Erik Stohellou

Passerelles

Debout sur l'éventaire du jour je détaille les horizons mais rien ne vient défaire l'amoncellement des saisons pas un mot un geste pour délier l'écheveau du sommeil L'oiseau vrille son cri sur un ciel désincarné Et si tremble un frémissement ce n'est qu'ennui qui se mesure Or l'horizon se resserre Déjà le lieu ultime se présage Et la Terre palpite une tendresse à l'odeur de nuit de silence ou d'humus

Retour au sommaire

Et quand j'aurai laissé aller mon souffle Par-delà la mémoire de l'air Et quand j'aurai laissé aller mes membres Aux rivages oublieux de la terre Et quand mon esprit abîmé Aura gyré dans l'amer des trous noirs Quel rire se souviendra des soleils inutiles blottis entre mes mains gercées Et que nul n'aura bercés Par-delà la mémoire de l'air aux rivages oublieux de la terre Mon esprit crucifié à l'amer des trous noirs cessera de trembler un espoir lapidé

Retour au sommaire

Souci abandonné à la vague d'une heure autre et pourtant reconnue Sans nulle esquisse de signe encontre le silence ou sourire Un miroir qui sait où délier l'alphabet des caresses - un à un déplier les pétales du corps un peu beaucoup Une à une à la mesure du jour allumer les lampes votives et sur l'éclat des pierres verser l'offrande sanguine

Retour au sommaire

Celui qui a ouvert les saisons Celle qui les a fermées Dans l'antre du temps Et nulle part cette résonance mielleuse On y voit pourtant des souffles terrassés - oh saccage des prairies de larmes... Mais quoi ! les soirs sourds et cendres Quel fleuve se réverbère et plonge et se décante au flux des rires ? Rien ni magie sereine ni studieuse stupeur un autre a pris sa course vers les abois l'hallali La table n'est plus mise où les verres sont brisés Nous avons trop quêté - moment ou surprise - Afin que soit ce que de droit

Retour au sommaire

Noir corbeau de l'espoir Quelle pensée folle T'invite à boire Aux eaux furieuses de la mémoire Quel astre agonisant saigne Où fuit ton aile Un râle sourd du profond de l'espace Sans qu'un écho ne vibre Un râle Et le froid silencieux

Retour au sommaire

Indifférente à mon attente tu vaques à mille occupations vaines suppliciant mon désir au chevalet de tes seins - lames acérées griffant ma mémoire et nue et légère tu danses éployant tes bras comme une aile alentour de ma défaite et l'astre blond que le soleil allume à ton ventre insoucieux s'innove des grâces nouvelles que ta main ourle et tisse et déchaîne pour à nouveau les éparpiller inutile aboli sur la couche défaite je sombre aux sables de la grève mourante à l'orée du déferlement de ton plaisir

Retour au sommaire

Qui a mis le soleil en déroute ? Il y a du sang plein les rues Et des larmes plein les verres On reste pourtant inerte au creux des chaises Bercé par un vent lourd de songes Pourquoi faudrait-il reprendre le flambeau et singer la vie défaillante ? Une heure encore sur la route Et la nuit S'allonger sur les pierres les yeux clos Aucune aube à attendre du ronflement des astres

Retour au sommaire

Que s'est-il passé que nous ayons perdu la nuit ? Un vent de nord attise des regrets Qu'emporte loin déjà un ruisseau pierreux * Il y avait le pas de tes lèvres doucement chaudement sur ma peau et le fruit violacé de tes seins un dernier voile à faire glisser Il y avait au creux de ton ventre ma langue recomposant une perle * L'oiseau sur le ciel un cercle qui se cherche une courbe battue des ailes Pierre soudaine vers le sol et l'essor renouvelé

Retour au sommaire

Un jour viendra au parfum de saumure où la voix crissante des souvenirs balaiera la mémoire d'un vent de douleur où tant de gestes refusés blesseront la peau déçue que les lèvres désertent Un jour viendra comme un réveil blafard où la main qui dénie les tendresses se verra solitaire et lasse où le corps hautain qui fuit l'ivresse - joyau solaire dans l'univers éteint d'être unique souffle tendu contre l'agonie où le corps découvrira son naufrage Un jour viendra au goût de déshérence où l'aveu de détresse trop longtemps insulté par la froideur jaillira lave purifiante essor au goût de cendres d'un désir d'infini trop longtemps encagé

Retour au sommaire

I

J 'ai rêvé ta présence et ton regard sur moi posé comme un ciel profond où s'affrontent des astres et ta quiétude qui m'enlace blancheur par ton sein déversée J'ai rêvé J'ai veillé J'ai parcouru des mondes aux formes insoumises Ce proton qui errait d'un infini à l'autre de ton nom j'étais celui-là Le murmure assourdi des origines vrillant les galaxies éperdues de ta chair j'étais celui-là le silence minéral de l'agonie givrant le vide nocturne de ton absence c'était encore moi Et mon corps retourné comme un gant que l'on jette s'efforçait sans issue à renouer le fil que la Norne à brisé chaque fibre aiguë de mes nerfs chaque fibre acérée de mes veines tissées au drap putride du Destin pour contenir un temps - éternité d'un jour - le flamboiement criard du crépuscule odieux

Retour au sommaire

II

J 'ai veillé la nuit était de sable et de sang j'ai pris le sable je l'ai réchauffé dans mes mains je l'ai pétri et façonné j'ai fait un corps et c'était le tien un corps de femme-fleuve un corps de vague et de vent et c'était le tien le grain poli de ta peau d'arène offerte aux luttes des cuisses et des souffles j'ai pris le sang je l'ai filtré de mes lèvres j'ai baisé la bouche de sable insufflant le sang à la chair et c'était la tienne une chair incantée de lune et de temps une chair de charmes déliés et clairs et c'était la tienne les frissons subtils de ta peau opiniâtre offerte aux caresses des doigts et des dents j'ai veillé de la nuit sable et sang je t'ai enfantée et dans l'étreinte initiale j'ai inscrit une âme incendiaire en ton coeur limpide

Retour au sommaire

III

J 'ai mis de la lumière dans la chambre éteinte sur ton visage en paix j'ai porté les lèvres et des doigts j'ai brassé tes cheveux de houblon Le drap avait glissé à ton ventre offert et tes seins voguaient fiers dans la tiédeur de l'air Ta jambe repliée ouvrait un univers où des milliers de mondes et d'astres bourdonnants veillaient des enfances de rires et d'oubli J'ai murmuré ton vivifiant ton âme et tes bras sont venus caressant l'ombre se nouer sur mon corps et le liant au tien

Retour au sommaire

Si le vent de l'amertume souffle sur moi ce soir qu'irais-je écrire encore qui ne soit pas aigri par les veilles où l'esprit dépecé par le doute et les larmes sournoises vacille sur la berge Si le remords étal fouette un coeur échoué qu'aurais-je à ériger face au mépris amer que saurais-je opposer à l'appel de l'oubli tapi en ma poitrine vigilance cruelle prête à cingler mon âme comme aux hiers meurtris qu'un sourire apaisant avait voués à l'ombre Si ma mise était fausse si tu balaies mes cartes quel jeu me restera pour nier mon hasard noir impair et manque

Retour au sommaire

Oh tais-toi ! si le rongeur est tel en ton cerveau qu'il grince et griffe sur la nuit les lambeaux de promesse retourne à ton silence enseveli d'oubli voici venir le vent qui disperse les cendres tes rêves étaient fiers te restent des scories mais tais-toi et défais fil à fil ton errance et ta vie suspendue à un dernier soleil

Retour au sommaire

Passerelles échos tendus sur un désert nocturne écartelé pantelant à l'arbre silencieux comme Odhinn gravant des runes dérisoires sur des os mortifiés - oh le piaulement des mouettes sur le jour sale un alphabet se dévide et se perd

Retour au sommaire

Par quel ancrage de la pensée ce vert mouvement est-il soumis orbant dans un air appesanti des arabesques d'inutile défi qu'annulent et dénient les lignes rompues heurtées et relancées d'une musique douloureuse - de quelle insouciance entretenue Il y aurait la détresse famélique d'un regard à dire

Retour au sommaire

Un rien de terre sur le mitan du jour un astre décline au revers de la peur on aurait pu remettre des voiles aux arbres et reprendre à foison des saisons de retard pour les remettre en ordre avec les oriflammes mais l'oiseau s'abattit sur l'aire dénudée alors qu'un clair déchirement de trompettes révoquait la vigueur et la patience

Retour au sommaire

Entends cette rumeur sur le ciel haut venue des mille horizons du coeur elle saigne et griffe et se rue éclatant les sourires avortés d'ignorance futile ou mensongère Qui ne sait le désastre épars de la vie ? Qui n'accepte le démembrement humain ? Qui ne voit le lent pourrissement ? Qui n'entend cette rumeur ?

Retour au sommaire

Trois passereaux sur la pelouse un rameau de lilas qui se trouble une flaque d'or en fusion un refrain dans la chambre voisine - bribes de vie si quotidienne

Retour au sommaire