Jean Meschinot

Table Les biens de vous... Pour mettre fin... C'est par vous... M'amerez vous bien... Plus ne voy rien... Ceux qui dussent... Par desplaisir... Balade faicte pour la duchesse Margarite de Foix

Les biens de vous, honneur et pris, M'ont tant espris De vous amer, ma gente Damme, Qu'il n'est pas en puissance d'amme De tourner ailleurs mes espris. C'est a moy trop hault entrepris, Com mal apris, Mes blamez en, s'il y a blame, Les biens de vous, honneur et pris. Donc, puis qu'Amour ainssi m'a pris En son pourpris, Et que tant loyaument vous ame, Amez moy, je prans sus mon ame Que jamés n'en seront repris Les biens de vous, honneur et pris.
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Pour mettre fin a mes douloureux plains, Et aux ennuys dont je me scens plains, Fort me complains A toute heure, mes remyde n'y treuve, Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve Ou dame neuve, Car la mienne se rit, tant plus me plains. Souvent m'a veu pleurant par baus et plains, A triste cueur, de dueill palez et tains, Pres que m'estains ; Mes pensez vous que de riens el se meuve, Pour mettre fin a mes douloureux plains ? Nenny, ains dit par sa foy qu'autres mains Seuffrent de maulx plus que moy, soirs et mains, Et qu'en ay mains Que je ne dy : ainssi mon fait repreuve ; Bien luy plairoyt qu'elle fust de moy veufve, Son cas le preuve ; Ne suy ge pas donques en bonnes mains, Pour mettre fin a mes douloureux plains ?
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C'est par vous que tant fort soupire, Tousjours m'empire ; A vostre avis, faictes vous bien Que tant plus je vous vieulx de bien Et, sus ma foy, vous m'estes pire ! Ha ! ma Damme, si grieff martire, Amme ne tire Que moy, dont ne puis maiz en rien C'est par vous. Vostre beauté vint, de grant tire, A mon oeill dire Que feist mon cueur devenir sien. Il le voulut. S'il meurt, et bien, Je ne luy puis ayder ou nuyre ! C'est par vous.
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M'amerez vous bien, Dites par vostre ame, Mes que je vous ame Plus que nule rien ? Le vostre me tien, Sans faire autre damme. M'amerez vous bien, [Dites par vostre ame ? ] Dieu mist tant de bien En vous que c'est bamme ; Pour ce je me clame Vostre, mes combien M'amerez vous bien ?
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Plus ne voy rien qui resconfort me donne, Plus dure ung jour que ne me souloient cent, Plus n'est saeson qu'a nul bien m'abandonne, Plus voy plaisir, et mains mon cueur s'en scent, Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent, Plus me souvient de vous et plus m'empire, Plus quier esbas c'est lors que plus soupire, Plus fait beau temps et plus me vient d'ennuys, Plus ne m'atens fors toujours d'avoir pire, Puys que de vous approcher je ne puys ! Plus suis dolant que nul autre personne, Plus n'ay espoir d'aucun alegement, Plus ay desir crainte d'autre part sonne, Plus vueill aller verz vous mains scey comment, Plus suis espris et plus ay de tourment, Plus pleure et plains et plus pleurer desire, Plus chose n'est qui me saroyt suffire, Plus n'ay repos je hey les jours et nuys, Plus que jamés a douleur me fault duyre, Puys que de vous approcher je ne puys. Plus vivre ainssi ne m'est pas chose bonne, Plus vueill mourir et raison s'y assent, Plus qu'a nully Amours de maulx m'ordonne, Plus n'a ma voix bon accort ne assent. Plus fait on jeus mielx desire estre absent, Plus force n'ay d'endurer tel martire, Plus n'est vivant homme qui tel mal tire, Plus ne congnoes bonnement ou je suis, Plus ne sey brieff que pencer faire ou dire, Puys que de vous approcher je ne puys ! Plus n'ay mestier de jouer ou de rire, Plus n'est le temps si non de tout despire, Plus cuide avoir de Douceur les apuys Plus suis adonc desplaisant et plain de ire, Puys que de vous approcher je ne puys !
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Ceulx qui dussent parler sont muts : Les loyaux sont pour sots tenus ; Je n'en vois nuls Qui de bonté tiennent plus compte, Vertus vont jus, péchés haut montent Ce vous est honte. Seigneurs grands, moyens et menus. Flatteurs sont grands gens devenus Et à hauts états parvenus, Entretenus. Tant qu'il n'est rien qui les surmontent. Ceulx qui dussent parler sont muts. Nous naquîmes pauvres et nus. Les biens nous sont de Dieu venus, Nos cas connus. Lui sont pour vrai, je vous le conte ; Pape, empereur, roi, duc ou comte Tout se mécompte Quand les bons ne sont soutenus, Ceulx qui dussent parler sont muts.
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[...] Par desplaisir, fain et froidure, Les povres gens meurent souvent, Et sont, tant que chault et froit dure, Aux champs nudz, soubz pluye et sous vent ; Puis ont en leur povre convent Nécessité qui les bas tant, Quant seigneurs se vont esbattant. O inhumains et dommaigeux, Qui nom portez de seigneurie, Vous prenez les pleurs d'homme à jeux ; Mais pas n'est temps que seigneur rye, Quant on voit charité périe, Qui est des vertus la maistresse. Povres gens ont trop de détresse. Du propre labeur de leurs mains, Qui deust tourner à leur usaige, Ilz en ont petit, voire mains Qu'il n'est mestier pour leur mesnaige. Vous l'avez, malgré leur visaige, Souvent sans cause : Dieu le voit. Qui se damne est villain revoit. Combien que vous nommez villains Ceulx qui vostre vie soustiennent, Le bon homme n'est pas vil, ains Ses faictz en vertuz se maintiennent. Ceulx qui à bonté la main tiennent Plus qu'autres deservent louange. On ne peult faire d'ung loup ange. Je vous nomme loups ravisseurs Ou lyons, si tout dévorez. Sont vertus, en vostre advis, seurs Des faictz en quoy vous labourez ? Nenny, très mal assavourez L'estat dont Dieu vous a faict estre : C'est grant bien que son cas congnoistre. Si tu vas à Saint Innocent Ou il y a ossement grant tas, Ja ne congnoistras entre cent Les os des gens des grans estas D'avec ceulx qu'au monde notas En leur vivant, povres et nus : Les corps vont dont ilz sont venuz. [...] Ceulx qui dussent parler sont muts.
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Balade faicte pour la duchesse Margarite de Foix quant elle vint en Bretaigne. Riche païs, contrée très heureuse, Amez de Dieu, ce voit-on clerement; Duché sans pair, Bretaigne plantureuse, De noblesse trésor et parement, Plus que jamais debvez joyeusement User vos jours par raison et droiture; Princesse avez, très noble créature Et en vertus nompareille tenue, Semblant des cieux estre la nourriture. Benoiste soit sa joyeuse venue ! C'est la belle fleurette précieuse. De trois couleurs ornée doulcement, Par le blanc, vert et vermeil lumineuse, Et au milieu paroît l'or proprement : Qui sont choses de grant entendement. Vert, c'est grâce de Dieu et de nature; D'innocence, chasteté nette et pure, Blanc et vermeil ont l'enseigne obtenue; Vor dénote royalle géniture. Benoiste soit sa joyeuse venue ! De sens, d'honneur, de bonté amoureuse Est tant que peut comprendre sentement. Maintien rassis, parole gracieuse. Amour, doulceur et valeur tellement L'accompaignent, et vit tant sobrement Qu'elle ressemble à divine facture ^ Plus qu'humaine, — dont très bonne adventure A Bretaigne est. Dieu mercy, advenue. Par quoi pouons dire sans couverture : Benoiste soit sa joyeuse venue ! Prince parfait, mettez sens, temps et cure A la chérir, tant qu'elle nous procure Le plus grant bien qui soit dessous la nue : C'est un beau filz. Lors dirons sans mesure : Benoiste soit sa joyeuse venue !
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