Retour au sommaire
XI Tant que Pasques soient passées, Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accors, Que pensées soient cassées, Et en aumaires entassées, Fermans à clef tres bien et fort. Tant que Pasques soient passées. Quand aux miennes, ilz sont lassées, Mais de les garder, mon effort Feray, par l'avis de Confort, En fardeaulx d'espoir amassées. Tant que Pasques soient passées. Retour au sommaire
XII Maistre Estienne le Gout nominatif, Nouvellement, par maniere optative, Si a voulu faire copulative; Mais failli a en son cas genitif. Il avait mis six ducatz en datif, Pour mieulx avoir s'amie vocative. Maistre Estienne le Gout nominatif. Quant rencontré a un accusatif, Qui sa robbe lui a fait ablative; De fenestre assez superlative, A fait ung sault portant coups en passif. Maistre Estienne le Gout nominatif. Retour au sommaire
XIII En la vigne jusqu'au peschier Estes bouté, mon filz tres chier, Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, Quant de rimer vous voy songneux, Et vous en voulez empeschier? Soit au lever, ou au couchier, Ou quant vous devez chevauchier, Esbatez vous pour le mieulx. En la vigne jusqu'au peschier. Se Desplaisir vous vient serchier, Pour de lui tost vous despeschier, Sans estre merencolieux, Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, Passez y temps sans plus preschier. En la vigne jusqu'au peschier. Retour au sommaire
XIV Quant je fus prins ou pavillon De ma Dame tres gente et belle, Je me brulay à la chandelle, Ainsi que fait le papillon. Je rougiz comme vermeillon, Aussi flambant qu'une estincelle. Quant je fus prins ou pavillon. Si j'eusse esté esmerillon, Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, Je me feusse gardé de celle Qui me bailla de l'aguillon. Quant je fus prins ou pavillon Retour au sommaire
XV J'estraine de bien loing m'amie, De cueur, de corps et quanque j'ay, En bon an lui souhaideray Joye, santé et bonne vie. Mais que ne m'estraine d'oublie, Ne plus ne moins que la feray. J'estraine de bien loing m'amie. Mon cueur de chapel de soussie, Ce jour de l'an, estreneray; Et à elle presenteray Des fleurs de ne m'oubliez mie. J'estraine de bien loing m'amie. Retour au sommaire
XVI Parlant ouvertement Des faiz du Dieu d'amours, N'a il d'estranges tours En son commandement? Ouil, certainement, Qui dira le rebours? Parlant ouvertement. S'on faisoit loyaument Enqueste par les cours, On orroit tous les jours Qu'on s'en plaint grandement. Parlant ouvertement. Retour au sommaire
XVII Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, Pour le present, comme j'ay fait jadiz. Par cueur retiens ce que j'en ay apris, Car plus ne scay lire ou livre de joye, Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz. Chascun diroit qu'entre les rassotiz, Comme aveugle des couleurs jugeroye, Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! Plaisans regars n'ont plus en moy logis. Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz. Retour au sommaire
XVIII Helas! me tuerez vous? Pour Dieu retraiez cest ueil Qui d'un amoureux acueil M'occit, se ne suis rescous. Je tiens vostre cueur si doulx, Que me rens tout à son vueil. Helas! me tuerez vous? De quoy vous peut mon courrous Valoir? ne servir mon dueil? Quant humblement, sans orgueil, Je requier mercy à tous. Helas! me tuerez vous? Retour au sommaire
XIX Ung cueur, ung vueil, une plaisance, Ung desir, ung consentement, Ung reconfort, ung pensement, Fermez en loyalle fiance, Dieu que bonne en est l'accointance! Tenir la doit on chierement. Ung cueur, ung vueil, une plaisance. Contre Dangier et sa puissance. Qui les het trop mortelement, Gardons les bien et saigement; N'est ce toute nostre chevance? Ung cueur, ung vueil, une plaisance. Retour au sommaire
XX Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareillier son logis, Et ont fait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus: En estendant tappis velus De vert herbe par le pais. Les fourriers d'Esté sont venus. Cueurs d'ennuy pieca morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis; Alez vous en, prenez pais, Yver, vous ne demourerez plus. Les fourriers d'Esté sont venus.¨ Retour au sommaire
XXI Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de brouderie De souleil luisant, cler et beau. Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante, ou crie: Le temps a laissié son manteau. Riviere, fontaine et ruisseau, Portent, en livrée jolie, Goutes d'argent d'orfaverie, Chascun s'abille de nouveau. Le temps a laissié son manteau. Retour au sommaire
XXII Cueur, à qui prendrez vous conseil? A nul ne povez descouvrir Le tres angoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveil. Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, De vous plus parfait vray martire. Cueur, à qui prendrez vous conseil? Au moins faictes vostre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil. Cueur, à qui prendrez vous conseil? Retour au sommaire
XXIII Dedens mon livre de pensée, J'ay trouvé escripvant mon cueur, La vraye histoire de doleur, De lermes toute enluminée; En deffassent la tres amée Ymage de plaisant doulceur. Dedens mon livre de pensée. Helas! où l'a mon cueur trouvée? Les grosses goutes de sueur Lui saillent, de peine et labeur Qu'il y prent, et nuit, et journée. Dedens mon livre de pensée. Retour au sommaire
XXIV En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'amours prie, Chascune d'elle s'ajolie, Et farde de plaisans couleurs; Tant embasmées sont de odeurs Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. En regardant ces belles fleurs. Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie, Et font joyeuse chanterie, De contres, des chans et teneurs. En regardant ces belles fleurs. Retour au sommaire
XXV Oncques feu ne fut sans fumée, Ne doloreux cueurs sans pensée, Ne reconfort sans esperance, Ne joyeulx regart sans plaisance, Ne beau soleil qu'apres nuée. J'ay tost ma sentence donnée, De plus sachant soit amendée, J'en dy selon ma congnoissance. Oncques feu ne fut sans fumée. Esbatement n'est sans risée, Souspir sans chose regretée, Souhait sans ardant desirance, Doubte sans muer contenance, C'est chose de vray esprouvée. Oncques feu ne fut sans fumée. Retour au sommaire
XXVI Chantez ce que vous pensez, Monstrant joyeuse maniere. Ne la vendez pas si chiere, Trop en vis la despensez. Or sus, tost vous avancez, Laissez coustume estrangiere. Chantez ce que vous pensez. Tous noz menuz pourpensez Descouvrons, à lye chiere, L'un à l'autre, sans priere; J'acheveray, commencez. Chantez ce que vous pensez. Retour au sommaire
XXVII Gens qui cuident estre si saiges Qu'ilz pensent plusieurs abestir, Si bien ne se sauront couvrir Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; Payer leur fauldra les usaiges De leurs becz jaunes, sans faillir. Gens qui cuident estre si saiges. On scet par anciens ouvraiges, Dequel mestier scevent servir; Melusine n'en peut mentir, Elle les cognoist aux visaiges. Gens qui cuident estre si saiges. Retour au sommaire
XXVIII Quant j'ay ouy le tabourin Sonner, pour s'en aler au May, En mon lit fait n'en ay effray, Ne levé mon chief du coissin; En disant: il est trop matin, Ung peu je me rendormiray. Quant j'ay ouy le tabourin. Jeunes gens partent leur butin, De nonchaloir m'accointeray, A lui je m'abutineray, Trouvé l'ay plus prouchain voisin. Quant j'ay ouy le tabourin. Retour au sommaire
XXIX Le premier jour du mois de May, De tanne et de vert perdu, Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, Dieu scet en quel piteux array! Tantost demandé je lui ay, Dont estoit cest habit venu? Le premier jour du mois de May. Il m'a respondu, bien le scay, Mais par ma foy ne sera cogneu; Desplaisance m'en a pourveu, Sa livrée je porteray. Le premier jour du mois de May. Retour au sommaire
XXX De riens ne sert à cueur en desplaisance, Chanter, dancer, n'aucun esbatement, Il lui souffit de povoir seulement Tousjours penser en sa male meschance; Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, Et desir n'est à son commandement. De riens ne sert à cueur en desplaisance. S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; S'il peut, à part se met le plus souvent. Afin qu'à nul ne tiengne parlement; Pour le guerir ja mire ne s'avance. De riens ne sert à cueur en desplaisance. Retour au sommaire
XXXI Fiez vous y, A qui? En quoy? Comme je voy, Riens n'est sans sy; Ce monde cy A sy Pou foy. Fiez vous y. Plus je n'en dy, N'escry, Pourquoy? Chascun j'en croy; S'il est ainsy, Fiez vous y. Retour au sommaire
XXXII De legier pleure à qui la lippe pent; Ne demandez jamais comment lui va, Laissez l'en paix, il se confortera, Ou en son fait mectra appoinctement. A son umbre se combactra souvent, Et puis son frein rungier lui convendra. De legier pleure à qui la lippe pent. S'en parle à lui, il en est mal content; Cheminée, au derrain trouvera, Par où passer sa fumée pourra; Ainsi avient le plus communement. De legier pleure à qui la lippe pent. Retour au sommaire
XXXIII Dont viens tu maintenant, souspir, Aportes tu nulles nouvelles? Dieu doint qu'ilz puissent estre telles Que voulentiers les doye ouir. S'ilz viennent de devers Desir, Ilz ne sont que bonnes et belles. Dont viens tu maintenant, souspir. Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, J'ayme mieulx que tu les me celes, Assez et trop j'en ay de telles; Ne dy riens que pour m'esjouir. Dont viens tu maintenant, souspir. Retour au sommaire
XXXIV Ou pis, ou mieulx, Mon cueur aura, Plus ne sera En soussy tieulx; Par Dieu, des cieulx Chemin prendra. Ou pis, ou mieulx. En aucuns lieux, Fortune, or ca, On vous verra Plus cler aux yeulx. Ou pis, ou mieulx. Retour au sommaire
XXXV S'en mes mains une foiz vous tiens, Pas ne m'eschapperez, Plaisance, Ja Fortune n'aura puissance Que n'aye ma part de voz biens; En despit de Dueil et des siens, Qui me tourmentent de penance. S'en mes mains une foiz vous tiens. Doy je tousjours, sans avoir riens, Languir en ma dure grevance? Nennil, promis m'a Esperance Que serez de tous poins des miens. S'en mes mains une foiz vous tiens. Retour au sommaire
XXXVI Plus penser que dire, Me convient souvent, Sans monstrer comment, N'a quoy, mon cueur tire; Faignant de soubzrire, Quant suis tres dolent. Plus penser que dire. En toussant, souspire Pour secretement Musser mon tourment, C'est privé martire. Plus penser que dire. Retour au sommaire
XXXVII Je ne suis pas de ses gens là, A qui Fortune plaist et rit, De reconfort trop m'escondit, Veu que tant de mal donné m'a. S'on demande comment me va? Il est ainsi comme j'ay dit. Je ne suis pas de ses gens là. Quant je dy que bon temps vendra, Mon cueur me respont par despit: Voire, s'Espoir ne vous mentit, Plusieurs decoit et decevra. Je ne suis pas de ses gens là. Retour au sommaire
XXXVIII Remede comment Pourray je querir? Du mal qu'à souffrir J'ay trop longuement. Qu'en dit loyaument Conseil? sans mentir. Remede comment. Pour abregement, Guerir, ou mourir; Plus ne puis fournir, Se sens ne m'aprent. Remede comment. Retour au sommaire
XXXIX Quant je voy ce que ne vueil mie. Et n'ay ce dont suis desirant, Pensant ce qui m'est desplaisant, Est ce merveille s'il m'anuye? Nennil, force est que me soussie De mon cueur qui est languissant. Quant je voy ce que ne vueil mie. En douleur et merencolie Suis, nuit et jour, estudiant; Lors je me boute trop avant En une haulte theologie. Quant je voy ce que ne vueil mie. Retour au sommaire
XL Sot euil, reporteur de nouvelles, Où vas tu? et ne sces pourquoy, Ne sans prandre congié de moy En la compaignie des belles, Tu es trop tost accointé d'elles; Il te vaulsist mieulx tenir quoy. Sot euil, reporteur de nouvelles. Se ne changes manieres telles, Par raison, ainsi que je doy, Chastier te vueil, sur ma foy; Contre toy j'ay assez querelles. Sot euil, reporteur de nouvelles. Retour au sommaire
XLI Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? M'apporte il point quelque bonne nouvelle? Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle Ce que lui vueil de mon fait enquerir. Suis je jugié de vivre, ou de mourir? Soustendra ja Loyaulté ma querelle? Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir S'auray confort de ma paine cruelle, Pire ne peut estre se non mortelle, Dictes se riens y a pour m'esjouir? Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? Retour au sommaire
XLII Alons nous esbatre, Mon cueur, vous et moy, Laissons, à part soy, Soussy se combatre; Tousjours veult desbatre, Et jamais n'est quoy. Alons nous esbatre. On vous devroit batre, Et monstrer au doy, Se, dessoubz sa loy, Vous laissez abatre. Alons nous esbatre. Retour au sommaire
XLIII Je vous arreste, de main mise, Mes yeulx, emprisonnés serez, Plus mon cueur ne gouvernerez, Desormais je vous en avise; Trop avez fait à vostre guise, Par ma foy, plus ne le ferez. Je vous arreste, de main mise. On peut bien pour vous corner prise, Prins estes, point n'eschapperez; Nul remede n'y trouverez, Rien n'y vault apel, ne franchise. Je vous arreste, de main mise. Retour au sommaire
XLIV En mes pais, quant me trouve à repos, Je m'esbays, et n'y scay contenance, Car j'ay apris travail des mon enfance, Dont fortune m'a bien chargié le dos. Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. En mes pais, quant me trouve à repos. Tout à part moy, en mon penser m'enclos, Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; Oultre les monts, forge mainte ordonnance, Chascun jour, j'ay plus de mille propos. En mes pais, quant me trouve à repos. Retour au sommaire
XLV Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, Me cuidez vous toute ma vie Gouverner, comme fait avez? Je vous promet que non ferez, Raison aura sur vous maistrie. Alez vous en, alez, alez. Se jamais plus vous retournez Avecques vostre compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, Et ce par qui vous revendrez. Alez vous en, alez, alez. Retour au sommaire
XLVI Se vous voulez que tout vostre deviengne, En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne. Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, Tres loyaument, desoresenavant. Se vous voulez que tout vostre deviengne. Sans que mercy, ne grace me soustiengne, S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. Se vous voulez que tout vostre deviengne. Retour au sommaire
XLVII A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance, Et me tanse, Quant en tristesse je suis. Jours et nuys, Cellui demande alegance. A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance. Oncques puis Que failli ma desirance, De plaisance Mon cueur et moy, sommes vuys. A l'autre huis, Souvent m'envoye Esperance. Retour au sommaire
XLVIII Comme j'oy que chascun devise; On n'est pas tousjours à sa guise, Beau chanter si ennuye bien, Jeu qui trop dure, ne vault rien; Tant va le pot à l'eaue qui brise. Il convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien. Comme j'oy que chascun devise. Apres chault temps, vient vent de bise, Apres hucques, robbes de frise, Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien, Tant entre gens laiz que d'Eglise. Comme j'oy que chascun devise. Retour au sommaire
XLIX Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay, Priveement estreneray; Ce qui me gist en ma pensée, C'est chose que tondray cellée, Et que point ne descouvreray. Ad ce premier jour de l'année. Avant que soit toute passée L'année, je l'aproucheray, Et puis à loisir conteray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. Ad ce premier jour de l'année. Retour au sommaire
L Que voulez vous que plus vous die? Jeunes assotez amoureux, Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx Qui ont eu vostre maladie; Prenez exemple, je vous prie, A moy qui m'en complains et deulx. Que voulez vous que plus vous die Jeunes assotez amoureux? Et pour ce, de vostre partie, Se voulez croire mes conseulx, D'abregier, conseillier vous veulx, Voz faiz, en sens, ou en folie. Que voulez vous que plus vous die Jeunes assotez amoureux? Plusieurs y trouvent chiere lye Mainteffoiz, et plaisans acueulx. Que voulez vous que plus vous die Jeunes assotez amoureux? Mais au derrain, Merencolie De ses huis fait passer les seulx, En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; Lors ne chault de mort, ou de vie. Que voulez vous que plus vous die Jeunes assotez amoureux? Retour au sommaire
LI A ce jour de saint Valentin, Que prendray je? per, ou non per; D'Amours ne quiers riens demander, Pieca, j'eus ma part du butin; Veu que plus resveille matin Ne vueil avoir, mais reposer. A ce jour de saint Valentin. Jeunes gens voisent au hutin Leurs sens, ou folie esprouver; Vieux suis pour à l'escolle aller, J'entens assez bien mon latin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
LII Contre le trait de Faulceté, Convient harnois de bonne espreuve, Artillerie forgé neufve, Chascun jour, en soutiveté. A! Jhesus, benedicite, Nul n'est qui seulement se treuve Contre le trait de Faulceté. Au derrain fera Loyaulté, Faulceté de son penser, veufve; Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, Monstrant sa puissance et bonté. Contre le trait de Faulceté. Retour au sommaire
LIII On ne peut servir en deux lieux, Choisir convient ou ca, ou là; Au festu tire qui pourra, Pour prendre le pis, ou le mieulx. Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, Parle qui parler en vouldra. On ne peut servir en deux lieux. Les faiz de ce monde sont tieulx: Qui bien fera, bien trouvera; Chascun son paiement aura, Tesmoing les Deesses et Dieux. On ne peut servir en deux lieux. Retour au sommaire
LIV Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser, Car s'on te vient araisonner, Tost y trouves d'estranges gloses. De ton desplaisir monstrer n'oses A aucun, pour te conforter. Quant tu es courcé d'autres choses, Cueur, mieulx te vault en paix laisser. De tes levres les portes closes, Penses de saigement garder; Que dehors n'eschappe parler Qui descouvre le pot aux roses. Quant tu es courcé d'autres choses. Retour au sommaire
LV J'ayme qui m'ayme, autrement non; Et non pourtant je ne hay rien, Mais vouldroye que tout feust bien, A l'ordonnance de raison. Je parle trop, las! se faiz mon; Au fort, en ce propos me tien. J'ayme qui m'ayme, autrement non; Et non pourtant je ne hay rien. De pensées son chapperon A brodé le povre cueur mien, Tout droit de devers lui je vien, Et m'a baillé ceste chancon. J'ayme qui m'ayme, autrement non. Retour au sommaire
LVI Ce qui m'entre par une oreille, Par l'autre sault comme est venu, Quant d'y penser n'y suis tenu, Ainsi Raison le me conseille. Se j'oy dire, vecy merveille, L'ung est long, l'autre court vestu. Ce qui m'entre par une oreille, Par l'autre sault comme est venu. Mais paine pert, et se traveille, Qui devant moy trayne ung festu; Comme ung chat, suis vieil et chenu, Legierement pas ne m'esveille. Ce qui m'entre par une oreille. Retour au sommaire
LVII Quelque chose derriere, Convient tousjours garder, On ne peut pas monstrer Sa voulenté entiere. Quant on est en frontiere De dangereux parler, Quelque chose derriere, Convient tousjours garder. Se pensée legiere Veult motz trop despenser, Raison doit espargnier. Comme la tresoriere, Quelque chose derriere. Retour au sommaire
LVIII Que cuidez vous qu'on verra, Avant que passe l'année? Mainte chose demenée Estrangement, ca et là. Veu que des cy, et des ja, Court merveilleuse brouée. Que cuidez vous qu'on verra, Avant que passe l'année? Viengne que advenir pourra? Chascun a sa destinée, Soit que desplaise, ou agrée; Quant nouveau monde vendra, Que cuidez vous qu'on verra. Retour au sommaire
LIX pour Estampes Je suis mieulx pris que par le doy, Et fort enserré d'un anneau; S'a fait ung visaige si beau, Qui m'a tout conquesté à soy. Je rougis, et bien l'apercoy, Ainsi qu'un amoureux nouveau. Je suis mieulx pris que par le doy. Et d'amourectes, par ma foy, J'ay assemblé ung grant fardeau, Qu'ay mussées soubz mon chapeau; Pour Dieu! ne vous mocquez de moy. Je suis mieulx pris que par le doy Retour au sommaire
LX Marche nul autrement Avecques vous, beaulté, Se de vous Loyaulté N'a le gouvernement. Puisque mes jours despens A vous vouloir amer, Et apres m'en repens, Qui en doist on blasmer? Riens, fors vous seulement, A qui tiens feaulté, Quant monstrez cruaulté, Veu qu'Amour le deffent. Marche nul autrement Avecques vous, beaulté. Retour au sommaire
LXI As tu ce jour ma mort jurée? Soussy, je te pry, tien te quoy, Car à tort ma douleur, par toy, Est trop souvent renouvellée; A belle enseigne desployée, Me court sus, et ne scay pourquoy? As tu ce jour ma mort jurée? Soussy, je te pry, tien te quoy La guerre sera tost finée, Se tu veulx, de toy et de moy, Car je me rens, or me recoy; Hola! paix, puisqu'elle est criée. As tu ce jour ma mort jurée? Retour au sommaire
LXII Quant commenceray à voler, Et sur elles me sentiray, En si grant aise je seray Que j'ay double de m'essorer. Beau crier aura le levrier, Chemin de plaisant vent tendray. Quant commenceray à voler, Et sur elles me sentiray. La mue m'a fallu garder Par longtemps, plus ne le feray, Puisque doulx temps et cler verray; On le me devra pardonner. Quant commenceray à voler. Retour au sommaire
LXIII Je congnois assez telz desbas Que l'ueil et le cueur ont entre eulx; L'un dit: Nous serons amoureux, L'autre dit: Je ne le vueil pas. Raison s'en rit, disant tout bas: Escoutez moy ces maleureux. Je congnois assez telz desbas Que l'ueil et le cueur ont entre eulx. Lors m'en vois plustost que le pas, Et les tanse si bien tous deux, Que je les laisse tres honteux; Mainteffoiz ainsi me combas. Je congnois assez telz desbas. Retour au sommaire
LXIV Cueur, que fais tu? revenge toy De Soussy et Merencolie; C'est deshonneur et villenie, De laschement se tenir coy. Je tarderay, quant est à moy, Voulentiers; or ne te fains mie. Cueur, que fais tu? revenge toy De Soussy et Merencolie. N'espergne riens, scez tu pourquoy? Pour ce, qu'abrégeras ta vie, Se les tiens en ta compaignie; Desconfiz les, et prens leur foy. Cueur, que fais tu? revenge toy. Retour au sommaire
LXV Par les portes des yeulx et des oreilles, Que chascun doit bien saigement garder, Plaisir mondain va et vient, sans cesser, Et raporte de diverses merveilles. Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles. Ne le laisses point devers toy entrer. Par les portes des yeulx et des oreilles, Que chascun doit bien saigement garder. A celle fin que par lui ne t'esveilles, Veu qu'il te fault desormais reposer, Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner, Ne revien plus, car en vain te traveilles. Par les portes des yeulx et des oreilles. Retour au sommaire
LXVI A qui les vent on? Ces gueines dorées, Sont ilz achectées De nouvel, ou non? Par prest, ou par don? En fait on livrées? A qui les vent on Ces gueines dorées? Alant au pardon, Je les ay trouvées; De telles denrées, C'est petit guerdon. A qui les vent on? Retour au sommaire
LXVII A qui vendez vous voz coquilles? Entre vous, amans pelerins, Vous cuidez bien, par voz engins, A tous pertuis trouver chevilles. Sont ce coups d'esteufs, ou de billes, Que ferez tesmoing voz voisins. A qui vendez vous voz coquilles? Entre vous, amans pelerins. On congnoist tous voz tours d'estrilles, Et bien clerement voz latins; Troctez, reprenez voz patins, Et troussez voz sacs et voz quilles. A qui vendez vous voz coquilles? Retour au sommaire
LXVIII Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois, Nous le vous rendrons quelque fois, Quoy que l'atente nous soit tart; Puisqu'en emportez l'estandart De la doulceur, que bien congnois. Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois. Et pry Dieu que toutes vous gart, Et vous doint bons jours, ans et mois, A voz desirs, vouloirs et chois, Acquictez vous de vostre part. Envoyez nous ung doulx regart. Retour au sommaire
LXIX Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orleans, je tire à Blois; Je me sens foulé du harnois, Et veulx reprendre mon alaine; Raisonnable cause m'y maine, Excusé soye ceste foiz. Pour ce qu'on jouxte à la quintaine A Orleans, je tire à Blois. Je vous promet que c'est grant paine, De tant faire baille lui bois; Eslongner quelque part du mois, Vault mieulx, pour avoir teste saine. Pour ce qu'on jouxte à la quintaine. Retour au sommaire
LXX Des arrérages de Plaisance, Dont trop endebté m'est Espoir, Se quelque part j'en peusse avoir, Du surplus donnasse quictance; Mais au pois et à la balance, N'en puis que bien peu recevoir. Des arrérages de Plaisance, Dont trop endebté m'est Espoir. Usure, ou perte de chevance, Mectroye tout à nonchaloir, Se je savoye, à mon vouloir, Recouvrer prestement finance. Des arrérages de Plaisance. Retour au sommaire
LXXI Rescouez ces deux povres yeulx Qui tant ont nagé en Plaisance, Qu'ilz se nayent sans recouvrance; Je les tiens mors, ou presque tieulx. Videz les tost, se vous aist Dieux, En la sentine d'Alegeance. Rescouez ces deux povres yeulx Qui tant ont nagé en Plaisance. Courez y tous, jeunes et vieulx, Et à cros de bonne Esperance, De les tirer hors, qu'on s'avance, Chascun y face qui, mieulx, mieulx. Rescouez ces deux povres yeulx. Retour au sommaire
LXXII A recommencer de plus belle, J'en voy ja les adjournemens. Que font, vers vieulx et jeunes gens, Amours et la saison nouvelle. Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, Sont tous aprestés sur les rens. A recommencer de plus belle. Comme toute la chose est telle, Je congnois telz esbatemens Assez, de pieca m'y entens, Ce n'est que ancienne querelle. A recommencer de plus belle. Retour au sommaire
LXXIII Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, En ce que souhaidier vouldroye, Et à mon penser; reconfort, Comme voulentiers prisse accort A soussy qui tant me guerroye. Mais remede n'y trouveroye, Et qui pis est, je n'oseroye Descouvrir les maulx qu'ay à tort. Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, En ce que souhaidier vouldroye, Et à mon penser; reconfort. Quant je lui dy: Dieu te convoye, Laisse m'en paix, va t'en ta voye, Par ton enchantement et sort; Gueres mieulx ne vault vif que mort, Je languis quelque part que soye. Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye. Retour au sommaire
LXXIV Maudit soit mon cueur, se j'en mens, Quant à mon lesir estre puis, Et avecques pensée suis, En mes maulx prens alegemens; Car soussis plains d'encombremens, Boutons hors, et lui fermons l'uis. Maudit soit mon cueur, se j'en mens, Quant à mon lesir estre puis. Assez y trouve esbatement. Lors lui dy: Ma maistresse, et puis Serons nous ainsi jours et nuis, G'y donne mes consentemens. Maudit soit mon cueur, se j'en mens. Retour au sommaire
LXXV En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, Tous prestz de combatre à oultrance, Rangez par si belle ordonnance, Qu'on ne sauroit deviser mieulx. En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx. S'Amours n'y mectent pourveance, De pieca je les congnois tieulx, Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx, Mourront tous, par leur grant vaillance. En la querelle de Plaisance. Retour au sommaire
LXXVI De la maladie des yeulx, Feruz de pouldre de plaisir, Par le vent d'Amoureux desir, Est fort à guerir, se maid Dieux. Toutes gens, et jeunes, et vieulx, S'en scevent bien à quoy tenir. De la maladie des yeulx, Feruz de pouldre de plaisir. Je n'y congnois remedes tieulx, Que hors de presse soy tenir, Et la compaignie fuir; Qui plus en saura, die mieulx. De la maladie des yeulx. Retour au sommaire
LXXVII Par m'ame, s'il en fust en moy, Soussy, Dieu scet que je feroye, Moy et tous, de toy vengeroye; Il y a bien raison pourquoy. Riens ne dy qu'ainsi que je doy, Et telle est la voulenté moye. Par m'ame, s'il en fust en moy, Soussy, Dieu scet que je feroye. Ung chascun se complaint de toy, Pour ce, voulentiers fin prendroye Avec toy, se je povoye; Je n'y vois qu'à la bonne foy. Par m'ame, s'il en fust en moy. Retour au sommaire
LXXVIII Mon cueur se plaint qu'il n'est payé De ses despens, pour son traveil Qu'il a porté, si nompareil, Qu'oncques tel ne fut essayé. Son payement est delayé Trop longtemps, sur ce, quel conseil? Mon cueur se plaint qu'il n'est payé De ses despens, pour son traveil. Puisqu'il n'est de gaiges rayé, Mais prest en loyal appareil, Autant que nul soubz le souleil, Se mieulx ne peut, soit deffrayé. Mon cueur se plaint qu'il n'est payé. Retour au sommaire
LXXIX Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindre, Ou j'auray cause de me plaindre; Qui mon guerdon delayera? Bon droit pour moy tant criera, Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre. Ou Loyaulté me payera Des services qu'ay faiz sans faindre. Quand Fortune s'effrayera. Dieu a povoir de la reffraindre, Et Raison, qui ne doit riens craindre, De moy aider s'essayera. Ou Loyaulté me payera. Retour au sommaire
LXXX Mon cueur, n'entreprens trop de choses, Tu peulz penser ce que tu veulz, Et faire selon que tu peuz, Et dire ainsi comme tu oses. Qui vouldroit sur ce trouver gloses? Je men rapporteray à eulx. Mon cueur, n'entreprens trop de choses. Se ces raisons garder proposes, Tu feras bien, par mes conseulz, Laisse les embesoignez seulz, Il est temps que tu te reposes. Mon cueur, n'entreprens trop de choses. Retour au sommaire
LXXXI Comment ce peut il faire ainsi, En une seule creature, Que tant ait des biens de nature, Dont chascun en est esbahy. Oncques tel chief d'euvre ne vy Mieulx accomply, oultre mesure. Comment ce peut il faire ainsi, En une seule creature. Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, Quant apporterent sa figure Devers mon cueur, en pourtraiture; Mais vray fut, et plus que ne dy. Comment ce peut il faire ainsi. Retour au sommaire
LXXXII Ne m'en racontez plus, mes yeulx, De beaulté que vous prisez tant, Car plus voys ou monde vivant, Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux. Trouver je ne me scay en lieux Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant. Ne m'en racontez plus, mes yeulx, De beaulté que vous prisez tant. Qu'est ce cy? deviens je des vieulx? Ouy certes, dorenavant, J'ay fait mon Karesme prenant, Et jeusne de tous plaisirs tieulx. Ne m'en racontez plus, mes yeulx. Retour au sommaire
LXXXIII Si hardiz, mes yeulx, De riens regarder, Qui me puist grever, Qu'en valez vous mieulx? Estroit, se m'aist Dieux, Vous pense garder. Si hardiz, mes yeulx, De riens regarder. Vous devenez vieulx, Et tousjours troter Voulez, sans cesser, Ne soyez plus tieulx, Si hardiz, mes yeulx. Retour au sommaire
LXXXIV Mon cueur, pour vous en garder, De mes yeux qui tant vous temptent, Afin que devers vous n'entrent, Faictes les portes fermer. S'ilz vous viennent raporter Nouvelles, pensez qu'ilz mentent. Mon cueur, pour vous en garder, De mes yeux qui tant vous temptent. Mensonges scevent conter, Et trop de plaisir se ventent, Folz sont qui en eulx s'atendent, Ne les vueillez escouter. Mon cueur, pour vous en garder. Retour au sommaire
LXXXV N'est ce pas grant trahison De mes yeulx en qui me fye, Qui me conseillent folie Maintes foys, contre raison. Que male part y ait on D'eulx, et de leur tromperie. N'est ce pas grant trahison De mes yeulx en qui me fye. Mieulx me fust, en ma maison Estre seul à chiere lye, Qu'avoir telle compaignie Qui me bat de mon baston. N'est ce pas grant trahison. Retour au sommaire
LXXXVI Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu Et sotement perdu, Es mains Dame Jeunesse. Trop vous court sus Foiblesse, Qu'est Povoir devenu? Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu. Mon bras en l'arc se blesse, Quant je l'ay estendu, Parquoy j'ay entendu Qu'il convient que jeu cesse. Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu. Tout vous est en destresse, Desormais chier vendu. Rendez compte, Vieillesse, Du temps mal despendu. Des tresors de liesse Vous sera peu rendu, Riens qui vaille ung festu; N'avez plus que sagesse. Rendez compte, Vieillesse. Retour au sommaire
LXXXVII Mais que mon propos ne m'empire, Il ne me chault des faiz d'Amours, Voisent à droit, ou à rebours, Certes je ne m'en fais que rire. En ne peut de riens m'escondire, Aide ne requiers, ne secours. Mais que mon propos ne m'empire, Il ne me chault des faiz d'Amours. Quant j'oy ung amant qui souspire, A, ha! dis je, vela des tours Dont usay en mes jeunes jours. Plus n'en vueil, bien me doit souffire. Mais que mon propos ne m'empire. Retour au sommaire
LXXXVIII C'est une dangereuse espergne D'amasser tresor de regrez, Qui de son cueur les tient trop pres, Il convient que mal lui en preigne; Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne, Non pas assez nuysans, mais tres. C'est une dangereuse espergne D'amasser tresor de regrez. Se je mens, que l'en m'en repreigne, Soient essayez, puis apres On saura leurs tourmens segres; Qui ne m'en croira, si l'apreigne. C'est une dangereuse espergne. Retour au sommaire
LXXXIX à Fredet. Le fer est chault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien; Tout le saurez, sans celer rien, Se venez vers moy vous esbatre. Il a convenu fort combatre, Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. Le fer est chault, il le fault batre, Vostre fait que savez, va bien. Convoitise vouloit rabatre Escharsement, et trop du sien; Mais ung peu j'ay aidié du mien, Qui l'a fait cesser de debatre. Le fer est chault, il le fault batre. Retour au sommaire
XC Responce au dit Fredet. Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent Que j'ay delivré franchement, Cuidant de vous donner secours. Se ne sont pas les premiers tours Dont Convoitise sert souvent. Se regrectez vos dolans jours, Et je regrecte mon argent. Mais se vous n'avez voz amours, Puisque Convoitise vous ment, Le mien recouvreray briefment, Ou mectray le fait en droit cours. Se regrectez vos dolans jours. Retour au sommaire
XCI à Daniel. Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison, Je n'ayme fors ung chapperon, Et ung couvrechief, plus n'en veulx; C'est assez pour ung amoureux; Mal me louez, ce faictes mon. Vous dictes que j'en ayme deux, Mais vous parlez contre raison. Certes je ne suis pas de ceulx Qui partout veulent à foison Eulx fournir, en toute saison; N'en parlez plus, j'en suis honteux. Vous dictes que j'en ayme deux. Retour au sommaire
XCII Celle que je ne scay nommer Com à mon gré desireroye, Ce jour de l'an, de biens et joye Paise à Dieu de vous estrener. S'amie vous vueil appeller, Trop simple nom vous bailleroye. Celle que je ne scay nommer Com à mon gré desireroye. De ma Dame, nom vous donner, Orguilleuse je vous feroye, Maistresse point ne vous vouldroye; Comment donc doy je à vous parler? Celle que je ne scay nommer. Retour au sommaire
XCIII A ce jour de saint Valentin, Que l'en prent per par destinée, J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, Pluye, vent et mauvais chemin. Il n'est de l'amoureux butin, Nouvelle, ne chancon chantée. A ce jour de saint Valentin, Que l'en prent per par destinée. Sourges me donne ce tatin, Et à plusieurs de ma livrée; Mieulx vauldroit en chambre natée Dormir, sans lever sy matin, A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
XCIV Ce n'est pas par ypocrisie, Ne je ne suis point apostat Pourtant, se change mon estat Es derreniers jours de ma vie. J'ay gardé, ou temps de jeunesse, L'observance des amoureux, Or m'en a bouté hors Vieillesse, Et mis en l'ordre douloreux Des chartreux de Merencolie, Solitaire, sans nul esbat; A briefz motz, mon fait va de plat, Et pour ce, ne m'en blasmez mye. Ce n'est pas par ypocrisie. Retour au sommaire
XCV A quiconques plaise, ou desplaise, Quant Vieillesse vient les gens prendre, Il convient à elle se rendre Et endurer tout son malaise. Nul ne peut faire son devoir De garder d'Amours l'observance, Quant, avecques son bon vouloir, Il a povreté de puissance. Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, Car j'en ay à vendre et revendre; Ung chascun doit son fait entendre; Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. A quiconques plaise, ou desplaise. Retour au sommaire
XCVI Les malades cueurs amoureux Qui ont perdu leurs apetiz, Et leurs estomacs refroidiz Par soussiz et maulx douloureux, Diete gardent sobrement, Sans faire exces de trop douloir; Chaulx electuaires souvent Usent de Conforté vouloir, Succres de Penser savoureux, Pour renforser leurs esperiz; Ainsi pevent estre gueriz, Et hors de danger langoureux. Les malades cueurs amoureux. Retour au sommaire
XCVII Pour tous voz maulx d'amours guerir, Prenez la fleur de Souvenir Avec le just d'une ancollie, Et n'obliez pas la soussie, Et meslez tout en Desplaisir. L'erbe de loing de son Desir, Poire d'Angoisse pour refreschir, Vous envoye Dieu, de vostre amye. Pour tous voz maulx d'amours guerir. Pouldre de Plains pour adoulcir, Feille d'aultre que vous choisir, Et racine de Jalousie, Et de tretout la plus partie Mectes au cueur, avant dormir. Pour tous voz maulx d'amours guerir. Retour au sommaire
XCVIII Puisque tu t'en vas, Penser, en message, Se tu fais que sage, Ne t'esgare pas. Au mieulx que pourras, Pren le seur passage. Puisque tu t'en vas, Penser, en message. Tout beau, pas à pas, Reffrain ton courage, Qu'en si long voyage Ne deviengnes las. Puisque tu t'en vas. Retour au sommaire
XCIX L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, Et ont trouvé contenance nouvelle; Pour mieulx embler priveement Plaisance, Mommerie sans parler de la bouche, En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, Faignent souvent l'amoureuse querelle; Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, Vestu m'y suis à droit et à rebours; Je jangle trop, au fort, je me rappelle. L'ueil et le cueur soient mis en tutelle. Retour au sommaire
C Chose qui plaist est à demy vendue, Quelque cherté qui coure par pais; Jamais ne sont bons marchands esbahis, Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, Voyent Plaisir à bon marchié en vente, Qui les tendroit d'achater leur bon eur? Et deussent ilz engaiger biens et rente, Et à rachat toute leur revenue, De lascheté seroient bien trays, Et devroient d'Amours estre hays; Marchandise doit estre maintenue. Chose qui plaist est à demy vendue. Retour au sommaire
CI Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement, Qui du marchié le denier a Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. D'en debatre n'est que paine perdue, Prenez ore, qu'apres on s'en repent. Chose qui plaist est à demy vendue, A bon compte souvent, ou chierement. S'aucun aussi monstre sa retenue, Et au bureau va faire le serement, Les officiers n'y font empeschement, Mais demandent tantost la bienvenue. Chose qui plaist est à demy vendue. Retour au sommaire
CII L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, Et plaisant maintient de visage Ne monstre pas toujours le cas. Alez tout soubrement le pas, N'est que contrefaire le sage. L'abit le moine ne fait pas, L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage. Soubtil sens couchié par compas, Enveloppé en beau langage, Musse le vouloir du courage; Cuider decoit en mains estas. L'abit le moine ne fait pas. Retour au sommaire
CIII De fol juge, briefve sentence; On n'y sauroit remedier, Quant l'advocat oultrecuidier, Sans raison, mainteffois sentence; Apres s'en repent et s'en tence, C'est tart, et ne se peut vuidier. De fol juge, briefve sentence. Fleurs portent odeur, et sentence Et savoir vient d'estudier; Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, J'en dy ce que mon cueur sent en ce. De fol juge, briefve sentence. Retour au sommaire
CIV Crié soit à la clochete, Par les rues, sus et jus, Fredet, on ne le voit plus; Est il mis en oubliete? Jadis il tenoit bien conte De visiter ses amis, Est il roy, ou duc, ou conte? Quant en oubly les a mis. Banny à son de trompete, Comme marié confus, Entre chartreux, ou reclus, A il point fait sa retrete? Crié soit à la clochete. Retour au sommaire
CV En l'ordre de mariage, A il desduit, ou courrous? Comment vous gouvernez vous? Y devient on fol, ou sage? Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, Rapporter m'en vueil à tous. En l'ordre de mariage, A il desduit, ou courrous? Le premier an, c'est la rage, Tant y fait plaisant et douls; Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, Cesser me fait de langage. En l'ordre de mariage. Retour au sommaire
CVI Dedans l'abisme de douleur, Sont tourmentées povres ames Des amans; et, par Dieu, mes Dames, Vous leur portez trop de rigueur. Ostez les de ceste langueur, Où ilz sont en maulx et diffames. Dedans l'abisme de douleur. Se n'y monstrez vostre doulceur, Vous en pourrez recevoir blasmes; Tost orra prieres de fames, Dangier, des dyables le greigneur. Dedans l'abisme de douleur. Retour au sommaire
CVII Et ne cesserez vous jamais? Tousjours est à recommencer; C'est folie d'y plus penser, Ne s'en soussier desormais. Plus avant j'en diroye, mais Rien n'y vault flater, ne tanser. Et ne cesserez vous jamais? Tousjours est à recommencer. Passez a plusieurs moys des Mays Qu'Amour vous vouldrent avanser; Mal les voulez recompenser, En servant de telz entremais. Et ne cesserez vous jamais? Retour au sommaire
CVIII Qu'il ne le me font, Pour veoir que feroye, Et se je sauroye Leur donner le bont. Puisque telz ilz sont Affin qu'on les voye Qu'il ne le me font, Pour veoir que feroye. Droit à droit respont, Paier les vouldroye De telle monnoye Qu'il desserviront. Qu'il ne le me font. Retour au sommaire
CIX Les en voulez vous garder Ces rivieres de courir, Et grues prendre et tenir, Quant hault les veez voler. A telles choses muser, Voit on folz souver servir. Les en voulez vous garder Ces rivieres de courir. Laissez le temps tel passer Que Fortune veult souffrir, Et les choses avenir Que l'en ne scet destourber. Les en voulez vous garder. Retour au sommaire
CX Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir, Et congnustes, à l'ueil ouvrir, Plus avant que je ne vouloye. L'ueil d'embusche saillit en voye, De soy retraire n'eut loisir. Vous vistes que je le veoye Ce que je ne vueil descouvrir. Trop est saige qui ne foloye, Quant on est es mains de Plaisir, Qui lors vint vostre cueur saisir, Et fist comme pieca souloye. Vous vistes que je le veoye. Retour au sommaire
CXI La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit, Souventeffoiz s'esbat et rit A planter une gente bourde; Contrefaisant la coquelourde, Soubz un malicieux abit. La veez vous là, la lyme sourde, Qui pense plus qu'elle ne dit. Quelle part que malice sourde, Tost congnoist s'il y a prouffit; Benoist en soit le saint Esprit, Qui de si finete me hourde. La veez vous là, la lyme sourde. Retour au sommaire
CXII Helas! et qui ne l'aymeroit? De Bourbon le droit heritier, Qui a l'estomac de papier, Et aura la goute de droit; Se Lymosin ne lui aidoit, Il mourroit, tesmoing Villequier. Helas! et qui ne l'aymeroit? De Bourbon le droit heritier. Jamais plus hault ne sailliroit, S'elle lui monstroit ung dangier; Et pour ce, Fayete et Gouffier, Aidiez chascun en vostre endroit. Helas! et qui ne l'aymeroit? Retour au sommaire
CXIII Dieu vous envoye pascience, Gentil conte Cleremondois, Vous congnoissez, à ceste foiz, Qu'est d'amoureuse penitence; Puisqu'estes hors de la presence, De celle que bien je congnois. Dieu vous envoye pascience, Gentil conte Cleremondois. Vouer vous povez aliance A la riche, comme je crois, Ne vous trouverez de ce mois, Las! trop estes loing d'alegance. Dieu vous envoye pascience. Retour au sommaire
CXIV Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir, Qu'estre batu, pour dire voir; Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. Riens ne perdons, se nous taisons, Et se jouons au plus savoir. Sauves toutes bonnes raisons, Mieulx vault mentir, pour paix avoir. Parler boute feu en maisons, Et destruit paix, ce riche avoir; On aprent à taire et à veoir, Selon les temps et les saisons. Sauves toutes bonnes raisons. Retour au sommaire
CXV Il souffist bien que je le sache, Sans en enquerir plus avant; Car se tout aloye disant, On vous pourrait bien dire actache. Nul de la langue ne m'arrache Ce qu'en mon cueur je voys pensant. Il souffist bien que je le sache, Sans en enquerir plus avant. Ainsi qu'en blanc pert noire tache, Vostre fait est si apparant, Que m'y trouve trop congnoissant; Qui est descouvert, mal se cache. Il souffist bien que je le sache. Retour au sommaire
CXVI Pense de toy Dorenavant, Du demourant Te chaille poy. Ce monde voy En empirant. Pense de toy Dorenavant. Regarde et oy, Va peu parlant; Dieu tout puissant Fera de soy. Pense de toy. Retour au sommaire
CXVII Ce n'est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles, Que de baster aux corneilles Les mariz, et l'erbe pestre. Car de jouer tours de maistre, Femmes sont les nompareilles. Ce n'est riens qui ne puist estre, On voit de plus grans merveilles. Tant aux huis, comme aux fenestres, En champs, jardins, ou en trailles, Par tout ont yeulx et oreilles, Soit à dextre, ou a senestre. Ce n'est riens qui ne puist estre. Retour au sommaire
CXVIII Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'est plus; Mes propos sont en ce conclus, Qu'ainsy demourray desormais. De s'entremectre de mes faiz, Je n'en requier nulles, ne nuls. Or est de dire, laissez m'en paix, Et tout plain, de rien ne m'est plus. Fortune, par ses faulx atraiz, En pipant, a pris à la glus Mon cueur, et en soussy reclus Se tient, sans departir jamais. Or est de dire, laissez m'en paix. Retour au sommaire
CXIX C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir; Si convient il, en vivant, mal souffrir, Et au derrain, de mort passer la bonde. S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, On ne les peut longuement retenir. C'est grant paine que de vivre en ce monde, Encores est ce plus paine de mourir. Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, Se plus pense, quoyque voye à venir, Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; Las! il n'est rien que soussy ne confonde. C'est grant paine que de vivre en ce monde. Retour au sommaire
CXX En vivant en bonne esperance, Sans avoir desplaisance, ou dueil, Vous aurez brief, à votre vueil, Nouvelle plaine de plaisance. De guerre n'avons plus doubtance, En vivant en bonne esperance, Sans avoir desplaisance, ou dueil. Tous nouveaulx revendrons en France, Et quant me reverrez à l'ueil, Je suis tout autre que je sueil; Au moins j'en fais la contenance. En vivant en bonne esperance. Retour au sommaire
CXXI Orléans à Secile. Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier, Quant vous a pleu de m'envoyer Le don qu'ay receu à grant joye; Tel que dy, et plus, se povoye, Me trouverez à l'essayer. Vostre esclave et serf, où que soye, Qui trop ne vous puis mercier. Paine mectray que brief vous voye, Et tost arez, sans delayer, Chose qui est sus le mestier, Qui vous plaira; plus n'en diroye. Vostre esclave et serf, où que soye. Retour au sommaire
CXXII Tellement, quellement, Me faut le temps passer, Et soucy amasser Mainteffoiz, mallement, Quant ne puis nullement Ma fortune casser. Tellement, quellement, Me faut le temps passer. G'iray tout bellement, Pour paour de me lasser, Et sans trop m'enlasser, Ou monde follement. Tellement, quellement. Retour au sommaire
CXXIII A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, Et ne scet on le jour, ne l'eure; Souvent en devroit souvenir. Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, En brief temps, ou longue demeure, A tout bon compte revenir Convendra, qui qu'en rie, ou pleure. Las! on ne pense qu'à suyr Le monde qui tousjours labeure; Et quant on cuide qu'il sequeure, Au plus grant besoing vient faillir, A tout bon compte revenir. Retour au sommaire
CXXIV Vous estes paié pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart; Devant ung ancien regnart, Tost est apparceu ung tel tour; Quant on a esté à sejour, Ce sont les gaiges de musart. Vous estes paié pour ce jour, Puis qu'avez eu ung doulx regart. Il souffist pour vostre labour, Et s'apres on vous sert de lart, Prenez en gré, maistre coquart, Ce n'est qu'un restraintif d'amour. Vous estes paié pour ce jour. Retour au sommaire
CXXV Puisqu'estes en chaleur d'amours, Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; On vous trouvera medicine Qui briefment vous fera secours. Trop tost, oultre le commun cours, Vous bat le cueur en la poictrine. Puisqu'estes en chaleur d'amours Pour Dieu, laissez veoir vostre orine. La fievre blanche ses sejours A fait, se voulez que termine, Et que plus ne vous soit voisine, Repousez vous pour aucuns jours Puisqu'estes en chaleur d'amours. Retour au sommaire
CXXVI Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement, Receu ne serez vrayement Ainsi que acoustumé avez. Soussy et penance amenez, Qui vous recevroit lyement? Saint Valentin, quant vous venez En Karesme au commencement Une autreffoiz vous avancez Plus tost, et alors toute gent Vous recuilliront autrement; Et pers à choisir amenez. Saint Valentin, quant vous venez. Retour au sommaire
CXXVII Saint Valentin dit: Veez me ca, Et apporte pers à choisir; Viengne qui y devra venir, C'est la coustume de pieca. Quant le jour des Cendres hola Respond, auquel doit on faillir? Saint Valentin dit: Veez me ca, Et apporte pers à choisir. Au fort, au matin convendra En devocion se tenir, Et apres disner, à loisir, Choississe qui choisir vouldra. Saint Valentin dit: Veez me ca. Retour au sommaire
CXXVIII A trompeur, trompeur et demy; Tel qu'on seme convient cuillir; Se mestier voy partout courir, Chascun y joue, et moy aussi. Dy je bien de ce que je dy? De tel pain souppe fault servir. A trompeur, trompeur et demy; Tel qu'on seme convient cuillir. Et qui n'a pas langaige en lui, Pour parler selon son desir, Ung truchement lui fault querir Ainsi, ou par là, ou par cy. A trompeur, trompeur et demy. Retour au sommaire
CXXIX Baillez lui la massue, A cellui qui cuide estre Plus subtil que son maistre, Et sans raison l'argue; Ou il sera beste mue, Quant on l'envoyera pestre. Baillez lui la massue. Quoy qu'il regibe, ou rue, Si sault par la fenestre, Comme s'il vint de nestre, Sera chose esperdue. Baillez lui la massue. Retour au sommaire
CXXX Ubi supra, N'en parlons plus Des tours cornulz, Et cetera; Non est cura, De telz abus. Ubi supra, N'en parlons plus. Mala jura Sont suspendus, Ou deffendus, Et reliqua. Ubi supra. Retour au sommaire
CXXXI Noti me tangere Faulte de serviteurs, Car bonté de seigneurs Ne les scet frangere. Il vous fault regere En craintes et rigueurs. Noti me tangere Faulte de serviteurs. De hault erigere Trop tost en grans faveurs, Ce ne sont que foleurs Bien m'en puis plangere. Noti me tangere. Retour au sommaire
CXXXII Pres là, briquet aux pendantes oreilles, Tu sces que c'est de deduit de gibier, Au derrenier tu auras ton loyer, Et puis seras viande pour corneilles. Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, Et as aide pour te bien enseigner. Pres là, briquet aux pendantes oreilles, Tu sces que c'est de deduit de gibier. A toute heure diligemment traveilles, Et en chasse vaulx autant qu'un limier, Tu amaines au tiltre de levrier Toutes bestes, et noires, et vermeilles. Pres là, briquet aux pendantes oreilles. Retour au sommaire
CXXXIII Or s'y joue qui vouldra; Qui me change, je le change; Nul ne le tiengne chose estrange, D'avoir selon qu'il fera; Quant par sa faulte fera, Gré ne dessert, ne louange. Or s'y joue qui vouldra; Qui me change, je le change. Puisque advisé on l'en a. Et à raison ne se range, S'apres s'elle se revange, Le tort à qui demourra? Or s'y joue qui vouldra. Retour au sommaire
CXXXIV Gardez vous de mergo Trompeur faulx et rusez, Qui les gens abusez Mainteffoiz a tergo. En tous lieux où pergo, Fort estes accusez. Gardez vous de mergo Trompeur faulx et rusez. Mercy dit: abstergo Les faultes dont usez, Mais que les refusez; Avisez vous ergo. Gardez vous de mergo. Retour au sommaire
CXXXV Quant n'ont assez fait dodo, Ces petitz enfanchonnés, Ilz portent soubz leurs bonnés Visaiges pleins de bobo. C'est pitié s'ilz font jojo Trop matin, les doulcinés. Quant n'ont assez fait dodo, Ces petitz enfanchonnés. Mieux amassent à gogo Gesir sur molz coissinés, Car ilz sont tant poupinés, Helas! che, guoguo, guoguo. Quant n'ont assez fait dodo. Retour au sommaire
CXXXVI Procul a nobis Soient ces trompeurs, Dantur aux flateurs Verba pro verbis, Sicut pax vobis, Et tendent ailleurs. Procul a nobis Soient ces trompeurs. Non semel sicul bis, Et des foiz plusieurs, Sont loups ravisseurs Soubz peaulx de brebiz. Procul a nobis. Retour au sommaire
CXXXVII Faulcette confite En plaisant parler, Laissez la aler, Car je la despite. Ce n'est que redite De tant l'esprouver. Faulcette confite En plaisant parler. Et quant on s'acquicte Plus de l'amender, Pis la voy ouvrer, C'est chose maudicte. Faulcette confite. Retour au sommaire
CXXXVIII Il fauldroit faire l'arquemie, Qui vouldroit forgier faulceté Tant qu'elle devint loyaulté, Quant en malice est endurcie. C'est rompre sa teste en folie, Et temps perdre en oysiveté. Il fauldroit faire l'arquemie, Qui vouldroit forgier faulceté. Plus avant qu'on y estudie, Et moins y congnoist on seurté, Car de faire de mal, bonté, L'un à l'autre trop contrarie. Il fauldroit faire l'arquemie. Retour au sommaire
CXXXIX En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain, Et de menger meurs de fain D'un fres et nouveau pain bis. A mon gré, ce pain faitis, C'est ung morceau souverain. En changeant mes appetiz, Je suis tout saoul de blanc pain. S'il en fust à mon devis, Plus tost anuyt que demain J'en eusse mon vouloir plain, Car grant desir m'en est pris. En changeant mes appetiz. Retour au sommaire
CXL Responce d'Orleans à Fredet. Pour mectre à fin vostre doleur, Où pour le present je vous voy, Descouvrez moy Tout vostre fait, car, sur ma foy, Je vous secourray de bon cueur; Plus avant offrir ne vous puis, Fors que je suis Prest de vous aider à toute heure, A vous bouter hors des ennuys Que, jours et nuys, Dictes qu'avec vous font demeure. Quant vous tenez mon serviteur, Et vostre doleur apparcoy, Montrer au doy On me devroit, se tenir quoy Vouloye, comme faint seigneur. Pour mectre à fin vostre doleur. Retour au sommaire
CXLI Apres l'escadre route, Mectons à saquement Annuyeulx pensement, Et sa brigade toute; Il crye: Volte route, Ralions nostre gent. Apres l'escadre route. Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement Dye gaillardement: Daly brusque sans doubte. Apres l'escadre route. Retour au sommaire
CXLII Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: Je laisse tout courir à val le vent, Sans regarder lequel bout devant aille. Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille. Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille, Que vous semble de mon gouvernerment? Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent. Retour au sommaire
CXLIII Pour ce que plaisance est morte, Ce May suis vestu de noir, C'est grant pitié de veoir Mon cueur, qui s'en desconforte. Je m'abille de la sorte Que doy, pour faire devoir. Pour ce que plaisance est morte, Ce May suis vestu de noir. Le temps ces nouvelles porte, Qui ne veult deduit avoir, Mais par force de plouvoir, Fait des champs clorre la porte. Pour ce que plaisance est morte. Retour au sommaire
CXLIV A Dieu! qu'il m'anuye, Helas! qu'est ce cy? Demourray ainsi En merencolie? Qui que chante, ou rie, J'ay tousjours soussy. A Dieu! qu'il m'anuye, Helas! qu'est ce cy. Penser me guerrie, Et fortune aussi, Tellement, et si Fort que hé ma vie. A Dieu! qu'il m'anuye. Retour au sommaire
CXLV Ci pris, ci mis, Trop fort me lie Merencolie, De pis en pis, Quant me tient pris En sa baillie. Ci pris, ci mis, Trop fort me lie. Se hors soussis Je ne m'alie A chiere lie, Vivant languis. Ci pris, ci mis. Retour au sommaire
CXLVI Et de cela, quoy? Se soussy m'assault, A mon cueur n'en chault, N'aussi peu à moy; Comme j'appercoy, Courroux riens n'y vault. Et de cela, quoy? Se soussy m'assault. Par luy je reçoy Souvent froit et chault, Puisqu'estre ainsi fault, Remede n'y voy. Et de cela, quoy? Retour au sommaire
CXLVII Et de cela, quoy? En ce temps nouveau, Soit ou laid, ou beau, Il m'en chault bien poy; Je demourray quoy En ma vieille peau. Et de cela, quoy? En ce temps nouveau. Plusieurs, comme voy, Ont des pois au veau; Je mectray mon seau Qu'ainsi je le croy. Et de cela, quoy? Retour au sommaire
CXLVIII Le trouveray je jamais? Ung loyal cueur joint au mien, A qui je soye tout sien, Sans departir desormais. D'en deviser par souhais, Souvent m'y esbas, et bien. Le trouveray je jamais? Ung loyal cueur joint au mien. Autant vault se je m'en tais, Car certainement je tien Qu'il ne s'en fera ja rien; En toute chose a ung mais. Le trouveray je jamais? Retour au sommaire
CXLIX Il me pleust bien, Se tour il a, Quan me monstra Que estoit tout mien; Par son maintien Tost me gaigna. Il me pleust bien, Se tour il a. Sans dire rien, Mon cueur pensa, Et ordonna, Qu'il seroit sien. Il me pleust bien. Retour au sommaire
CL En mon cueur cheoit, Et là devinoye, Comme je pensoye, Qu'ainsi m'avendroit. Fol tant qu'il reçoit, Ne croit rien qu'il voye. En mon cueur cheoit, Et là devinoye. Sotye seroit, Se plus y musoye; Ma teste romperoye, Soit ou tort, ou droit. En mon cueur cheoit. Retour au sommaire
CLI Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui; Je ne congnois rien aujourdui Dont il me chaille que bien poy. Dont quanque devant mes yeulx voy, Puis nommer anuy sur anuy. Le monde est ennuyé de moy, Et moy pareillement de lui. Chierement se vent bonne foy, A bon marché n'en a nulluy; Et pour ce, se je suis cellui Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. Le monde est ennuyé de moy. Retour au sommaire
CLII Vous y fiez vous? En mondain espoir, S'il scet decevoir, Demander à tous. Son actrait est doulx, Pour gens mieulx avoir. Vous y fiez vous? En mondain espoir. De joye, ou courroux, Soing, ou nonchaloir, Veult, à son vouloir, Tenir les deux boux. Vous y fiez vous? Retour au sommaire
CLIII Vengence de mes yeulx Puisse mon cueur avoir, Ilz lui font recevoir Trop de maulx en mains lieux. Amours, le Roy des Dieux, Faictes vostre devoir. Vengence de mes yeulx Puisse mon cueur avoir. Se jamais plus sont tieulx, Encontre mon vouloir, Sur eulx, et main, et soir, Crieray jusques aux cieulx. Vengence de mes yeulx. Retour au sommaire
CLIV Espoir ne me fist oncques bien, Souvent me ment pour me complaire, Et assez promet sans riens faire, Dont à lui peu tenu me tien; En ses ditz ne me fie en rien, Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. Espoir ne me fist oncques bien, Souvent me ment pour me complaire. Quant reconfort requerir lui vien, Et cuide qu'il le doye faire, Tousjours me respont au contraire, Et me hare reffus son chien. Espoir ne me fist oncques bien. Retour au sommaire
CLV C'est par vous seulement, Fiance, Qu'ainsi je me trouve deceu; Car, se par avant l'eusse sceu, Bien y eusse mis pourveance. Au fort, quant je suis en la dance, Puisqu'il est trait, il sera beu. C'est par vous seulement, Fiance, Qu'ainsi je me trouve deceu. Je doy bien hair l'acointance Du premier jour que vous ay veu, Car prins m'avez au despourveu; Nul n'est trahy qu'en esperance. C'est par vous seulement, Fiance. Retour au sommaire
CLVI Par vous, regart, sergent d'amours, Sont arrestés les povres cueurs, Souvent en plaisirs et doulceurs, Et mainteffoiz tout au rebours; Devant les amoureuses cours, Les officiers et gouverneurs. Par vous, regart, sergent d'amours, Sont arrestés les povres cueurs. Et adjournez à trop briefz jours, Pour leur porter plus de rigueurs, Comme subgiez et serviteurs, Endurent mains estranges tours. Par vous, regart, sergent d'amours. Retour au sommaire
CLVII Payés selon vostre deserte Puissiez vous estre! faulx trompeurs, Au derrenier des cabuseurs Sera la malice deserte. D'entre deux meures, une verte Vous fault servir, pour voz labeurs. Payés selon vostre deserte Puissiez vous estre! faulx trompeurs. Vostre besongne est trop ouverte, Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; Aux esches s'estes bons joueurs, Gardez l'eschec à descouverte. Payés selon vostre deserte. Retour au sommaire
CLVIII Mort de moy! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie? Mon cueur, vous faictes grant folye, C'est la nourrisse de courroux. Ung baston qui point à deux boutz, Porte, dont elle s'escremye. Mort de moy! vous y jouez vous Avec Dame Merencolie? Je tiens saiges toutes et tous, Qui eslongnent sa compaignie; Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, Que je m'y boutasse à quans coups. Mort de moy! vous y jouez vous. Retour au sommaire
CLIX Allez, allez, vieille nourrice De courroux et de malle vie Rassotée Merencolie, Vous n'avez que dueil et malice; Desormaiz plus n'aurez office Avec mon cueur, je vous regnye. Allez, allez, vieille nourrice De courroux et de malle vie. Pour vous n'y a point lieu propice, Confort l'a prins, n'en doubtez mie, Fuyez hors de la compaignie; D'Espoir fais nouvel edifice. Allez, allez, vieille nourrice. Retour au sommaire
CLX Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous? Voulez vous estre seul sur tous, Et qu'on vous laisse tenir quoy? Merencolie suiz, et doy En tous faiz, tenir l'un des bouts. Vous ne tenez compte de moy, Beau Sire, mais qui estes vous? Se je vous pinsse par le doy, Ne me chault de vostre courroux; On verra se serez rescous Des mains, par qui, et pourquoy? Vous ne tenez compte de moy. Retour au sommaire
CLXI Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit apres Dangiers En la forest de ma pensée, Dont rencontra grant assemblée Trespassans par divers sentiers; Deux ou trois saillirent premiers, Comme fors, orgueilleux et fiers; N'estoit ce pas chose esfroyée? Ainsi que chassoye aux sangliers, Mon cueur chassoit apres Dangiers En la forest de ma pensée. Lors mon cueur lascha sus levriers, Lesquels sont nommés Desiriers; Puis Esperance l'asseurée, L'espieu ou poing, sainte l'espée, Vint pour combatre voulentiers. Ainsi que chassoye aux sangliers. Retour au sommaire
CLXII Mort de moy! vous y jouez vous? En quoy? es faiz de tromperie; Ce n'est que coustume jolie Dont ung peu ont toutes et tous; Renverser s'en dessuz dessoubz, Est ce bien fait? je vous en prie. Mort de moy! vous y jouez vous? En quoy? es faiz de tromperie. Laissez moy taster vostre pouls, Vous tient point celle maladie? Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, Il semble que criez aux loups. Mort de moy! vous y jouez vous? Retour au sommaire
CLXIII M'apellez vous cela jeu? D'estre tousjours en ennuy; Certes, je ne voy nulluy Qui n'en ait plus trop que peu. Nul ne desnoue ce neu, S'il n'a de Fortune apuy. M'apellez vous cela jeu? D'estre tousjours en ennuy. On s'art qui est pres du feu; Et pour ce, je suis cellui Qui à mon povoir le sui, Quant je n'y congnois mon preu. M'apellez vous cela jeu? Retour au sommaire
CLXIV Aussi bien laides que belles Contrefont les dangereuses, Et souvent les precieuses, Ilz ont les manieres telles; Pareillement les pucelles Deviennent tantost honteuses Aussi bien laides que belles Contrefont les dangereuses. Les vieilles font les nouvelles, En parolles gracieuses Et accointances joyeuses, C'est la condicion d'elles. Aussi bien laides que belles. Retour au sommaire
CLXV Qui a toutes ses hontes beues, Il ne lui chault que l'en lui die, Il laisse passer mocquerie Devant ses yeulx, comme les nues. S'on le hue parmy les rues, La teste hoche à chiere lie. Qui a toutes ses hontes beues, Il ne lui chault que l'en lui die. Truffes sont vers lui bien venues, Quant gens rient, il faut qu'il rie; Rougir on ne le feroit mie, Contenances n'a point perdues. Qui a toutes ses hontes beues. Retour au sommaire
CLXVI Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui menguent poisson, Vous qui jeusnez par grant devocion, Ce vendredi ne povez faire mieulx. Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, Avoir confort, ou consolacion, Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui menguent poisson. Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion, Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. Repaissez vous en parler gracieux. Retour au sommaire
CLXVII Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Voyez vous riens? ouil, assez; Qu'est ce cela que vous savez? Cler, le vous puis monstrer au doy. Regardez plus avant un poy, Vos regars ne soient lassez. Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Voyez vous riens? ouil, assez. Acquicté me suis, comme doy, Il a ja plusieurs ans passez, Sans avoir mes gaiges cassez, Bien avez servi, sur ma foy. Hau guecte mon ueil, et puis quoi? Retour au sommaire
CLXVIII Que nous en faisons De telles manieres, Et doulces, et fieres, Selon les saisons; En champs, ou maisons, Par bois et rivieres, Que nous en faisons De telles manieres. Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres, Nos joyeuses chieres, Puis nous rapaisons. Que nous en faisons. Retour au sommaire
CLXIX Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure; A grant marché, oultre mesure, J'en ay assez contre mon vueil. Ja n'entrera dedans le sueil De mon Penser, je vous le jure. Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure. Desconforté, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mene vie dure, Puisque mal vous fait son accueil. Vendez autre part vostre dueil. Retour au sommaire
CLXX Mais que vostre cueur soit mien, Ne doit le mien estre vostre? Ouil, certes, plus que sien. Que vous en semble? dy je bien? Vray comme la Patenostre. Mais que vostre cueur soit mien. Content et joyeulx m'en tien, Foy que doy saint Pol l'Apostre, Je ne désire autre rien. Mais que vostre cueur soit mien. Retour au sommaire
CLXXI Pour Dieu! boutons la hors, Ceste Merencolie, Qui si fort nous guerrie, Et fait tant de grans tors. Monstrons nous les plus fors, Mon cueur, je vous en prie. Pour Dieu! boutons la hors, Ceste Merencolie. Trop lui avons amors D'estre en sa compaignie, Ne nous amuserons mie A croire ses rappors. Pour Dieu! boutons la hors. Retour au sommaire
CLXXII Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur, Ne laissez mourir en douleur Ce qui avoir vostre aide pense; Puisque avez le povoir en ce De l'aider, par grace et doulceur. Acquictez vostre conscience, Et gardez aussi vostre honneur. On criera sur vous vengence, Se souffrez murdrir en rigueur, Ainsi à tort, ung povre cueur; Assez a porté pascience. Acquictez vostre conscience. Retour au sommaire
CLXXIII Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur, De par Reconfort, son seigneur, Lui a une lectre apportée; Puis a sa creance contée, En langaige plein de doulceur. Le truchement de ma pensée, Qui est venu devers mon cueur. Response ne lui est donnée, Pour le present, c'est le meilleur; Il aura, par conseil greigneur, Son ambaxade despeschée. Le truchement de ma pensée. Retour au sommaire
CLXXIV Le truchement de ma pensée, Qui parle maint divers langaige, M'a rapporté chose sauvaige Que je n'ay point acoustumée. En francoys la m'a translatée, Comme tres souffisant et saige. Le truchement de ma pensée, Qui parle maint divers langaige. Quant mon cueur l'a bien escoutée, Il lui a dit: Vous faictes raige, Oncques mais n'ouy tel messaige, Venez vous d'estrange contrée? Le truchement de ma pensée. Retour au sommaire
CLXXV Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse, Encores le suis en vieillesse; Vers moy la trouve tousjour une. Je suis ung de ceulx, soubz la lune, Qu'elle plus à son vouloir dresse. Comme le subgiet de Fortune, Que j'ay esté en ma jeunesse. Ce ne m'est que chose commune, Obeir fault à ma maistresse; Sans machier, soit joye ou tristesse, Avaler me fault ceste prune. Comme le subgiet de Fortune. Retour au sommaire
CLXXVI Quant oyez prescher le regnart, Pensez de voz oyes garder, Sans à son parler regarder, Car souvent scet servir de l'art; Contrefaisant le papelart, Qui scet ses parolles farder. Quant oyez prescher le regnart, Pensez de voz oyes garder. Les faiz de Dieu je mets à part, Ne je ne les vueil retarder, Ne contre le monde darder, Chascun garde son estandart. Quant oyez prescher le regnart. Retour au sommaire
CLXXVII Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, qu'aye douleur mainte, Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte, Et soubz decepte, doulx accueil. Ay je tort? quant recoy tel dueil, S'ainsi je dy en ma complainte: Las! le faut il? est ce ton vueil? Fortune, qu'aye douleur mainte. Tue moy, puis en mon sercueil Me boute, c'est chose contrainte; Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, Qui n'appercoive ton orgueil. Las! le faut il? est ce ton vueil? Retour au sommaire
CLXXVIII Ne fais je bien ma besoingne? Quant mon fait cuide avancer, Je suis à recommancer, Et ne scay comment m'esloingne. Fortune tousjours me groingne, Et ne fait riens que tanser. Ne fais je bien ma besoingne? Quant mon fait cuide avancer. Certes tant je la ressoingne, Car mon temps fait despenser Trop, en ennuyeux penser, Dont en roingeant mon frain, froingne. Ne fais je bien ma besoingne? Retour au sommaire
CLXXIX Je ne hanis pour autre avaine, Que de m'en retourner à Blois; Trouvé me suis pour une fois Assez longuement en Touraine. J'ay galé, à largesse plaine, Mes grans poissons, et vins des Grois. Je ne hanis pour autre avaine, Que de m'en retourner à Blois. A la court plus ne prendray paine, Pour generaux et millenois, Confesser à present m'en vois, Contre la peneuse sepmaine. Je ne hanis pour autre avaine. Retour au sommaire
CLXXX Que pense je? dictes le moy, Adevinez, je vous en prie, Autrement ne le saurez mie; Il y a bien raison pourquoy. A parler à la bonne foy, Je vous en fais juge et partie. Que pense je? dictes le moy, Adevinez, je vous en prie. Vous ne saurez, comme je croy, Car heure ne suis, ne demye, Qu'en diverse merencolie; Devisez, je me tairay, quoy? Que pense je? dictes le moy. Retour au sommaire
CLXXXI Plaindre ne s'en doit loyal cueur, S'Amours a servy longuement, Recevant des biens largement, Et pareillement de douleur. N'est ce raison que le Seigneur Ait tout à son commandement? Plaindre ne s'en doit loyal cueur, S'Amours a servy longuement. Ne plus a desservi Doulceur Que ne trouve à son jugement, En gré prengne pour payement Moins de proufit et plus de honneur. Plaindre ne s'en doit loyal cueur. Retour au sommaire
CLXXXII En faictes vous doubte? Point ne le devez, Veu que vous savez Ma pensée toute; Quant mon cueur s'y boute, Et vostre l'avez. En faictes vous doubte? Point ne le devez. Dangier nous escoute, Sus, tost achevez, Ma foy recevez, Ja ne sera route. En faictes vous doubte? Retour au sommaire
CLXXXIII En faictes vous doubte? Que vostre ne soye, Se Dieu me doint joye Au cueur, si suis toute. Rien ne m'en deboute, Pour chose que j'oye. En faictes vous doubte? Que vostre ne soye,. Dangier et sa route S'en voisent leur voye, Sans que plus les voye, Tousjours il m'escoute. En faictes vous doubte? Retour au sommaire
CLXXXIV Avez vous dit, laissez me dire, Amans qui devisez d'amours, Sainte Marie! que de jours J'ay despenduz en martire! Vous mocquez vous? je vous voy rire, Cuidez vous qu'il soit le rebours? Avez vous dit, laissez me dire, Amans qui devisez d'amours. Parler n'en puis que ne souspire, Raconter vous y scay cent tours Qu'on y a, sans joyeulx secours, S'au vray m'en voulez ouir lire. Avez vous dit, laissez me dire. Retour au sommaire
CLXXXV En la forest de longue actente, Par vent de Fortune dolente. Tant y voy abatu de bois, Que, sur ma foy, je n'y congnois A present, ne voye, ne sente. Pieca, y pris joyeuse rente, Jeunesse la payoit contente, Or n'y ay qui vaille une nois. En la forest de longue actente. Vieillesse dit, qui me tourmente, Pour toy n'y a pesson, ne vente, Comme tu as eu autreffoiz; Passez sont tes jours, ans et mois, Souffize toy, et te contente. En la forest de longue actente. Retour au sommaire
CLXXXVI En la forest de longue actente, Forvoyé de joyeuse sente, Par la guide dure rigueur, A esté robbé vostre cueur, Comme j'entens, dont se lamente. Par Dieu! j'en congnois plus de trente Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, Est vestu de vostre couleur. En la forest de longue actente. Et en briefz motz, sans que vous mente, Soiez seur que je me contente, Pour allegier vostre douleur, De traictier avec le Seigneur, En la forest de longue actente. Retour au sommaire
CLXXXVII Se vous voulez m'amour avoir, A tousjours, mais sans departir, Pensez de faire mon plaisir, Et jamais ne me decevoir; Bientost sauray apparcevoir, Au par aler, vostre desir. Se vous voulez m'amour avoir, A tousjours, mais sans departir. Assez biens povez recevoir, S'en vous ne tient, sans y faillir, Vous estes pres d'y avenir, Faisant vers moy leal devoir. Se vous voulez m'amour avoir. Retour au sommaire
CLXXXVIII Par l'aumosnier, plaisant regart, Donnez l'aumosne de doulceur, A ce povre malade cueur, Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart. Nuit et jour, sans cesser, il art; Secourez le, pour vostre honneur. Par l'aumosnier, plaisant regart, Donnez l'aumosne de doulceur. S'il vous plaisoit, de vostre part, Prier Amours qu'en sa langueur, Pourvoyent à vostre faveur, Aidié sera plus tost que tart. Par l'aumosnier, plaisant regart. Retour au sommaire
CLXXXIX Ce n'est que chose acoustumée, Quant Soussy voy vers moy venir, Se tost ne lui venoye ouvrir, Il romproit l'uis de ma Pensée; Lors fait d'escremie levée, Et puis vient mon cueur assaillir. Ce n'est que chose acoustumée, Quant Soussy voy vers moy venir. Adonc prent d'Espoir son espée Mon cueur, pour des coups soy couvrir, Et se deffendre et garentir; Ainsi je passe la journée. Ce n'est que chose acoustumée. Retour au sommaire
CXC Chascun devise à son propos, Quant à moi, je suis loing du mien, Mais mon cueur en espoir je tien, Qu'il aura une foiz repos; Souvent dit, me tournant le dos, Je doubte que n'en sera rien. Chascun devise à son propos, Quant à moi, je suis loing du mien. Tenez l'uis de Pensée clos, Faictes ainsi pour vostre bien, Soussy vous vouldroit avoir sien, Ne croyez, n'escoutez ses mos. Chascun devise à son propos. Retour au sommaire
CXCI Ennemy, je te conjure, Regart qui aux gens cours sus, Vieillars aux mentons chanus Dont suis, n'avons de toy cure. Jeune, navré de blesseure Fu par toy, ny reviens plus. Ennemy, je te conjure, Regart qui aux gens cours sus. Va querir ton avanture Sus amans nouveaulx venus; Nous vieulx, avons obtenus Saufconduitz, de par Nature. Ennemy, je te conjure. Retour au sommaire
CXCII Des amoureux de l'observance, Dont j'ay esté ou temps passé, A present m'en treuve lassé Du tout, sinon de souvenance. Ou je prens d'en parler plaisance, Quoy que suis de l'ordre cassé. Des amoureux de l'observance, Dont j'ay esté ou temps passé. Souvent y ay porté penance, Et si pou de biens amassé, Que, quant je seray trespassé, A mes hoirs lairray pou chevance. Des amoureux de l'observance. Retour au sommaire
CXCIII Ostez vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment, Car trop me temptez souvent; Tort avez, tenez vous quoy. Toutes les foiz que vous voy, Je suis je ne scay comment. Ostez vous de devant moy, Beaulté, par vostre serment. Tant de plaisir j'appercoy En vous, à mon jugement, Qu'ilz troublent mon pensement, Vous me grevez, sur ma foy. Ostez vous de devant moy. Retour au sommaire
CXCIV Plaisant regard, mussez vous, Ne vous monstrez plus en place, Mon cueur craint vostre menace, Dont mainteffoiz l'ay rescous; Vostre actrait soubtil et doulx Blesse sans qu'on lui mefface. Plaisant regard, mussez vous, Ne vous monstrez plus en place. Se dictes: Je fais à tous Ainsi, car je m'y solace; A tort, sauve vostre grace, Ne devez donner courrous. Plaisant regard, mussez vous. Retour au sommaire
CXCV Je ne vous voy pas à demy, Tant ay mis en vous ma plaisance, Tousjours m'estes en souvenance, Puis le temps que premier vous vy. Assez ne puis estre esbahy Dont vient si ardent desirance. Je ne vous voy pas à demy, Tant ay mis en vous ma plaisance. Fin de compte, puisqu'est ainsi, Fermons nos cueurs en aliance; Quant plus ay de vous acointance, Plus suis ne scay comment ravy. Je ne vous voy pas à demy. Retour au sommaire
CXCVI Que je vous ayme maintenant ! Quant je congnois vostre maniere Venant de voulenté legiere, Enveloppée en faulx semblant. Je ne m'y fie tant, ne quant, Veu qu'en estes bien coustumiere. Que je vous ayme maintenant ! Quant je congnois vostre maniere. N'en peut chaloir, tirez avant, Parfaictes comme mesnagiere, De haulte lisse bonne ouvriere; Plus vous voy, plus vous prise tant. Que je vous ayme maintenant ! Retour au sommaire
CXCVII Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, Quelles sont ilz? amoureuses et belles, Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, Et qui a il? bon marchié de querelles. Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles. C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx. Retour au sommaire
CXCVIII Le cueur Soussy, beau Sire, je vous prie, Soussy - De quoy? que me demandez vous? Le cueur - Ostez moy d'anuy et courous, Soussy - Où vous estes? non feray mie. Tenir je vous vueil compaignie, Le cueur - Las! non faictes, soyez moy douls. Soussy, beau Sire, je vous prie, - De quoy? que me demandez vous? Soussy - Parlez en à Merencolie, Le cueur - Conseil premier entre vous. Soussy - Espoir y pourroit plus que nous, Le cueur - Faictes donc qu'il y remédie. Soussy, beau Sire, je vous prie. Retour au sommaire
CXCIX Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Et on les scet à deu entretenir. En temps et lieu, et pour lui retenir, Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. J'en congnois deux qui portent grant atour, Où contre droit en emportent le bruit; Helas! voire, et ne font pas sejour, Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. Garder se fault que nul ne les ressemble, Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; Pour ce, conclus, pour au point revenir, Que jamais mal entre amoureux n'assemble Quant Leaulté et Amour sont ensemble, Retour au sommaire
CC Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry, Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grace receu. Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy. Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry. Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy, Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu. Plus tost accointé que congneu. Retour au sommaire
CCI A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va; Je ne scay qui ce jeu trouva, Penser m'y a pris au matin; Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva. A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va. Soussy m'a cuidé ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva, Bien garday que ne me greva; Maledicatur en latin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
CCII A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faictes de plaisirs, ou douleurs, Rimes en francoys, ou latin; Ne dormez pas trop au matin, Pensez à garder voz honneurs. A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs. Heur et maleur sont en hutin, Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, Veulent departir leur butin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
CCIII A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis eschapper, Pensée prens pour mon butin. Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper. A ce jour de saint Valentin, Qu'il me convient choisir ung per. Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer; Mais, s'Espoir je peusse atrapper, Je parlasse d'autre latin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
CCIV Au plus fort de ma maladie Des fievres de merencolie, Quant d'anuy j'ay frissonné fort, J'entre en chaleur de desconfort Qui me met tout en resverie; Lors je jangle mainte folie, Et meurs de soif de chiere lie, De mourir seroye d'accort. Au plus fort de ma maladie Des fievres de merencolie. Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie, Qui de me guérir se fait fort; Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie. Au plus fort de ma maladie. Retour au sommaire
CCV Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme. A ce jour de saint Valentin, Puisqu'estes mon per ceste année, De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin. Menez à beau frere hutin Tant qu'ayez la pense levée. A ce jour de saint Valentin. Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma mal assenée, Dont me fait les groings au matin. A ce jour de saint Valentin. Retour au sommaire
CCVI Contre fenoches et nox buze, Peut servir ung tantost de France, Da ly parolles de plaisance, Au plus sapere l'en cabuze, Fa cossy maintes foiz s'abuze, Grandissime fault pourveance. Contre fenoches et nox buze. Sta fermo, toutes choses uze, Aspecte ung poco par savance, La Rasonne fa l'ordonnance De quella medicine on uze, Contre fenoches et nox buze. Retour au sommaire
CCVII Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de pensée, Avecques mon cueur, seul entray. Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée. Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée. En gast, fleurs et arbres trouvay; Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste, vent, ou nuée, Avoit fait tel piteux array. Ce premier jour du mois de May. Retour au sommaire
CCVIII Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors merencolie, Quant toute chose reverdie, Par les champs, devant ses yeulx, voit. Ung malade s'en gueriroit, Et ung mort revendroit en vie. Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors merencolie. En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en follie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit. Qui est cellui qui s'en tendroit. Retour au sommaire
CCIX Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie, Qui partout vous va reboutant; Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye. Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie. Jusques vers Karesme prenant Que jeusne les gens amaigrie, Et la saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant, ne quant. Allez vous musser maintenant. Retour au sommaire
CCX Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant beaulté fait de morisque l'entrée, De plaisance si richement parée, Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant: C'est cy raige desesperée. Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant beaulté fait de morisque l'entrée. Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit: A! vieille rassotée, Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. Qui est cellui qui d'amer se tendroit. Retour au sommaire
CCXI Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose où ne gist gueres d'amendement. Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief; Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, De travailler sans riens mener à chief; C'est par espoir, ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, J'en parle au vray, à mon entendement. Bon fait avoir cueur à commandement. Retour au sommaire
CCXII Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous povez garder. Cuidez vous, par voz motz farder. Mener les gens de deux en trois. Je vous entens à regarder, Et part de voz penser congnois. Vous savez tirer et tarder, Raige faictes, et feu Gregois; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder. Je vous entens à regarder. Retour au sommaire
CCXIII Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort, Beaucoup de soussy sans confort, Oultraige de peine, où que soye; Trop de douleur à grant montjoye, Foison de tres piteux rapport. Plus de desplaisir que de joye, Assez d'ennuy, souvent à tort. Tant de grief que je ne diroye, Mains amant ma vie, que mort, Pis que mourir, n'est ce pas fort? Telz beaulx dons fortune m'envoye. Plus de desplaisir que de joye. Retour au sommaire
CCXIV Pour mon cueur qui est en prison, Mes yeulx vont l'aumosne quérir; Gueres n'y pevent acquérir, Tant petitement les prise on. Reconfort qui est l'aumosnier, Et Espoir, sont allez dehors; On ne donna point l'aumosne hier, Refus estoit portier alors. Pour mon cueur qui est en prison. Il est si plain de mesprison, De rien ne le faut requerir, N'essayer de le conquerir, Tousjours tient sa vieille aprison. Pour mon cueur qui est en prison. Retour au sommaire
CCXV Fortune! sont ce de voz dons? Engoisses que vous aportez, A présent vous en deportez, Ce sont trop doloreux guerdons; D'entrer ceans vous deffendons, Dures nouvelles rapportez. Fortune! sont ce de voz dons? Engoisses que vous aportez. Et oultre plus, vous commandons Que les cueurs ung peu supportez Jouer vous, et vous depportez Autre part, baillant telz pardons. Fortune! sont ce de voz dons? Retour au sommaire
CCXVI Et comment l'entendez vous? Ennuy et Merencolie, Voulez vous toute ma vie. Me tourmenter en courrous? Le plus maleureux de tous Doy je estre? je le vous nye. Et comment l'entendez vous? Ennuy et Merencolie. De tous poins accordons nous, Ou, par la vierge Marie, Se Raison n'y remédie, Tout va sen dessus dessous. Et comment l'entendez vous? Retour au sommaire
CCXVII Voire, dea! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie, Et servant de plaisance lie, Par vous plus ne me nommeray; Foy que doy à Dieu, si seray Tout sien, soit ou sens, ou folie. Voire, dea! je vous ameray, Ennuyeuse Merencolie. Jamais ne m'y rebouteray, En voz lactz, se je m'en deslie, Et se Bon eur à moy s'alie, Je fait à vous, mais non feray. Voire, dea! je vous ameray. Retour au sommaire
CCXVIII Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté, Ung peu je soye déporté, Que Desespoir ne me conqueste; Veu que je me suis, en la queste D'Amours, loyaument deporté. Fortune, passez ma requeste, Quant assez m'aurez tort porté. Mon droit, sans que plus y acqueste. Aux jeunes gens j'ay transporté; Se riens est de moy rapporté, Je vous prie qu'on en face enqueste. Fortune, passez ma requeste. Retour au sommaire
CCXIX De quoy vous sert cela? Fortune, Voz propos sont, puis longs, puis cours, Une foiz estes en decours, L'autre plaine comme la lune; On ne vous trouve jamais une, Nouvelletez sont en voz cours. De quoy vous sert cela? Fortune, Voz propos sont, puis longs, puis cours. S'est vostre maniere commune; Car, quant je vous requiers secours, Vous fuyez, apres vous je cours, Et pitié n'a en vous aucune. De quoy vous sert cela? Fortune. Retour au sommaire
CCXX Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille; Raison le veult, et ainsi me conseille Que le face, pour l'aise de ma vie. A Nonchaloir vueil tenir compaignie, Par qui j'auray repos sans que m'esveille. Serviteur plus de vous, Merencolie, Je ne seray, car trop fort y traveille. Se de vous puis faire la departie, Et il seurvient quelque estrange merveille, Legierement passera par l'oreille; Au contraire jamais nul ne me die. Serviteur plus de vous, Merencolie. Retour au sommaire
CCXXI Pourquoy moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l'effort? Par tout je vois criant: Confort, Confort, C'est pour neant, jamais ne me respont. Me convient il tousjours ou plus parfont De dueil nager, sans venir à bon port. Pourquoy moy, plus que les autres ne font, Doy je porter de Fortune l'effort? J'appelle aussi, et en bas et amont, Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, Ou je cuide qu'il contrefait le mort: Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. Pourquoy moy, plus que les autres ne font. Retour au sommaire
CCXXII Pourquoy moy, mains que nulluy Que je congnoisse aujourduy, Auray je part en liesse, Veu qu'ay despendu jeunesse Longuement, en grant ennuy. Doy je donc estre cellui Qui ne trouvera en lui Bon eur, qu'à peu de largesse. Pourquoy moy, mains que nulluy. J'ay loyal désir suy, A mon povoir, et fuy, Tout ce qui à tort le blesse; Désormais, en ma vieillesse, Demourray je sans apuy? Pourquoy moy, mains que nulluy. Retour au sommaire
CCXXIII C'est pour rompre sa teste De fortune tanser, Qui à riens ne s'arreste, Trop seroit fait en beste. C'est pour rompre sa teste. Quant elle tient sa feste, Les aucuns fait danser, Et les autres tempeste. C'est pour rompre sa teste. Retour au sommaire
CCXXIV Du tout retrait en hermitage De Nonchaloir, laissant folie. Desormais veult user sa vie, Mon cueur, que j'ay veu trop volage. Et savez vous qui son courage A changié? s'a fait maladie. Du tout retrait en hermitage De Nonchaloir, laissant folie. Fera il que fol, ou que sage? Qu'en dictes vous? je vous en prie, Il fera bien, quoy que nul dye, Moult y trouvera d'avantage. Du tout retrait en hermitage. Retour au sommaire
CCXXV Sans faire mise, ne recepte Du monde, dont compte ne tien, Mon cueur, en propos je maintien; Que mal et bien en gré accepte. Se fortune est mauvaise, ou bonne, A chascun la fault endurer; Quant raison y mectra la bonne, Elle ne pourra plus durer; Rien n'y vault engin, ne decepte, Au derrain on congnoistra bien, Qui fera le mal, ou le bien, Grans, ne petiz, je n'en excepte. Sans faire mise, ne recepte. Retour au sommaire
CCXXVI Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin, N'auray je que d'Espoir butin, L'actente des desconfortez. Petitement vous m'enhortez D'estre joyeulx à ce matin. Est ce tout ce que m'apportez A vostre jour? Saint Valentin. Nulle rien ne me rapportez, Fors bona dies en latin, Vieille relique en viel satin; De telz presens vous deportez. Est ce tout ce que m'apportez. Retour au sommaire
CCXXVII Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De dueil, par le doulx temps d'espoir, La nef de desireulx vouloir A port eureux fait sa descente; Sa marchandise met en vente, Et à bon marché la presente A ceulx qui ont fait leur devoir. Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, Et que cessée est la tourmente De dueil, par le doulx temps d'espoir. Lors les marchans de longue actente, Pour gaigner, et corps, et rente, En ont ce qu'en pevent avoir; D'en acheter font leur povoir; Tant que chascun cueur s'en contente. Quant pleur ne pleut, souspir ne vante. Retour au sommaire
CCXXVIII Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, Le bruit sourt de jeux et risée, Et Joye vient appareillée De recevoir d'Espoir sa rente Assignée sur longue actente. Mais apres loyaument paiée. Quant pleur ne pleut, souspir ne vente. Ja Reconfort est mis en vente, Et Plaisance fait sa livrée De biens si richement ouvrée, Que deuil fuyt, et s'en mal contente. Quant pleur ne pleut, souspir ne vente. Retour au sommaire
CCXXIX pour Monseigneur de Beaujeu. Puisqu'estes de la confrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx, Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? Qu'en dictes vous de telle vie? Souffler vous y fault l'alquemie, Ainsy que font jeunes et vieulx. Puisqu'estes de la confrarie D'Amours, comme monstrent voz yeulx. Ne cuidez par nygromancye Estre invisible; se m'aist Dieux, On congnoistra, en temps et lieux, Comment jourez de l'escremye. Puisqu'estes de la confrarie. Retour au sommaire
CCXXX Dedans l'amoureuse cuisine, Où sont les bons, frians morceaux, Avaler les convient tous chaulx, Pour reconforter la poictrine. Saulce ne faut, ne cameline, Pour jeunes appetiz nouveaulx. Dedans l'amoureuse cuisine, Où sont les bons, frians morceaux. Il souffist de tendre geline Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, Mainssée de plaisans cousteaux, C'est au cueur vraye medicine. Dedans l'amoureuse cuisine. Retour au sommaire
CCXXXI Où le trouvez vous en escript? Se dient à mon cueur mes yeulx, Que nous ne soyons vers vous tieulx Que devons, de jour et de nuyt. Se ne vous conseillon prouffit, Nous en croirez vous? nennil, Dieux. Où le trouvez vous en escript? Se dient à mon cueur mes yeulx. Quant rapportons quelque deduit Que nous avons veu en mains lieux, Prenez en ce qui vous plaist mieulx, L'autre lessez, est ce mau dit? Où le trouvez vous en escript? Retour au sommaire
CCXXXII L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée, Dessus lequel la rente est ordonnée, Qui doit fournir la despense du cueur. Despartir fait farine de doulceur, D'avecques son de dure destinée. L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, Qui fait mouldre le molin de Pensée. Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, En prent prouffit, ainsi que lui agrée; Mais Fortune souvent desmesurée Lui destourbe mainteffois, par rigueur. L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur. Retour au sommaire
CCXXXIII En verray je jamais la fin De voz euvres? Merencolie, Quant au soir de vous me deslie. Vous me ratachez au matin; J'amasse mieulx autre voisin Que vous, qui si fort me guerrie. En verray je jamais la fin De voz euvres? Merencolie. Vers moy venez en larrecin, Et me robez plaisance lie; Suis je destiné, en ma vie, D'estre tousjours en tel hutin. En verray je jamais la fin. Retour au sommaire
CCXXXIV Qu'est cela? c'est Merencolie. Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce Que vostre compaignie acourse Mes jours, dont je foys grant folie. Se me chassez par chiere lie, Brief revendray de plaine course. Qu'est cela? c'est Merencolie. Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce. Il fault que raison amolie Vostre cueur, et plus ne se cource, Ainsi pourrez auroir ressource, Mais que vostre mal sens deslie. Qu'est cela? c'est Merencolie. Retour au sommaire
CCXXXV Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx Que nous trouvons, vous et moy, tieulx Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. Estroictement commandez leur Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. Ne cessez de tanser, mon cueur, Et fort combatre ces faulx yeulx. Et leur monstrez telle rigueur, Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, A vous, vous monstrant leur Seigneur. Ne cessez de tanser, mon cueur. Retour au sommaire
CCXXXVI Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise; Au fort, de mon mal me rapaise, Quant nul n'a sur mon fait envye. D'en tant parler, ce m'est follie, Il vault trop mieulx que je me taise. Je ne voy rien qui ne m'annuye, Et ne scay chose qui me plaise. Vouldroit aucun changer sa vie A moy? pour essayer mon aise; Je croy que non, car plus mauvaise Ne trouveroit, je l'en deffie. Je ne voy rien qui ne m'annuye. Retour au sommaire
CCXXXVII Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur Qui parmi Confort et Douleur, Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? Peu, respondy pour le meilleur. Ne bien, ne mal, mais entre deulx J'ay trouvé aujourduy mon cueur. Aux dames et aux paons fais veulx, Se fortune me tient rigueur, De sa foy requerray bon eur, Qu'il s'aquicte quant je me deulx. Ne bien, ne mal, mais entre deulx. Retour au sommaire
CCXXXVIII Fermez lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie, Gardez qu'elle n'entre mye, Pour gaster nostre mesnaige; Comme le chien plain de raige, Chassez la, je vous en prye. Fermez lui l'uis au visaige, Mon cueur, à Merencolie. C'est trop plus nostre avantaige D'estre sans sa compaignie, Car tousjours nous tanse, et crye, Et nous porte grand dommaige. Fermez lui l'uis au visaige. Retour au sommaire
CCXXXIX Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours, Pour regarder les divers tours Dont Dangier souvent les deboute. L'oreille je tens, et escoute Savoir que, sur ce, dit Secours. Ou millieu d'Espoir et de Doubte, Les cueurs se mussent plusieurs jours. Eslongné de mondaine route Me tiens, comme né en decours, Entre les aveugles et sours, Dieu y voye, je n'y voy goute. Ou millieu d'Espoir et de Doubte. Retour au sommaire
CCXL Devenons saiges desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, Noz oreilles, aussi noz yeulx, Ne croyons de legier jamais. Passer fault nostre temps en paix, Veu que sommes du renc des vieulx. Devenons saiges desormais, Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx. Se nous povoions par souhaiz Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, Feu Grejoys ferions en mains lieux; Mais les plus grans coups en sont faiz, Devenons saiges desormais. Retour au sommaire
CCXLI Qui le vous a commandé? Soussy, de me mener guerre; Avant qu'on vous aille querre, Venez sans estre mandé. M'ordonnez vous almandé, Quant Mort de son dart m'enferre. Qui le vous a commandé? Soussy, de me mener guerre. Pour Dieu, tost soit amendé Le mal qui tant fort me serre, Apres que seray en terre, Vous en sera demandé. Qui le vous a commandé? Retour au sommaire
CCXLII Espoir, confort des maleureux, Tu m'estourdis trop les oreilles De tes promesses nompareilles, Dont trompes les cueurs doloreux, En amusant les amoureux, Et faisant baster aux corneilles. Espoir, confort des maleureux, Tu m'estourdis trop les oreilles. Ne soies plus si rigoreux, Mieux vault qu'à raison te conseilles, Car chascun se donne merveilles, Que n'as pitié des langoreux. Espoir, confort des maleureux. Retour au sommaire
CCXLIII Paix ou tresves, je requier desplaisance; S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, Que ne soyons desormais en requoy; Accordons nous, chargons en Esperance. Que gaignes tu à me faire grevence? Assez me metz en devoir sur ma foy. Paix ou tresves, je requier desplaisance; S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy. Ou combatons tellement à oultrance Que l'un die: Je me rens ou ren toy; Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy, Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance. Paix ou tresves, je requier desplaisance. Retour au sommaire
CCXLIV Se je fois loyalle requeste, Soing et Soucy, et bon vous semble, Pour Dieu, accordons nous ensemble; Qui tort a soit mis en enqueste. Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, Pour jugier droit conseil asemble. Se je fois loyalle requeste, Soing et Soucy, et bon vous semble. Je ne requier aultre conqueste Que d'Espoir qui larron ressemble, Et sans cause de mon cueur s'emble, Dieu me secoure en cette queste! Se je fois loyalle requeste. Retour au sommaire
CCXLV Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller, Car elle dort, et ne veult s'esveiller, Toute la nuit en paine a despensée. En dangier est, s'elle n'est bien pensée, Cessez, cessez, laissez la sommeiller. Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, Soing et Soucy, sans tant vous traveiller. Pour la guerir Bon espoir a pensée Medicine qu'a fait appareiller; Lever ne peut son chief de l'oreiller, Tant qu'en repos se soit recompensée. Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée. Retour au sommaire
CCXLVI L'un ou l'autre desconfira De mon cueur et merencolie; Auquel que fortune s'alye, L'autre je me rens lui dira. D'estre juge me suffira, Pour mectre fin en leur folye. L'un ou l'autre desconfira De mon cueur et merencolie. Dieu scet comment mon cueur rira, Se gangne, menant chiere lye, Contre ceste saison jolye, On verra comment en yra. L'un ou l'autre desconfira. Retour au sommaire
CCXLVII Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Passez, presens, ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy. Au fort, plus avant que ne doy, Jamais je ne pense en guerir. Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Passez, presens, ou avenir. On s'en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir, Pour bien aprendre et retenir, Assez ay congneu, je m'en croy. Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? Retour au sommaire
CCXLVIII Je prens en mes mains voz debas Desormais, mon cueur et mes yeulx, Se longuement vous seuffre tieulx, Moy mesmes de mon tour m'abas. Pour vostre prouffit me combas, Le desirant de bien en mieulx. Je prens en mes mains voz debas Desormais, mon cueur et mes yeulx. Quant voz desirs souvent rabas Desordonnez, en aulcuns lieux, Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. Passons temps en plus beaulx esbas. Je prens en mes mains voz debas. Retour au sommaire
CCXLIX Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort; Le cueur dit que l'ueil fait rapport Que tousjours lui accroist son dueil. La verité savoir j'en vueil, Que semble il qui ait le tort? Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort. Se je trouve que Bel acueil Ait gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray à mort; Doy je souffrir un tel orgueil? Mon cueur se combat à mon ueil. Retour au sommaire
CCL Tant que Pasques soient passées, Se nous avons riens trespassé. Prions mercy du tems passé, Et pour les ames trespassées. Chascun pas à pas ses passées Face, avant que soit trespassé. Tant que Pasques soient passées, Se nous avons riens trespassé. Foleur a fait grandes passées, Mains cueurs ont tout oultre passé; Pour ce, par nous soit compassé D'eschever faultes compassées. Tant que Pasques soient passées. Retour au sommaire
CCLI Sans ce, le demourant n'est rien; Qu'esse? je le vous ay à dire, N'enquerez plus, il doit suffire, C'est conseil que tres segret tien. Pourtant n'y entendez que bien, Autrement je ne le desire. Sans ce, le demourant n'est rien; Qu'esse? je le vous ay à dire. S'ainsi m'esbas ou penser mien, Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire; Tout ung est mon fait, et le sien. Sans ce, le demourant n'est rien. Retour au sommaire
CCLII Assez pourveu, pour de cy à grant piece, Et plus qu'assez, de penser et anuy, Je me treuve sans congnoistre nulluy. Qui se vente d'en avoir telle piece. Fortune dit, qui tout mon fait despiece, Que j'endure comme maint aujourduy. Assez pourveu, pour de cy à grant piece, Et plus qu'assez, de penser et anuy. Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, Prenant confort d'espoir, comme celluy Qui me fye parfaitement en luy, Ainsi remains qui le croiroit en piece. Assez pourveu, pour de cy à grant piece. Retour au sommaire
CCLIII Ca, venez avant, Esperance, Or y perra que respondrez, Et comment vous vous deffendrez; On se plaint de vous à oultrance. L'un dit que promectez de loing, Et qu'en estes bonne maistresse, L'aultre que faillez au besoing, En ne tenant gueres promesse. Ca, venez avant, Esperance, Or y perra que respondrez Quoique tardez, c'est la fiance Qu'aux faiz de chascun entendrez Et au derrain guerdon rendrez; Dy je bien, ou se trop m'avance? Ca, venez avant, Esperance. Retour au sommaire
CCLIV Mon cueur, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie; S'il y entre, ne doubte mye, Il est dangereux à merveilles; Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy, je t'en prie. Mon cueur, estouppe tes oreilles, Pour le vent de Merencolie. Il cause doleurs nompareilles, Dont s'engendre la maladie Qui n'est pas de legier guerie; Croy moy, s'à raison te conseilles. Mon cueur, estouppe tes oreilles. Retour au sommaire
CCLV Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande; De vous, quant ausmone demande, Ne se parte meschantement. Son cas monstre piteusement, Il semble que la mort actende. Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande. Donnez lui assez largement, Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, Affin que n'en faictes amende, Au jour d'amoureux jugement. Aidez ce povre cayement. Retour au sommaire
CCLVI En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée M'est par les fourriers ordonnée, Ne scay combien fault que je y soye. Autre part ne me bouteroye, Content m'en tien, et bien m'agrée. En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée. Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, Pensant de veoir, quelque année, Quelle sera ma destinée, Et en quel lieu demeurer doye. En faulte du logeis de Joye. Retour au sommaire
CCLVII Et bien, de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir? Me voulez vous ainsi tenir Hors, et ens toujours en balance? Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la scay où querir. Et bien, de par Dieu, Esperance, Esse doncques vostre plaisir? Au fort, puisque suis en la dance, Bon gré maugré, m'y fault fournir, Et n'y scay de quel pié saillir, Je reculle, puis je m'avance. Et bien, de par Dieu, Esperance. Retour au sommaire
CCLVIII Armez vous de joyeux confort, Je vous en pry, mon povre cueur, Que destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu'à la mort; Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, Tant qu'aurez passé sa chaleur, Armez vous de joyeux confort, Je vous en pry, mon povre cueur. Faictes bon guet, tant qu'elle dort; Espoir dit qu'il sera seigneur, Et fera vostre fait meilleur, Contre Dangier qui vous fait tort. Armez vous de joyeux confort. Retour au sommaire
CCLIX Tousjours dictes: Je vien, je vien; Espoir! je vous congnois assez, De voz promesses me lassez, Dont peu à vous tenu me tien. Se vous requier au besoin mien. Legierement vous en passez. Tousjours dictes: Je vien, je vien; Espoir! je vous congnois assez. Vous ne vous acquictez pas bien Vers moy, quant ung peu ne cassez Les soussiz que j'ay amassez En me contentant d'un beau rien. Tousjours dictes: Je vien, je vien. Retour au sommaire
CCLX Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie; Jamais vers moy ne s'amolye, Mais plaisir me faist estranger. D'ainsi demourer, sans changer, Se me seroit trop grant folie. Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie. Pour d'elle plus tost me venger, Force m'est qu'à Confort m'alye, Acompaigné de Chiere lye; A le suir me vueil ranger. Vivre et mourir soubz son dangier. Retour au sommaire
CCLXI Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confiz; Si ne seront ja desconfiz Les pensées qui m'ont en leurs mains. En ce propos seurement mains, Qu'il vendront à aucuns prouffiz. Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans macher, en peine confiz. Travail mectray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souffiz, D'en faire quelque chose au mains. Pourtant, s'avale soussiz mains. Retour au sommaire
CCLXII Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut ja pieca, quant l'afola Le trait du regart de ma Dame. Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la. Mieux l'eust valu estre soubz lame, Car sotement s'en afola; Si, lui dis je, mon cueur, hola! Mais conte n'en tint, sur mon ame. Trop entré en la haulte game Retour au sommaire
CCLXIII Pour nous contenter, vous et moy, De bon cueur et entier povoir, Ne s'espargne Leal vouloir; Viengne avant sans se tenir quoy. Commandez moy je ne scay quoy, Vous verrez se feray devoir, Pour nous contenter, vous et moy, De bon cueur et entier povoir. Se faulx, par l'amoureuse loy Mis en fossé de Nonchaloir, Soye sans grace recevoir; Baillez la main, prenez ma foy, Pour nous contenter, vous et moy. Retour au sommaire
CCLXIV Tousjours dictes: Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens, Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, Qui ne scevent comment vous l'entendez; De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, Ne souffrez plus qu'elle face contens. Tousjours dictes: Actendez, actendez, Pas ne payez vos reconfors contens. Vostre grace tost sur moy estandez, Vous congnoissez assez à quoy contens; Plus ne perdray ung tel tresor com temps, Ainsi que fait qui son eur met en dez. Tousjours dictes: Actendez, actendez. Retour au sommaire
CCLXV Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours; Tousjours fuyez, et apres vous je cours, Où j'ay assez de paine despensée; La verray je jamais recompensée? Quelque office lui donnent en vos cours. Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours. La penance soit par vous dispensée, Car desormais mes temps deviennent cours; Ne souffrez plus son plaisirs en decours, Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, Resjouissez plus ung peu ma pensée. Retour au sommaire
CCLXVI M'amye Esperance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort? Ay je droit ou tort, S'en lui j'ay fiance? Peu de desplaisance Prent en ma grevance, Il semble qu'il dort. M'amye Esperance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort? Quoy qu'à lui je tence, Pour sa bienvueillance Acquerir; au fort, Je suis bien d'accort D'actendre allegance: M'amye Esperance. Retour au sommaire
CCLXVII D'Espoir, et que vous en diroye? C'est ung beau bailleur de parolles, Il ne parle qu'en parabolles, Dont ung grant livre j'escriroye. En le lisant, je me riroye, Tant auroit de choses frivolles. D'Espoir, et que vous en diroye? C'est ung beau bailleur de parolles. Par tout ung an ne le liroye. Ce ne sont que promesses folles, Dont il tient chascun jour escolles; Telles estudes n'esliroye. D'Espoir, et que vous en diroye? Retour au sommaire
CCLXVIII Passez oultre, decevant Vueil, Où portez vous cest estendart De plaisant, actrayant regart, Soubz l'emprise de Bel acueil? De ma maison n'entrez le sueil Plus avant, tirez autre part. Passez oultre, decevant Vueil. Vous taschez à croistre mon dueil, Et gens engigner par votre art; A! a! maistre sebelin regnart, On vous congnoist tout cler à l'ueil. Passez oultre, decevant Vueil. Retour au sommaire
CCLXIX Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont tresor de pensée, Est soubz clef, seurement gardée, Par Esperance ma Déesse. Se vous me demandez et qu'esse? N'enquerez plus, elle est mussée. Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont tresor de pensée. Avecques elle, seul, sans presse, Je m'esbas soir et matinée, Ainsi passe temps et journée, Au partir dy: Adieu maistresse. Ma plus chier tenue richesse. Retour au sommaire
CCLXX Ou puis parfont de ma merencolie L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. Soif de confort la me fait desirer, Quoy que souvent je la trouve tarie. Necte la voy ung temps et esclercie, Et puis apres troubler et empirer. Ou puis parfont de ma merencolie L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. D'elle trempe mon ancre d'estudie; Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, Fortune vient mon pappier dessirer, Et tout gecte par sa grant felonnie. Ou puis parfont de ma merencolie Retour au sommaire
CCLXXI Monstrez les moy, ces povres yeulx, Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. Ne se congnoissent ilz pas tieulx; Mal se sont au matin mirez. Monstrez les moy, ces povres yeulx, Tous batuz et deffigurez. Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? Comme de leur grace inspirez, Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, Priveement en aucuns lieux. Monstrez les moy, ces povres yeulx. Retour au sommaire
CCLXXII Traitre regart, et que fais tu? Quant tu vas souvent in questu ; Tu fiers sans dire: garde toy. Et ne sces la raison pourquoy, N'il ne t'en chault pas ung festu. Tu es de couraige testu, Et de fureur trop in estu , Change ton propos, et me croy. Traitre regart, et que fais tu? Quant tu vas souvent in questu ; Tu fiers sans dire: garde toy. On te deust batre devestu Parmi les rues cum mestu , Par l'ordonnance de la loy; Car tu n'as leaulté, ne foy, On le voit in tuo gestu . Traitre regart, et que fais tu? Retour au sommaire
CCLXXIII Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort, Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout à cop vostre envye. Ay je bien dit? Nennil, je le renye; Et, par conseil de Bon espoir, vous prie Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort. Et qu'esse cy? je suis en resverie, Il semble bien que ne scay que je dye; Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? Vuidez, vuidez de moy telle folie. Anuy, Soussy, Soing et Merencolie. Retour au sommaire
CCLXXIV Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques; D'où venez vous? petit mercier, Gueres ne vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques. Chier les tenez comme reliques, Les voulez vous mectre en croniques, Vous n'y gangnerez ja denier. Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques; D'où venez vous? petit mercier. En plusieurs lieux sont trop publiques, Et pour ce, sans faire repliques, Desploiez tout vostre pannier; Affin qu'on y puisse serchier Quelques bagues plus auctentiques. Riens ne valent ses mirlifiques. Retour au sommaire
CCLXXV Petit mercier, petit pannier; Pourtant se je n'ay marchandise Qui soit du tout à vostre guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier. Je gangne denier à denier, C'est loings du tresor de Venise. Petit mercier, petit pannier. Et tandiz qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise; Je voys parfaire mon emprise, El parmi les rues crier: Petit mercier, petit pannier. Retour au sommaire
CCLXXVI L'ostellerie de Pensée Plaine de venans et alans, Soussiz soient petitz ou grans, A chascun est habandonnée; Elle n'est à nul reffusée, Mais preste pour tout les passans, L'ostellerie de Pensée Plaine de venans et alans. Plaisance chierement amée S'y loge souvent, mais nuisans Lui sont ennuiz gros et puissans, Quand ilz la tiennent empeschée. L'ostellerie de Pensée. Retour au sommaire
CCLXXVII Patron vous fais de ma galée Toute chargée de pensée, Confort, en qui j'ay ma fiance, Droit ou pais de Desirance, Briefment puissiez faire arrivée; Affin que, par vous, soit gardée De la tempeste fortunée Qui vient du vent de Desplaisance. Patron vous fais de ma galée Toute chargée de pensée, Confort, en qui j'ay ma fiance. Au port de Bonne destinée Deschargez tost, sans demourée, La marchandise d'Esperance; Et m'aportez quelque finance, Pour paier ma joye empruntée. Patron vous fais de ma galée. Retour au sommaire
CCLXXVIII Yver, vous n'estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril, Qui l'accompaignent soir et main. Esté revest champs, bois et fleurs, De sa livrée de verdure, Et de maintes autres couleurs, Par l'ordonnance de Nature. Mais vous, Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et grezil; On vous deust bannir en exil, Sans point flater, je parle plain. Yver, vous n'estes qu'un villain. Retour au sommaire
CCLXXIX Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit, Et, se jamais il me décoit, Je renie son acointance. Nous deux avons fait aliance, Tant que mon cueur tel l'aparcoit. Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit. Monstrer me puisse bienvueillance, Ainsi que mon penser concoit, Dont mainte liesse recoit; Quand à moy, j'ay en lui fiance. Je le retiens pour ma plaisance. Retour au sommaire
CCLXXX Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la maniere, Nulle excusacion n'y quiere, Quoyque soit prouffit ou dommaige. Tousjours parle plus fol que saige, C'est une chose coustumiere. Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la maniere. Se l'en me dit: Vous contez raige; Blasmez ma langue trop legere, Raison de Secret tresoriere La tance, quant despent langaige. Hors du propos si baille gaige. Retour au sommaire
CCLXXXI O tres devotes creatures, En ypocrisies d'amours Que vous querez d'estranges tours! Pour venir à voz aventures. Vous cuidez bien par voz paintures, Faire sotz, aveugles et sours. O tres devotes creatures, En ypocrisies d'amours. On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours; Prenez les champs, ou les faulbourgs, Ilz sont de diverses natures. O tres devotes creatures. Retour au sommaire
CCLXXXII Puis ça, puis là, Et sus, et jus, De plus en plus, Tout vient et va. Tous on verra Grans et menus, Puis ça, puis là, Et sus, et jus. Vieulx temps desja, S'en sont courus, Et neufz venus, Que dea! que dea! Puis ça, puis là. Retour au sommaire
CCLXXXIII Puisque par deca demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres, Souhaidez nous des bonnes chieres Des Bourbonnois et Bourguignons. Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons, Et yrons pescher sur rivieres. Puisque par deca demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres. Vivres, tabliers, cartes aurons Où souvent nous estudirons; Vins, mangers de plusieurs manieres, Galerons, sans faire prieres, Et de dormir ne nous faindrons. Puisque par deca demourons. Retour au sommaire
CCLXXXIV Penser, qui te fait si hardy, De mectre en ton hostellerie La tres diverse compaignie D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. Se congié en as, si le dy, Ou se le fais par ta folie. Penser, qui te fait si hardy. Nul ne repose pour leur cry, Boute les hors, et je t'en prie, Ou il faut qu'on y remedie; Veulx tu estre à tous ennemy? Penser, qui te fait si hardy. Retour au sommaire
CCLXXXV As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement? Le cueur qu'as mis à saquement; A il remede de guerir? Tu as mal fait de le ferir En haste, si piteusement. As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement? Amours qui t'en doit bien pugnir, A fait de toy son jugement; Pren franchise hastivement, Sauve toy, quant tu as loisir. As tu ja fait? petit souspir. Retour au sommaire
CCLXXXVI Deux ou trois couples d'ennuys J'ay tousjours en ma maison, **************************** Desencombrer ne m'en puis, Quoyqu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de raison. Deux ou trois couples d'ennuys J'ay tousjours en ma maison. Je les chasse d'où je suis, Mais en chascune saison, Ilz rentrent par un autre huis. Deux ou trois couples d'ennuys. Retour au sommaire
CCLXXXVII Sera elle point jamais trouvée? Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée. Il convient qu'elle soit criée, Pour en savoir la verité. Sera elle point jamais trouvée? Celle qui ayme loyaulté. Je crois bien qu'elle est deffiée Des aliez de faulceté, Dont il y a si grant planté, Que de paour elle s'est mussiée. Sera elle point jamais trouvée? Retour au sommaire
CCLXXXVIII Quant je congnois que vous estes tant mien, Et que m'aymez de cueur, si loyaument, Je feroye vers vous trop faulcement Se, sans faindre, ne vous amoye bien; Essayez moy se vous fauldray en rien, Gardant tousjours mon honneur seulement. Quant je congnois que vous estes tant mien, Et que m'aymez de cueur, si loyaument. Se me dictes: Las! je ne scay combien Vostre vouloir durera longuement; Je vous respons, sans aucun changement, Qu'en ce propos me tendray, et me tien. Quant je congnois que vous estes tant mien. Retour au sommaire
CCLXXXIX Soupper ou baing, et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie, L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, Les autres font balades, ou rondeau. Et y boit on du viel et du nouveau, On l'appelle le desduit de la pie. Soupper ou baing, et disner ou bateau, En ce monde n'a telle compaignie. Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; Quant tout est fait, il fault passer sa vie Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; A mon advis, c'est mestier bon et beau. Soupper ou baing, et disner ou bateau. Retour au sommaire
CCXC En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire, C'est de quoy on fait memoire, Quant on vient en aucun lieu. Ce n'est ne bourde, ne jeu, Qui mon conseil vouldra croire? En yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire. Chaulx morceaux faiz de bon queu, Fault en froit temps, voire, voire, En chault, froide pomme, ou poire; C'est l'ordonnance de Dieu. En yver, du feu, du feu. Retour au sommaire
CCXCI Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, Regardez les, sont ilz pas à louer? Au service sont tous pres d'eulx louer Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. Bon escolle sauront bientost aprendre, Bons escolliers, je les vueil advouer. Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, Regardez les, sont ilz pas à louer? Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs braz la chemise nouer, Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. Ces beaulx mignons à vendre et à revendre. Retour au sommaire
CCXCII D'Espoir, il n'en est nouvelles, Qui le dit? Merencolie, Elle ment, je le vous nye; A! a! vous tenez ses querelles. Non faiz, mais parolles telles Courent, je vous certiffie. D'Espoir, il n'en est nouvelles, Qui le dit? Merencolie. Parlons doncques d'autres, quelles? De celles dont je me rie, Peu j'en scay, or je vous prie Que m'en contez des plus belles. D'Espoir, il n'en est nouvelles. Retour au sommaire
CCXCIII Une povre ame tourmentée Ou Purgatoire de Soussy, Est en mon corps, qu'il soit ainsi; Il y pert, et nuyt, et journée, Piteusement est detirée, Sans point cesser, puis là, puis cy. Une povre ame tourmentée Ou Purgatoire de Soussy. Mon cueur en a peine portée, Tant qu'il en est presque transy; Mais esperance j'ay aussi, Qu'au derrenier, sera sauvée. Une povre ame tourmentée. Retour au sommaire
CCXCIV Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux Qui, en penser desireux, Va songant soir et matin; Donnez lui ung bon tatin, Il s'endort le maleureux. Pour empescher le chemin, Il ne fault q'un amoureux. D'eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses cheveulx, D'un coup d'esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin. Pour empescher le chemin. Retour au sommaire
CCXCV Qu'esse la? qui vient si matin? Se suis je, vous, saint Valentin, Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous departir butin? A present nulluy ne demande, Fors bon vin et bonne viande, Banquetz, et faire bonne chiere; Car Karesme vient et commande A charnaige, tant qu'on le mande, Que pour ung temps se tire arriere. Ce nous est ung mauvais tatin, Je n'y entens nul bon latin, Il nous fauldra dorenavant Confesser, penance faisant, Fermons lui l'uys à tel hutin. Qu'esse la? qui vient si matin? Retour au sommaire
CCXCVI Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise; Trop a esté, dont me poise, Avecques vous, c'est folie. Commandez qu'elle s'en voise, Mon cueur, à Merencolie. Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie A traictez en tirannie; Sang de moy, quelle bourgoise! Commandez qu'elle s'en voise. Retour au sommaire
CCXCVII Comme parent et alyé Du duc Bourbonnois à present, Par ung rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé; Par une, gist malade, mis Ou lit d'amertume et grevance, Requerant tous ses bons amis, S'il meurt, qu'on demande vengance. Quant à moy, j'ay ja deffie Celle qui le tient en tourment, Et apres son trespassement, Par moy sera bien hault crié. Comme parent et alyé. Retour au sommaire
CCXCVIII Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, Criant mercy piteusement, S'ilz le chastient rudement, Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? Batu de verges de Beaulté, De lui font sang par tout courir, Mais qu'il n'ait fait desleauté, Pitié le devroit secourir; S'il n'a point hanté entre tieulx Qui ne s'acquictent loyaument; Doit estre tel pugnissement, A mon advis, en autres lieux. Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx. Retour au sommaire
CCXCIX Beau Pere! benedicite, Je vous requier confession, Et, en humble contriction, Mon pechié sera recité. En moy n'a eu mercy, ne grace, Prenant de ma beaulté orgueil, Amours me pardoint, ainsi face, Desormais repentir m'en vueil; Reffus à mon cueur delité, J'en feray satisfacion, Donnez m'en absolucion Et penance, par charité. Beau Pere! benedicite. Retour au sommaire
CCC A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, Jamais n'auront ung si bon serviteur, Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, Ilz perdroient leur renom de doulceur. A voz amours hardiement en souviengne, Duc de Bourbon, se mourez par rigueur. S'il est jangleur qui soctement maintiengne Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, Je ne respons, fors que pour vostre honneur, Esperance convient que vous soustiengne. A voz amours hardiement en souviengne. Retour au sommaire
CCCI Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement? Et par oultrageux hardement, As entrepris contre mon vueil. Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil. Sans guerre avoir aucunement. Descouvreur d'embusche, sot ueil, Pourquoy as tu passé le sueil. En aguet se tient Bel acueil, Et se par puissance, ou orgueil, Une fois en ses mains te prent, Tu fineras piteusement Tes jours, en la prison de dueil. Descouvreur d'embusche, sot ueil. Retour au sommaire
CCCII Amours, à vous ne chault de moy, N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, Ung vieillart jamais ne prouffite Avecques vous, comme je croy; Puisque suis absolz de ma foy, Et jeunesse m'est interdicte. Amours, à vous ne chault de moy, N'à moy de vous, c'est quiete et quiete. Jeune, sceu vostre vieille loy, Vieil, la nouvelle je despite, Ne je ne crains la mort subite De regart; qu'en dictes vous? quoy? Amours, à vous ne chault de moy. Retour au sommaire
CCCIII J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, Affin que les fourriers d'Annuy Ne le preignent pour sa demeure; Veu que, nuyt et jour, il labeure De me gaster; et je le fuy. J'ay pris le logis de bonne heure D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy. Bon eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy; Autre part ne quiers mon apuy, En actendant qu'il me sequeure, J'ay pris le logis de bonne heure. Retour au sommaire
CCCIV Escoutez et laissez dire, Et en voz mains point n'empire Le mal, retournez le en bien; Tout yra, n'en doublez rien, Si bien qu'il devra suffire. Dieu, comme souverain mire, Fera mieulx qu'on ne désire, Et pourverra; tout est sien. Escoutez et laissez dire. Chascun à son propos tire, Mais on ne peut pas eslire, Je l'ay trouvé, ou fait mien; Au fort, content je m'en tien, Car apres pleurer, vient rire. Escoutez et laissez dire. Retour au sommaire
CCCV En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaige. Je tiens de mon cueur l'eritaige, A vous sommes et serons tieulx, Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. Soit nostre prouffit, ou dommaige. En arrierefief soubz mes yeulx, Amours, qui vous ont fait hommaige. J'appelle Déesse et Dieux Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, Se voulez, j'en tendray ostaige; Vous puis je dire, ou faire mieulx? En arrierefief soubz mes yeulx. Retour au sommaire
CCCVI J'en baille le denombrement Que je tiens soubz vous loyaument. Loyal desir et bon vouloir; Mais j'ay trop engagé povoir, Se je n'en ay relèvement. Je vous ay servi longuement, En y despendant largement Des biens que j'ay peu recevoir. J'en baille le denombrement. Vieillesse m'assault tellement, Et me veult à destruisement Mener, mais, veu qu'ay fait devoir Que m'aiderez, j'ay ferme espoir A mes drois, voyez les comment. J'en baille le denombrement. Retour au sommaire
CCCVII Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera. Qui m'en gardera ? Je suis à cela Que Merencolie Me gouvernera. Puisqu'ainsi me va, Je croy qu'à ma vie Autre ne sera. Je suis à cela. Retour au sommaire
CCCVIII On ne peult chastier les yeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye, Dont le cueur se complaint et crye, Quant s'esgarent en trop de lieux. Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, On ne peult chastier les yeulx, N'en chevir, quoy que l'en leur dye. Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, Et assez lassez de follie; Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye Comme enragiez, n'est ce le mieulx? On ne peult chastier les yeulx. Retour au sommaire
CCCIX Sont les oreilles estouppées? Rapportent ilz au cueur plus rien? Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernées. Se leurs portes ne sont fermées, Tout y court de va et de vien. Sont les oreilles estouppées? Rapportent ilz au cueur plus rien? Les miennes seront bien gardées De Nonchaloir, que portier tien; Dont se plaint et dit le cueur mien, On ne me sert plus de pensées. Sont les oreilles estouppées? Retour au sommaire
CCCX Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement, D'eulx retraire piteusement, En regretz privez pour le mieulx. Lors divers se dient adieux, Esperans revenir briefment. Tel est le partement des yeulx, Quant congié prennent doulcement. Et si laissent, en plusieurs lieux, Des larmes par engagement Pour paier leur deffrayement, En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. Tel est le partement des yeulx. Retour au sommaire
CCCXI Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz, Ce May, le plus plaisant des mois, Vueil servir ce present esté. Quoy que Soucy m'ait arresté, Sans son congié, je m'y envoiz. Pour monstrer que j'en ay esté, Des amoureux aucuneffoiz. Pour ce, je me tiens apresté A deduiz, en champs et en bois, S'Amours y prent nulz de ses droitz, Quelque bien m'y sera presté. Pour monstrer que j'en ay esté. Retour au sommaire
CCCXII Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jeunesse, Que trop chier m'a esté rendu; Car lors à rien je n'ay tendu, Qu'à conquester foison lyesse. Tant ay largement despendu Des biens d'amoureuse richesse. Commandé m'est, et deffendu Desormais par Dame Vieillesse, Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, Tout leur ay remis et vendu Tant ay largement despendu. Retour au sommaire
CCCXIII Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien; Mais souventeffoiz n'en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez. Quant Desir les a affolez, Au grant besoing leur fault du sien. Fyez vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien Lors sont de destresse affolez; J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; Quant les oyseaux s'en sont vollez. Fyez vous y, se vous voulez. Retour au sommaire
CCCXIV Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir, Pasmé l'ay veu esvanouir En la fosse desconfortée; Mais que seurté vous soit donnée De tenir foy et revenir. Jaulier des prisons de Pensée, Soussy, laissez mon cueur yssir. S'il mouroit en prison fermée, Honneur n'y povez acquerir; Vueilliez au moins tant l'eslargir Qu'ait sa finance pourchassée. Jaulier des prisons de Pensée. Retour au sommaire
CCCXV Donnez l'aumosne aux prisonniers, Reconfort, et espoir aussi, Tant feray au jaulier Soussy, Qu'il leur portera voulentiers. Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain; il est ainsi. Donnez l'aumosne aux prisonniers, Reconfort, et espoir aussi. Meschans ont esté mesnagiers, Tenuz pour debte jusques cy, Faictes les euvres de mercy, Comme vous estes coustumiers. Donnez l'aumosne aux prisonniers. Retour au sommaire
CCCXVI Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville, C'est ung crocheteur trop habille Pour embler joye qui tant vault; Copper une oreille lui fault, Il est fort larron entre mille. Banissons Soussy, ce ribault Batu de verges par la ville. Se plus ne revient, ne m'en chault, Laissez le aller sans croix, ne pille, Le Deable l'ait ou trou Sebille; Point n'en saille pour froit, ne chault. Banissons Soussy, ce ribault. Retour au sommaire
CCCXVII Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à present, Dieu mercy; Vieillesse me gouverne ainsi, Qui m'a condempné en ses cours. Je m'esbahis quant à rebours Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? Des vieilles defferres d'Amours, Je suis à present, Dieu mercy. Mon vieil temps convient qu'ait son cours, Qui en tutelle me tient sy, Du jaulier appellé Soussy, Que rendu me tiens pour tousjours. Des vieilles defferres d'Amours. Retour au sommaire
CCCXVIII Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy; Jeunesse m'a laissé, pourquoy? Je ne suis plus de sa livrée. Puisque telle est ma destinée, Desormais me fault tenir coy. Comme monnoye descriée, Amours ne tient compte de moy. Plus ne prens plaisir, qu'en pensée Du temps passé; car, sur ma foy, Ne me chault du present que voy, Car Vieillesse m'est delivrée. Comme monnoye descriée. Retour au sommaire
CCCXIX Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose, Desormais travailler n'ose, Abayer, ne mot sonner. On lui doit bien pardonner, Ung vieillart peut pou de chose. Laissez Baude buissonner, Le vieil Briquet se repose. Et Vieillesse emprisonner L'a voulu, en chambre close; Par quoy j'entens que propose Plus peine ne lui donner. Laissez Baude buissonner. Retour au sommaire
CCCXX Quant me treuve seul, à part moy, Et n'ay gueres de compaignie, Ne demandez pas s'il m'ennuye, Car ainsi est il, sur ma foy. En riens plaisance n'apercoy, Fors comme une chose endormye. Quant me treuve seul, à part moy, Et n'ay gueres de compaignie. Mais s'entour moy plusieurs je voy, Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, Je chasse hors merencolie Que tant hair et craindre doy. Quant me treuve seul, à part moy. Retour au sommaire
CCCXXI Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye; Foy que doy à Dieu, je vouldroye Que feussiez du pays bannie. Vous venez sans que l'on vous prie, Bon gré, maugré, à l'estourdie, Alez, que plus on ne vous voye. Trop ennuyez la compaignie, Douloureuse Merencolie, Et troublez la feste de Joye. Soussy avecques vous s'alye, Si lui dy je que c'est folie, Quel mesnaige! Dieu vous convoye Si loing, tant que vous revoye Querir, quant? jamais en ma vie. Trop ennuyez la compaignie. Retour au sommaire
CCCXXII Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu, Je suis à l'estude tenu, Es derreniers jours de ma vie; Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, Quant me sens vieillart devenu. Escollier de Merencolie, Des verges de Soussy batu. Pitié convient que pour moy prie, Qui me treuve tout esperdu, Mon temps je pers, et ay perdu, Comme rassoté en folie. Escollier de Merencolie. Retour au sommaire
CCCXXIII Et fust ce ma mort, ou ma vie, Je ne puis de mon cueur chevir, Qu'il ne veuille conseil tenir Souvent, avec Merencolie. Si lui dy je que c'est folie, Mais comme sourt ne veult oir Et fust ce ma mort, ou ma vie. A Grace, pour ce, je supplie Qu'il lui plaise me secourir, Au par aller ne puis fournir, Se ne m'aide par courtoisie. Et fust ce ma mort, ou ma vie. Retour au sommaire
CCCXXIV Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mye. Trop privée vous devenez. Soussy avecques vous menez, Mon huis ne vous ouvreray mye. Allez vous en dont vous venez, Ennuyeuse Merencolie. Car mon cueur en tourment tenez, Quant estes en sa compaignie; Prenez congié, je vous en prie, Et jamais plus ne retournez, Allez vous en dont vous venez. Retour au sommaire
CCCXXV A qui en donne l'en le tort? Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun message De beaulté plaine de confort. Ilz crient: Resveille qui dort, Lors le cueur ne dort pas si fort, Qui ne dye: J'oy compter rage. A qui en donne l'en le tort? Puisque le cueur en est d'accort, Se les yeulx vont hors en voyage. Adoncques Desir picque et mort, Savez comment? jusqu'à la mort; Mais le cueur, s'il est bon et sage, Remede y treuve et avantage, Bien, ou mal en vient oultre bort. A qui en donne l'en le tort? Retour au sommaire
CCCXXVI Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir L'embusche de plaisant desir, Comme hardiz avanturiers; Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, Et leurs gaiges fault desservir. Doivent ilz estre prisonniers, Les yeulx, quant ilz vont assaillir. Ilz se tiennent siens si entiers, Qu'au besoing ne pevent faillir, Jusques à vivre, ou à mourir. Ilz le font bien, et voulentiers. Doivent ilz estre prisonniers. Retour au sommaire
CCCXXVII N'oubliez pas vostre maniere, Non ferez vous, je m'en fais fort, Ennuy armé de desconfort, Qui tousjours me tenez frontiere, Venez combatre à la barriere, Et faictes à coup vostre effort. N'oubliez pas vostre maniere, Non ferez vous, je m'en fais fort. Quant mectez sus vostre banniere, Cueurs loyaux guerriez si fort, Que les faictes retraire ou fort De Douleurs, à piteuse chiere. N'oubliez pas vostre maniere. Retour au sommaire
CCCXXVIII Chiere contrefaicte de cueur. De vert perdu et tanne painte, Musique notée par fainte, Avecques faulx bourdon de maleur. Qui est il ce nouveau chanteur? Qui si mal vient à son actainte. Chiere contrefaicte de cueur. De vert perdu et tanne painte. Je ne tiens contre, ne teneur Enroué, faisant faulte mainte, Et mal entonné par contrainte, C'est la chapelle de douleur. Chiere contrefaicte de cueur. Retour au sommaire
CCCXXIX Il n'est nul si beau passe temps Que de jouer à sa pensée, Mais qu'elle soit bien despensée Par raison, ainsi je l'entens. Elle a fait milz despens contens, Par espoir soit recompensée. Il n'est nul si beau passe temps Que de jouer à sa pensée. Elle dit: A ce je m'actens, Veu qu'ay loyaulté pourpensée, Que de mes soussiz dispensée Seray, malgré les malcontens. Il n'est nul si beau passe temps. Retour au sommaire
CCCXXX Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse, Plaisance; car, en ma jeunesse, Savez que vous amoye bien; Pour vous n'ay espargné du mien, Or suis povre, plain de foiblesse. Pour Dieu, faictes moy quelque bien, Veu que m'a desrobé Vieillesse. Devoir ferez, comme je tien. Car j'ay despendu à largesse, Pieca, mon tresor de liesse, Et maintenant je n'ay plus rien. Pour Dieu, faictes moy quelque bien. Retour au sommaire
CCCXXXI C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie, Quant je la cuide faillie, J'y rentre de plus en plus. Aucunes foiz je conclus D'y bouter Plaisance lie. C'est la prison Dedalus, Que de ma merencolie. Oncques ne fut Tantalus En si tres peneuse vie, Ne, quelque chose qu'on die, Chartreux, hermite, ou reclus. C'est la prison Dedalus. Retour au sommaire
CCCXXXII A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Que me grevez plus que oncques mes, Me voulez vous à tousjours mes Tenir en courroux et rudesse; Je vous fais loyalle promesse Que ne vous aymeray james. A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Que me grevez plus que oncques mes. Vous m'avez banny de jeunesse, Rendre me convient desormais, Et faictes vous bien? Nennil, mais, De tous maulx on vous tient maistresse. A! que vous m'anuyez, Vieillesse! Retour au sommaire
CCCXXXIII Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse, Où vois mon povre pain querant; Aage ne me veult, tant ne quant, Donner l'aumosne de liesse. Puisqu'elle se tient ma maistresse, Demander ne lui puis promesse, Pour ce, n'enquerons plus avant. Temps et temps m'ont emblé jeunesse, Et laissé es mains de Vieillesse. Je n'ay repast que de foiblesse, Couchant sur paille de destresse, Suis je bien payé maintenant De mes jeunes jours cy devant? Nennil, nul n'est qui le redresse. Temps et temps m'ont emblé jeunesse. Retour au sommaire
CCCXXXIV Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance, Pris de goute de Grevance, Ne scay à quoy puis valoir. Voulez vous mon fait savoir? Je suis presque mis en trance. Asourdy de Nonchaloir, Aveuglé de Desplaisance. Se le Medicin Espoir, Qui est le meilleur de France, N'y met briefment pourveance, Vieillesse estaint mon povoir. Asourdy de Nonchaloir. Retour au sommaire
CCCXXXV Dedens la maison de douleur, Où estoit tres piteuse dance, Soussy, Vieillesse et Desplaisance Je vy dancer comme par cueur. Le tabourin nommé Maleur Ne jouoit point par ordonnance. Dedens la maison de douleur, Où estoit tres piteuse dance. Puis chantoient chancons de pleur, Sans musicque, ne accordance; D'ennuy, comme ravy en trance, M'endormy lors, pour le meilleur. Dedens la maison de douleur. Retour au sommaire
CCCXXXVI Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie, Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; Point ne vous envoye querir, Assez hay vostre compaignie. Je vous sans, et congnois venir, Ennuyeuse Merencolie. Jeunes pevent paine souffrir, Plus que vieillars; pour ce, vous prie Que n'ayez plus sur nous envie, Ne nous vuelliez plus assaillir. Je vous sans, et congnois venir. Retour au sommaire
CCCXXXVII Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye, Loyaulté dit, de sens garnie. Fy de vous et de voz raisons; On ne vous prise deux boutons, Et pour ce, nous vous deboutons. Esloignant nostre compaignie. Mentez, menteurs à quarterons, Certes point ne vous redoubtons, Ne vous, ne vostre baverye. Voz parlez, pires que poisons. Boutent par tout feu en maisons; Que voulez vous que l'en vous die? Dieu tout puissant si vous mauldie, Vous donnant de maulx jours foisons. Mentez, menteurs à quarterons. Retour au sommaire
CCCXXXVIII Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui, De deulx bien garny j'en suy, Quoique mon argent soit court. A les avoir chascun y court, Mais quant à moy, je m'enfuy. Des soucies de la court, J'ay acheté aujourdui. Je deviens vieil, sourt et lourt, Et quant me treuve en ennuy, Nonchaloir est mon apuy, Qui mainteffoiz me secourt. Des soucies de la court. Retour au sommaire
CCCXXXIX Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, Qui me poursuit, certes c'est grant folie, Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; Craindre ne fault Fortune la diverse, Qui Passe temps avecques elle alie. Tout plain ung sac de joyeuse promesse, Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie. Conseil requier à gens plains de sagesse, Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, A droit vendra et trouvera richesse. Tout plain ung sac de joyeuse promesse. Retour au sommaire
CCCXL Dieu les en puisse guerdonner, Tous ceulx qui ainsi tormenter Font, de vent, de neige et de pluye, Et nous et nostre compaignie; Dont peu nous en devons louer. Mais il fauldra qu'au par aller, Comment qu'il en doye tarder, Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. Dieu les en puisse guerdonner. Or ca, il fault parachever. Et puisqu'il est trait, avaler; On congnoistra qu'est de clergie, D'Orleans trait de Lombardie, Tous bien faiz convendra trouver. Dieu les en puisse guerdonner. Retour au sommaire
CCCXLI Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. De revenir faisons nostre devoir, Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. Il faut changier aucunefoiz les lieux, Et essayer, pour plus, ou moins savoir. Prenons congié du plaisir de noz yeulx, Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; Pour ce, chascun en face son povoir, Nul ne mecte sa seurté en espoir, Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. Prenons congié du plaisir de noz yeulx. Retour au sommaire
CCCXLII M'appelez vous cela jeu? En froit d'aler par pays; Or pleust à Dieu qu'à Paris Nous feussions empres le feu. Nostre prouffit veulent peu, Qui en ce point nous ont mis. M'appelez vous cela jeu? En froit d'aler par pays. Deslyer nous faut ce neu, Et desployer faiz et dis. Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. Passer convient par ce treu. M'appelez vous cela jeu? Retour au sommaire
CCCXLIII De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Quoy que soit contre mon desir, Mais maugré myen le fault souffrir, Quant par Nature est ordonnée. Elle est d'ennuy si fort bordée, Dieu scet que l'ay chiere achaptée, Sans gueres d'argent de plaisir. De Vieillesse porte livrée Qu'elle m'a puis ung temps donnée, Quoy que soit contre mon desir. Par moy puist estre bien usée, En eur et bonne destinée, Et à mon souhait parvenir, Tant que vivre puisse et mourir Selon l'escript de ma pensée. De Vieillesse porte livrée. Retour au sommaire
CCCXLIV Saluez moy toute la compaignie Où à present estes à chiere lie, Et leur dictes que voulentiers seroye Avecques eulx, mais estre n'y porroye, Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. Au temps passé, Jeunesse si jolie Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. Saluez moy toute la compaignie Où à present estes à chiere lie. Amoureux fus, or ne le suis je mye, Et en Paris menoye bonne vie; Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, Bien sanglé fus d'une estroite courroye, Que, par aige, convient que la deslie. Saluez moy toute la compaignie. Retour au sommaire