Jules Laforgue

L'imitation de Notre-Dame la Lune

L'IMITATION DE ISOTRE-DAME LA LUNE SELON Jules LAFORGUE

Ah! quel juillet nous avons hiverné, Per amica silentia lunae! Ile de LA MAINAU (Lac de Constance.) A GUSTAVE KHAN et aussi à la mémoire de la petite Salammbô, prétresse de Tanit UN MOT AU SOLEIL pour commencer Soleil! soudard plaqué d'ordres et de crachats, Planteur mal élevé, sache que les Vestales A qui la Lune, en son équivoque oeil-de-chat, Est la rosace de l'Unique Cathédrale, Sache que les Pierrots, phalènes des dolmens Et des nymphéas blancs des lacs où dort Gomorrhe, Et tous les bienheureux qui pâturent l'Eden Toujours printanier des renoncements, — t'abhorrent. Et qu'ils gardent pour toi des mépris spéciaux, Bellâtre, Maquignon, Ruffian, Rastaquouère A breloques d'oeufs d'or, qui le prends de si haut Avec la terre et son Orpheline lunaire. Continue à fournir de couchants avinés Les lendemains vomis des fêtes nationales, A styler tes saisons, à nous bien déchaîner Les drames de l'Apothéose Ombilicale! Va, Phoebus! mais, Dèva, dieu des Réveils cabrés, Regarde un peu parfois ce Port-Royal d'esthètes Qui, dans leurs décamérons lunaires au frais, Ne parlent de rien moins que mettre à prix ta tête. Certes, tu as encor devant toi de beaux jours; Mais la tribu s'accroît, de ces vieilles pratiques De l'A QUOI BON? qui vont rêvant l'art et l'amour Au seuil lointain de l'Agrégat inorganique. Pour aujourd'hui, vieux beau, nous nous contenterons De mettre sous le nez de Ta Badauderie Le mot dont l'Homme t'a déjà marqué au front: Tu ne t'en étais jamais douté, je parie? — Sache qu'on va disant d'une belle phrase, os Sonore mais très nul comme suc médullaire, De tout boniment creux enfin: c'est du pathos, C'est du PHOEBUS! — Ah! pas besoin de commentaires.. O Vision du temps où l'être trop puni, D'un: « Eh! va donc, Phoebus! » te rentrera ton prêche De vieux Crescite et multiplicantini , Pour s'inoculer à jamais la Lune fraîche! Retour au sommaire LITANIES des premiers quartiers de la lune Lune bénie Des insomnies, Blanc médaillon Des Endymions, Astre fossile Que tout exile, Jaloux tombeau De Salammbô, Embarcadère Des grands Mystères, Madone et miss Diane-Artémis, Sainte Vigie De nos orgies, Jettatura Des baccarats, Dame très lasse De nos terrasses, Philtre attisant Les vers-luisants, Rosace et dôme Des derniers psaumes, Bel oeil-de-chat De nos rachats, Sois l'Ambulance De nos croyances! Sois l'édredon Du Grand-Pardon! Retour au sommaire AU LARGE Comme la nuit est lointainement pleine De silencieuse infinité claire! Pas le moindre écho des gens de la terre, Sous la Lune méditerranéenne! Voilà le Néant dans sa pâle gangue, Voilà notre Hostie et sa Sainte-Table, Le seul bras d'ami par l'Inconnaissable, Le seul mot solvable en nos folles langues! Au delà des cris choisis des époques, Au delà des sens, des larmes, des vierges, Voilà quel astre indiscutable émerge, Voilà l'immortel et seul soliloque! Et toi, là-bas, pot-au-feu, pauvre Terre! Avec tes essais de mettre en rubriques Tes reflets perdus du Grand Dynamique, Tu fais un métier, ah! bien sédentaire! Retour au sommaire CLAIR DE LUNE Penser qu'on vivra jamais dans cet astre, Parfois me flanque un coup dans l'épigastre. Ah! tout pour toi, Lune, quand tu t'avances Aux soirs d'août par les féeries du silence! Et quand tu roules, démâtée, au large A travers les brisants noirs des nuages! Oh! monter, perdu, m'étancher à même Ta vasque de béatifiants baptêmes! Astre atteint de cécité, fatal phare Des vols migrateurs des plaintifs Icares! Oeil stérile comme le suicide, Nous sommes le congrès des las, préside; Crâne glacé, raille les calvities De nos incurables bureaucraties; O pilule des léthargies finales, Infuse-toi dans nos durs encéphales! O Diane à la chlamyde très dorique, L'Amour cuve, prend ton carquois et pique, Ah! d'un trait inoculant l'être aptère, Les coeurs de bonne volonté sur terre! Astre lavé par d'inouïs déluges, Qu'un de tes chastes rayons fébrifuges, Ce soir, pour inonder mes draps, dévie, Que je m'y lave les mains de la vie! Retour au sommaire CLIMAT, FAUNE ET FLORE de la lune Des nuits, ô Lune d'Immaculée-Conception, Moi, vermine des nébuleuses d'occasion, J'aime, du frais des toits de notre Babylone, Concevoir ton climat et ta flore et ta faune. Ne sachant qu'inventer pour t'offrir mes ennuis, O Radeau du Nihil aux quais seuls de nos nuits! Ton atmosphère est fixe, et tu rêves, figée En climats de silence, écho de l'hypogée D'un ciel atone où nul nuage ne s'endort Par des vents chuchotant tout au plus qu'on est mort? Des montagnes de nacre et des golfes d'ivoire Se renvoient leurs parois de mystiques ciboires, En anses où, sur maint pilotis, d'un air lent, Des Sirènes font leurs nattes, lèchent leurs flancs, Blêmes d'avoir gorgé de lunaires luxures Là-bas, ces gais dauphins aux geysers de mercure. Oui, c'est l'automne incantatoire et permanent Sans thermomètre, embaumant mers et continents, Étangs aveugles, lacs ophtalmiques, fontaines De Léthé, cendres d'air, déserts de porcelaine, Oasis, solfatares, cratères éteints, Arctiques sierras, cataractes l'air en zinc, Haux-plateaux crayeux, carrières abandonnées, Nécropoles moins vieilles que leurs graminées, Et des dolmens par caravanes, — et tout très Ravi d'avoir fait son temps, de rêver au frais. Salut, lointains crapauds ridés, en sentinelles Sur les pics, claquant des dents à ces tourterelles Jeunes qu'intriguent vos airs! Salut, cétacés Lumineux! et vous, beaux comme des cuirassés, Cygnes d'antan, nobles témoins des cataclysmes; Et vous, paons blancs cabrés en aurores de prismes; Et vous, Foetus voûtés, glabres contemporains Des Sphinx brouteurs d'ennuis aux moustaches d'airain, Qui, dans le clapotis des grottes basaltiques, Ruminez l'Enfin! comme une immortelle chique! Oui, rennes aux andouillers de cristal; ours blancs Graves comme des Mages, vous déambulant, Les bras en croix vers les miels du divin silence! Porcs-épics fourbissant sans but vos blêmes lances; Oui, papillons aux reins pavoisés de joyaux Ouvrant vos ailes à deux battants d'in-folios; Oui, gélatines d'hippopotames en pâles Flottaisons de troupeaux éclaireurs d'encéphales; Pythons en intestins de cerveaux morts d'abstrait, Bancs d'éléphas moisis qu'un souffle effriterait! Et vous, fleurs fixes! mandragores à visages, Cactus obéliscals aux fruits en sarcophages, Forêts de cierges massifs, parcs de polypiers, Palmiers de corail blanc aux résines d'acier! Lys marmoréens à sourires hystériques, Qui vous mettez à débiter d'albes musiques Tous les cent ans, quand vous allez avojr du lait! Champignons aménagés comme des palais! O Fixe! on ne sait plus à qui donner la palme Du lunaire; et surtout quelle leçon de calme! Tout a l'air émané d'un même acte de foi Au Néant Quotidien sans comment ni pourquoi! Et rien ne fait de l'ombre, et ne se désagrège; Ne naît, ni ne mûrit; tout vit d'un Sortilège Sans foyer qui n'induit guère à se mettre en frais Que pour des amours blancs, lunaires et distraits... Non, l'on finirait par en avoir mal de tête, Avec le rire idiot des marbres Egynètes Pour jamais tant tout ça stagne en un miroir mort! Et l'on oublierait vite comment on en sort. Et pourtant, ah! c'est là qu'on en revient encore Et toujours, quand on a compris le Madrépore. Retour au sommaire GUITARE Astre sans coeur et sans reproche, Maintenon de vieille roche! Très Révérende Supérieure Du cloître où l'on ne sait plus l'heure, D'un Port-Royal port de Circée Où Pascal n'a d'autres Pensées Que celles du roseau qui jase Ne sait plus quoi, ivre de vase... Oh! qu'un Philippe de Champaigne, Mais né pierrot, vienne et te peigne! Un rien, une miniature De la largeur d'une tonsure; Ça nous ferait un scapulaire Dont le contact anti-solaire, Par exemple aux pieds de la femme, Ah! nous serait tout un programme! Retour au sommaire PIERROTS I C'est, sur un cou qui, raide, émerge D'une fraise empesée idem, Une face imberbe au cold-cream, Un air d'hydrocéphale asperge. Les yeux sont noyés de l'opium De l'indulgence universelle, La bouche clownesque ensorcèle Comme un singulier géranium. Bouche qui va du trou sans bonde Glacialement désopilé, Au transcendental en-allé Du souris vain de la Joconde. Campant leur cône enfariné Sur le noir serre-tête en soie, Ils font rire leur patte d'oie Et froncent en trèfle leur nez. Ils ont comme chaton de bague Le scarabée égyptien, A leur boutonnière fait bien Le pissenlit des terrains vagues. Ils vont, se sustentant d'azur, Et parfois aussi de légumes, De riz plus blanc que leur costume, De mandarines et d'oeufs durs. Ils sont de la secte du Blême, Ils n'ont rien à voir avec Dieu, Et sifflent: « Tout est pour le mieux « Dans la meilleur' des mi-carême! » II Le coeur blanc tatoué De sentences lunaires, Ils ont: « Faut mourir, frères! » Pour mot-d'ordre-Evohé. Quand trépasse une vierge, Ils suivent son convoi, Tenant leur cou tout droit Gomme on porte un beau cierge. Rôle très fatigant, D'autant qu'ils n'ont personne Chez eux, qui les frictionne D'un conjugal onguent. Ces dandys de la Lune S'imposent, en effet, De chanter « s'il vous plaît? » De la blonde à la brune. Car c'est des gens blasés; Et s'ils vous semblent dupes, Çà et là, de la Jupe, Lange à cicatriser, Croyez qu'ils font la bête Afin d'avoir des seins. Pis-aller de coussins A leurs savantes têtes. Écarquillant le cou Et feignant de comprendre De travers, la voix tendre, Mais les yeux si filous! — D'ailleurs, de moeurs très fines, Et toujours fort corrects, (Ecole des cromlechs Et des tuyaux d'usines). III Comme ils vont molester, la nuit. Au profond des parcs, les statues, Mais n'offrant qu'au moins dévêtues Leur bras et tout ce qui s'ensuit, En tête à tête avec la femme Ils ont toujours l'air d'être un tiers, Confondent demain avec hier, Et demandent Rien avec âme! Jurent « je t'aime! » l'air là-bas. D'une voix sans timbre, en extase, Et concluent aux plus folles phrases Par des: « Mon Dieu, n'insistons pas? Jusqu'à ce qu'ivre, Elle s'oublie, Prise d'on ne sait quel besoin De lune? dans leurs bras, fort loin Des convenances établies. IV Maquillés d'abandon, les manches En saule, ils leur font des serments, Pour être vrais trop véhéments! Puis tumultuent en gigues blanches, Beuglant: Ange! tu m'as compris, A la vie, à la mort! — et songent: Ah! passer là-dessus l'éponge!... Et c'est pas chez eux parti pris, Hélas! mais l'idée de la femme Se prenant au sérieux encor Dans ce siècle, voilà, les tord D'un rire aux déchirantes gammes! Ne leur jetez pas la pierre, ô Vous qu'affecte une jarretière! Allez, ne jetez pas la pierre Aux blancs parias, aux purs pierrots! V Blancs enfants de choeur de la Lune, Et lunologues éminents, Leur Église ouvre à tout venant, Claire d'ailleurs comme pas une. Ils disent, d'un oeil faisandé, Les manches très sacerdotales, Que ce bas monde de scandale N'est qu'un des mille coups de dé Du jeu que l'Idée et l'Amour, Afin sans doute de connaître Aussi leur propre raison d'être, Ont jugé bon de mettre au jour. Que nul d'ailleurs ne vaut le nôtre, Qu'il faut pas le traiter d'hôtel Garni vers un plus immortel, Car nous sommes faits l'un pour l'autre; Qu'enfin, et rien de moins subtil, Ces gratuites antinomies Au fond ne nous regardant mie, L'art de tout est l'Ainsi soit-il; Et que, chers frères, le beau rôle Est de vivre de but en blanc Et, dût-on se battre les flancs, De hausser à tout les épaules. Retour au sommaire PIERROTS (On a des principes) Elle disait, de son air vain fondamental: « Je t'aime pour toi seul! » — Oh! là, là, grêle histoire: Oui, comme l'art! Du calme, ô salaire illusoire Du capitaliste Idéal! Elle faisait: « J'attends, me voici, je sais pas »... Le regard pris de ces larges candeurs des lunes; — Oh! là, là, ce n'est pas peut-être pour des prunes, Qu'on a fait ses classes ici-bas? Mais voici qu'un beau soir, infortunée à point, Elle meurt! — Oh! là, là; bon, changement de thème! On sait que tu dois ressusciter le troisième Jour, sinon en personne, du moins Dans l'odeur, les verdures, les eaux des beaux mois! Et tu iras, levant encore bien plus de dupes Vers le Zaïmph de la Joconde, vers la Jupe! Il se pourra même que j'en sois . Retour au sommaire PIERROTS (Scène courte mais typique.) Il me faut, vos yeux! Dès que je perds leur étoile, Le mal des calmes plats s'engouffre dans ma voile, Le frisson du Vae soli! gargouille en mes moelles... Vous auriez dû me voir après cette querelle! J'errais dans l'agitation la plus cruelle, Criant aux murs: Mon Dieu! mon Dieu! Que dira-t-elle? Mais aussi, vrai, vous me blessâtes aux antennes De l'âme, avec les mensonges de votre traîne, Et votre tas de complications mondaines. Je vovais que vos yeux me lançaient sur des pistes, Je songeais: Oui, divins, ces yeux! mais rien n'existe Derrière! Son âme est affaire d'oculiste. Moi, je suis laminé d'esthétiques loyales! Je hais les trémolos, les phrases nationales; Bref, le violet gros deuil est ma couleur locale. Je ne suis point « ce gaillard-là! » ni Le Superbe! Mais mon âme, qu'un cri un peu cru exacerbe, Est au fond distinguée et franche comme une herbe. J'ai des nerfs encor sensibles au son des cloches, Et je vais en plein air sans peur et sans reproche, Sans jamais me sourire en un miroir de poche. C'est vrai, j'ai bien roulé! j'ai râlé dans des gîtes Peu vous; mais, n'en ai-je pas plus de mérite A en avoir sauvé la foi en vos yeux? dites... — Allons, faisons la paix, Venez, que je vous berce, Enfant. Eh bien? — C'est que, votre pardon me verse Un mélange (confus) d'impressions... diverses... (Exit.) Retour au sommaire LOCUTIONS DES PIERROTS I Les mares de vos yeux aux joncs de cils, O vaillante oisive femme, Quand donc me renverront-ils La Lune-levante de ma belle âme? Voilà tantôt une heure qu'en langueur Mon coeur si simple s'abreuve De vos vilaines rigueurs, Avec le regard bon d'un terre-neuve. Ah! madame, ce n'est vraiment pas bien, Quand on n'est pas la Joconde, D'en adopter le maintien Pour induire en spleens tout bleus le pauv' monde; II Ah! le divin attachement Que je nourris pour Cydalise, Maintenant qu'elle échappe aux prises De mon lunaire entendement! Vrai, je me ronge en des détresses, Parmi les fleurs de son terroir A seule fin de bien savoir Quelle est sa faculté-maîtresse! — C'est d'être la mienne, dis-tu? Hélas! tu sais bien que j'oppose Un démenti formel aux poses Qui sentent par trop l'impromptu. III Ah! sans Lune, quelles nuits blanches, Quels cauchemars pleins de talent! Vois-je pas là nos cygnes blancs? Vient-on pas de tourner la clenche? Et c'est vers toi que j'en suis là. Que ma conscience voit double, Et que mon coeur pèche en eau trouble, Ève, Joconde et Dalila! Ah! par l'infini circonflexe De l'ogive où j'ahanne en croix, Vends moi donc une bonne fois La raison d'être de Ton Sexe! IV Tu dis que mon coeur est à jeun De quoi jouer tout seul son rôle, Et que mon regard ne t'enjôle Qu'avec des infinis d'emprunt! Et tu rêvais avoir affaire A quelque pauvre in-octavo... Hélas! c'est vrai que mon cerveau S'est vu, des soirs, trois hémisphères. Mais va, l'oeillet de tes vingt ans, Je l'arrose aux plus belles âmes Qui soient! — Surtout, je n'en réclame Pas, sais-tu, de ta part autant! V T'occupe pas, sois Ton Regard, Et sois l'âme qui s'exécute; Tu fournis la matière brute, Je me charge de l'oeuvre d'art. Chef-d'oeuvre d'art sans idée-mère Par exemple! Oh! dis, n'est-ce pas, Faut pas nous mettre sur les bras Un cri des Limbes prolifères? Allons, je sais que vous avez L'égoïsme solide au poste, Et même prêt aux holocaustes De l'ordre le plus élevé. VI Je te vas dire: moi, quand j'aime, C'est d'un coeur, au fond sans apprêts, Mais dignement élaboré Dans nos plus singuliers problèmes. Ainsi, pour mes moeurs et mon art, C'est la période védique Qui seule a bon droit revendique Ce que j'en « attelle à ton char. » Comme c'est notre Bible hindoue Qui, tiens, m'amène à caresser, Avec ces yeux de cétacé, Ainsi, bien sans but, ta joue. VII Coeur de profil, petite âme douillette, Tu veux te tremper un matin en moi, Comme on trempe, en levant le petit doigt, Dans son café au lait une mouillette! Et mon amour, si blanc, si vert, si grand, Si tournoyant! ainsi ne te suggère Que pas-de-deux, silhouettes légères A enlever sur ce solide écran! Adieu. — Qu'est-ce encor? Allons bon, tu pleures! Aussi pourquoi ces grands airs de vouloir, Quand mon Étoile t'ouvre son peignoir, D'Hélas, chercher midi flambant à d'autres heures! VIII Ah! tout le long du coeur Un vieil ennui m'effleure... M'est avis qu'il est l'heure De renaître moqueur. Eh bien? je t'ai blessée? Ai-je eu le sanglot faux, Que tu prends cet air sot De La Cruche cassée? Tout divague d'amour; Tout, du cèdre à l'hysope, Sirote sa syncope; J'ai fait un joli four. IX Ton geste, Houri, M'a l'air d'un memento mori Qui signifie au fond: va, reste... Mais, je te dirai ce que c'est, Et pourquoi je pars, foi d'honnête Poète Français. Ton coeur a la conscience nette, Le mien n'est qu'un individu Perdu De dettes. X Que loin l'âme type Qui m'a dit adieu Parce que mes yeux Manquaient de principes! Elle, en ce moment, Elle, si pain tendre, Oh! peut-être engendre Quelque garnement. Car on l'a unie Avec un monsieur, Ce qu'il y a de mieux, Mais pauvre en génie. XI Et je me console avec la Bonne fortune De l'alme Lune. O Lune, Ave Paris Stella! Tu sais si la femme est cramponne; Eh bien, déteins, Glace sans tain, Sur mon oeil! qu'il soit tout atone, Qu'il déchire: ô folles d'essais, Je vous invite A prendre vite, Car c'est à prendre et à laisser. XII Encore un livre; ô nostalgies Loin de ces très goujates gens, Loin des saluts et des argents, Loin de nos phraséologies! Encore un de mes pierrots mort; Mort d'un chronique orphelinisme; C'était un coeur plein de dandysme Lunaire, en un drôle de corps. Les dieux s'en vont; plus que des hures; Ah! ça devient tous les jours pis; J'ai fait mon temps, je déguerpis Vers l'Inclusive Sinécure! XIII Eh bien, oui, je l'ai chagrinée, Tout le long, le long de l'année; Mais quoi! s'en est-elle étonnée? Absolus, drapés de layettes, Aux lunes de miel de l'Hymette, Nous avions par trop l'air vignette! Ma vitre pleure, adieu! l'on bâille Vers les ciels couleur de limaille Où la Lune a ses funérailles. Je ne veux accuser nul être, Bien qu'au fond tout m'ait pris en traître. Ah! paître, sans but là-bas! paître.., XIV Les mains dans les poches, Le long de la route, J'écoute Mille cloches Chantant: « les temps sont proches, « Sans que tu t'en doutes! » Ah! Dieu m'est égal! Et je suis chez moi! Mon toit Très natal C'est Tout. Je marche droit, Je fais pas de mal. Je connais l'Histoire, Et puis la Nature, Ces foires Aux ratures; Aussi je vous assure Que l'on peut me croire! XV J'entends battre mon Sacré-Coeur Dans le crépuscule de l'heure, Comme il est méconnu, sans soeur, Et sans destin, et sans demeure! J'entends battre ma chair Équivoquant par mes artères, Entre les Edens de mes vers Et la province de mes pères. Et j'entends la flûte de Pan Qui chante: « Bats, bats la campagne! « Meurs, quand tout vit à tes dépens; « Mais entre nous, va, qui perd gagne! » XVI Je ne suis qu'un viveur lunaire Qui fait des ronds dans les bassins, Et cela, sans autre dessein Que devenir un légendaire. Retroussant d'un air de défi Mes manches de mandarin pâle, J'arrondis ma bouche et — j'exhale Des conseils doux de Crucifix. Ah! oui, devenir légendaire, Au seuil des siècles charlatans! Mais où sont les Lunes d'antan? Et que Dieu n'est-il à refaire? Retour au sommaire DIALOGUE avant le lever de la lune — Je veux bien vivre; mais vraiment, L'Idéal est trop élastique! — C'est l'Idéal, son nom l'implique, Hors son non-sens, le verbe ment. — Mais, tout est conteste; les livres S'accouchent, s'entretuent sans lois! — Certes! l'Absolu perd ses droits, Là, où le Vrai consiste à vivre. — Et, si j'amène pavillon Et repasse au Néant ma charge? — L'Infini, qui souffle du large, Dit: « Pas de bêtises, voyons! » —? Ces chantiers du Possible ululent A l'Inconcevable, pourtant! — Un degré, comme il en est tant Entre l'aube et le crépuscule. — Être actuel, est-ce, du moins, Être adéquat à Quelque Chose? — Conséquemment, comme la rose Est nécessaire à ses besoins. — Façon de dire peu commune Que Tout est cercles vicieux? — Vicieux, mais Tout! — J'aime mieux Donc m'en aller selon la Lune. Retour au sommaire LUNES EN DETRESSE Vous voyez, la Lune chevauche Les nuages noirs à tous crins, Cependant que le vent embouche Ses trente-six mille buccins! Adieu, petits coeurs benjamins Choyés comme Jésus en crèche, Qui vous vantiez d'être orphelins Pour avoir toute la brioche! Partez dans le vent qui se fâche, Sous la Lune sans lendemains. Cherchez la pâtée et la niche Et les douceurs d'un traversin. Et vous, nuages à tous crins, Rentrez ces profils de reproche, C'est les trente-six mille buccins Du vent qui m'ont rendu tout lâche. D'autant que je ne suis pas riche, Et que Ses yeux dans leurs écrins Ont déjà fait de fortes brèches Dans mon patrimoine enfantin. Partez, partez, jusqu'au matin! Ou, si ma misère vous touche, Eh bien, cachez aux traversins Vos têtes, naïves autruches, Eternelles, chères embûches Où la Chimère encor trébuche! Retour au sommaire PETITS MYSTÈRES Chut! Oh! ce soir, comme elle est près! Vrai, je ne sais ce qu'elle pense, Me ferait-elle des avances? Est-ce là le rayon qui fiance Nos coeurs humains à son coeur frais? Par quels ennuis kilométriques Mener ma silhouette encor, Avant de prendre mon essor Pour arrimer, veuf de tout corps, A ses dortoirs madréporiques. Mets de la Lune dans ton vin, M'a dit sa moue cadenassée; Je ne bois que de l'eau glacée, Et de sa seule panacée Mes tissus qui stagnent ont faim. Lune, consomme mon baptême, Lave mes yeux de ton linceul; Qu'aux hommes, je sois ton filleul; Et pour nos compagnes, le seul Qui les délivre d'elles-mêmes. Lune, mise au ban du Progrès Des populaces des Étoiles. Volatilise-moi les moelles, Que je t'arrive à pleines voiles, Dolmen, Cyprès, Amen, au frais! Retour au sommaire NUITAMMENT Lune, coule dans mes veines Et que je me soutienne à peine, Et croie t'aplatir sur mon coeur! Mais, elle est pâle à faire peur! Et montre par son teint, sa mise, Combien elle en a vu de grises! Et ramène, se sentant mal, Son cachemire sidéral, Errante Delos, nécropole, Je veux que tu fasses école; Je te promets en ex-voto Les Putiphars de mes manteaux! Et tiens, adieu; je rentre en ville Mettre en train deux ou trois idylles, En m'annonçant par un Péan D'épithalame à ton Néant. Retour au sommaire ÉTATS Ah! ce soir, j'ai le coeur mal, le coeur à la Lune. O Nappes du silence, étalez vos lagunes; O toits, terrasses, bassins, colliers dénoués De perles, tombes, lys, chats en peine, louez La Lune, notre Maîtresse à tous, dans sa gloire: Elle est l'Hostie! et le silence est son ciboire! Ah! qu'il fait bon, oh! bel et bon, dans le halo De deuil de ce diamant de la plus belle eau! O Lune, vous allez me trouver romanesque, Mais voyons, oh! seulement de temps en temps est-c'que Ce serait fol à moi de me dire, entre nous, Ton Christophe Colomb, ô Colombe, à genoux? Allons, n'en parlons plus; et déroulons l'office Des minuits, confits dans l'alcool de tes délices. Ralentendo vers nous, ô dolente Cité, Cellule en fibroïne aux organes ratés! Rappelle-toi les centaures, les villes mortes, Palmyre, et les sphinx camards des Thèbe aux cent portes; Et quelle Gomorrhe a sous ton lac de Lethé Ses catacombes vers la stérile Astarté! Et combien l'homme, avec ses relatifs « Je t'aime », Est trop anthropomorphe au delà de lui-même, Et ne sait que vivoter comm' ça des bonjours Aux bonsoirs tout en s'arrangeant avec l'Amour. — Ah! Je vous disais donc, et cent fois plutôt qu'une Que j'avais le coeur mal, le coeur bien à la Lune, Retour au sommaire LA LUNE EST STÉRILE Lune, Pape abortif à l'amiable, Pape Des Mormons pour l'art, dans la jalouse Paphos Où l'État tient gratis les fils de la soupape D'échappement des apoplectiques Cosmos! C'est toi, léger manuel d'instincts, toi qui circules, Glaçant, après les grandes averses, les oeufs Obtus de ces myriades d'animalcules Dont les simouns mettraient nos muqueuses en feu! Tu ne sais que la fleur des sanglantes chimies; Et perces nos rideaux, nous offrant le lotus Qui constipe les plus larges polygamies, Tout net, de l'excrément logique des foetus. Carguez-lui vos rideaux, citoyens de moeurs lâches; C'est l'Extase qui paie comptant, donne son Ut Des deux sexes et veut pas même que l'on sache S'il se peut qu'elle ait, hors de l'art pour l'art, un but. On allèche de vie humaine, à pleines voiles, Les Tantales virtuels, peu intéressants D'ailleurs, sauf leurs cordiaux, qui rêvent dans nos moelles; Et c'est un produit net qu'encaissent nos bons sens. Et puis, l'atteindrons-nous, l'Oasis aux citernes, Où nos coeurs toucheraient les pays qu'On leur doit? Non, c'est la rosse aveugle aux cercles sempiternes Qui tourne pour autrui les bons chevaux de bois. Ne vous distrayez pas, avec vos grosses douanes; Clefs de fa, clefs de sol, huit stades de claviers, Laissez faire, laissez passer la caravane Qui porte à l'Idéal ses plus riches dossiers! L'Art est tout, du droit divin de l'Inconscience; Après lui, le déluge! et son moindre regard Est le cercle infini dont la circonférence Est partout, et le centre immoral nulle part. Pour moi, déboulonné du pôle de stylite Qui me sied, dès qu'un corps a trop de son secret, J'affiche: celles qui voient tout, je les invite A venir, à mon bras, des soirs, prendre le frais. Or voici: nos deux Cris, abaissant leurs visières, Passent mutuellement, après quiproquos, Aux chers peignes du cru leurs moelles épinières D'où lèvent débusqués tous les archets locaux. Et les ciels familiers liserés de folie Neigeant en charpie éblouissante, faut voir Comme le moindre appel: c'est pour nous seuls! rallie Les louables efforts menés à l'abattoir! Et la santé en deuil ronronne ses vertiges, Et chante, pour la forme: « Hélas! ce n'est pas bien, » Par ces pays, pays si tournoyants, vous dis-je, » Où la faim d'Infini justifie les moyens. » Lors, qu'ils sont beaux les flancs tirant leurs révérences Au sanglant capitaliste berné des nuits, En s'affalant cuver ces jeux sans conséquence! Oh! n'avoir à songer qu'à ses propres ennuis! — Bons aïeux qui geigniez semaine sur semaine, Vers mon Coeur, baobab des védiques terroirs, Je m'agite aussi! mais l'Inconscient me mène; Or, il sait ce qu'il fait, je n'ai rien à y voir. Retour au sommaire STÉRILITÉS Cautérise et coagule En virgules Ses lagunes des cerises Des félines Ophélies Orphelines en folie. Tarentule de feintises La remise Sans rancune des ovules Aux félines Ophélies Orphelines en folie. Sourd aux brises des scrupules, Vers la bulle De la lune, adieu, nolise Ces félines Ophélies Orphelines en folie! Retour au sommaire LES LINGES, LE CYGNE Ce sont les linges, les linges. Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges; Ce sont les langes, les langes, Où l'on voudrait, ah! redorloter ses méninges! Vos linges pollués, Noëls de Bethléem! De la lessive des linceuls des requiems De nos touchantes personnalités, aux langes Des berceaux, vite à bas, sans doubles de rechange, Qui nous suivent, transfigurés (fatals vauriens Que nous sommes) ainsi que des Langes gardiens. C'est la guimpe qui dit, même aux trois quarts meurtrie: « Ah! pas de ces familiarités, je vous prie... » C'est la peine avalée aux édredons d'eider; C'est le mouchoir laissé, parlant d'âme et de chair Et de scènes! (Je vous pris la main sous la table, J'eus même des accents vraiment inimitables), Mais ces malentendus! l'adieu noir! — Je m'en vais! — Il fait nuit! — Que m'importe! à moi, chemins mauvais! Puis, comme Phèdre en ses illicites malaises: « Ah! que ces draps d'un lit d'occasion me pèsent! » Linges adolescents, nuptiaux, maternels; Nappe qui drape la Sainte-Table ou l'autel, Purificatoire au Calice, manuterges, Refuges des baisers convolant vers les cierges. O langes invalides, linges aveuglants! Oreillers du bon coeur toujours convalescent Qui dit, même à la soeur, dont le toucher l'écoeure: « Rien qu'une cuillerée, ah! toutes les deux heures... » Voie Lactée à charpie en surplis: lourds jupons A plis d'ordre dorique à lesquels nous rampons Rien que pour y râler, doux comme la tortue Qui grignote au soleil une vieille laitue. Linges des grandes maladies; champs-clos des draps Fleurant: Soulagez-vous, va, tant que ça ira! Et les cols rabattus des jeunes filles fières, Les bas blancs bien tirés, les chants des lavandières, Le peignoir sur la chair de poule après le bain, Les cornettes des soeurs, les voiles, les béguins, La province et ses armoires, les lingeries Du lycée et du cloître; et les bonnes prairies Blanches des traversins rafraîchissant leurs creux De parfums de famille aux tempes sans aveux, Et la mort! pavoisez les balcons de draps pâles, Les cloches! car voici que des rideaux s'exhale La procession du beau Cygne ambassadeur Qui mène Lohengrin au pays des candeurs! Ce sont les linges, les linges, Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges! Ce sont les langes, les langes, Ou l'on voudrait, ah! redorloter ses méninges. Retour au sommaire NOBLES et TOUCHANTES DIVAGATIONS sous la lune Un chien perdu grelotte en abois à la Lune... Oh! pourquoi ce sanglot quand nul ne l'a battu? Et, nuits! que partout la même Ame! En est-il une Qui n'aboie à l'exil ainsi qu'un chien perdu? Non, non; pas un caillou qui ne rêve un ménage, Pas un soir qui ne pleure: encore un aujourd'hui! Pas un Moi qui n'écume aux barreaux de sa cage Et n'épluche ses jours en filaments d'ennui. Et les bons végétaux! des fossiles qui gisent En pliocènes tufs de squelettes parias, Aux printemps aspergés par les steppes kirghyses, Aux roses des contreforts de l'Himalaya! Et le vent qui beugle, apocalyptique Bête S'abattant sur des toits aux habitants pourris, Qui secoue en vain leur huis-clos, et puis s'arrête, Pleurant sur son coeur à Sept-Glaives d'incompris. Tout vient d'un seul impératif catégorique, Mais qu'il a le bras long, et la matrice loin! L'Amour, l'amour qui rêve, ascétise et fornique; Que n'aimons-nous pour nous dans notre petit coin? Infini, d'où sors-tu? Pourquoi nos sens superbes Sont-ils fous d'au-delà les claviers octroyés, Croient-ils à des miroirs plus heureux que le Verbe, Et se tuent? Infini, montre un peu tes papiers! Motifs décoratifs, et non but de l'Histoire, Non le bonheur pour tous, mais de coquets moyens S'objectivant en nous substratums sans pourboires, Trinité de Molochs, le Vrai, le Beau, le Bien. Nuages à profils de kaïns? vents d'automne Qui, dans l'antiquité des Pans soi-disant gais, Vous lamentiez aux toits des temples heptagones, Voyez, nous rebrodons les mêmes Anankès. Jadis les gants violets des Révérendissimes De la Théologie en conciles cités, Et l'évêque d'Hippone attelant ses victimes Au char du Jaggernaut Oecuménicité; Aujourd'hui, microscope de télescope! Encore, Nous voilà relançant l'Ogive au toujours Lui, Qu'il y tourne casaque, à neuf qu'il s'y redore Pour venir nous bercer un printemps notre ennui. Une place plus fraîche à l'oreiller des fièvres, Un mirage inédit au détour du chemin, Des rampements plus fous vers le bonheur des lèvres, Et des opiums plus longs à rêver. Mais demain? Recommencer encore? Ah! lâchons les écluses, A la fin! Oublions tout! nous faut convoyer Vers ces ciels où, s'aimer et paître étant les Muses, Cuver sera le dieu pénate des foyers! Oh! l'Eden immédiat des braves empirismes! Peigner ses fiers cheveux avec l'arête des Poissons qu'on lui offrit crus dans un paroxysme De dévouement! s'aimer sans serments, ni rabais. Oui, vivre pur d'habitudes et de programmes, Paccageant mes milieux, à travers et à tort, Choyant comme un beau chat ma chère petite âme, N'arriver qu'ivre-mort de Moi-même à la mort! Oui, par delà nos arts, par delà nos époques Et nos hérédités, tes îles de candeur, Inconscience! et elle, au seuil, là, qui se moque De mes regards en arrière, et fait: N'aie pas peur. Que non, je n'ai plus peur; je rechois en enfance; Mon bateau de fleurs est prêt, j'y veux rêver à L'ombre de tes maternelles protubérances, En t'offrant le miroir de mes et coetera... Retour au sommaire JEUX Ah! la Lune, la Lune m'obsède... Croyez- vous qu'il y ait un remède? Morte? Se peut-il pas qu'elle dorme Grise de cosmiques chloroformes? Rosace en tombale efflorescence De la Basilique du Silence. Tu persistes dans ton attitude, Quand je suffoque de solitude! Oui, oui, tu as la gorge bien faite; Mais, si jamais je m'y allaite?... Encore un soir, et mes berquinades S'en iront rire à la débandade, Traitant mon platonisme si digne D'extase de pêcheur à la ligne! Salve, Regina des Lys! reine, Je te veux percer de mes phalènes! Je veux baiser ta patène triste, Plat veuf du chef de saint Jean-Baptiste! Je veux trouver un lied! qui te touche A te faire émigrer vers ma bouche! — Mais, même plus de rimes à Lune... Ah! quelle regrettable lacune! Retour au sommaire LITANTES des derniers quartiers de la lune Eucharistie De l'Arcadie, Qui fais de l'oeil Aux coeurs en deuil, Ciel des idylles Qu'on veut stériles, Fonts baptismaux Des blancs pierrots, Dernier ciboire De notre histoire, Vortex-nombril Du Tout-Nihil, Miroir et Bible Des Impassibles, Hôtel garni De l'infini, Sphinx et Joconde Des défunts mondes, O Chanaan Du bon Néant, Néant, La Mecque Des bibliothèques, Léthé, Lotos, Exaudi nos! Retour au sommaire AVIS, JE VOUS PRIE Hélas! des Lunes, des Limes, Sur un petit air en bonne fortune... Hélas! de choses en choses Sur la criarde corde des virtuoses!... Hélas! agacer d'un lys La violette d'Isis!... Hélas! m'esquinter, sans trêve, encore, Mon encéphale anomaliflore En floraison de chair par guirlandes d'ennuis! . Mort, et puis? Mais! j'ai peur de la vie Comme d'un mariage! Oh! vrai, je n'ai pas l'âge Pour ce beau mariage!... Oh! j'ai été frappé de CETTE VIE À MOI, L'autre dimanche, m'en allant par une plaine! Oh! laissez-moi seulement reprendre haleine, Et vous aurez un livre enfin de bonne foi. En attendant, ayez pitié de ma misère! Que je vous sois à tous un être bienvenu! Et que je sois absous pour mon âme sincère, Gomme le fut Phryné pour son sincère nu. Retour au sommaire