Erik Stohellou

Griffures

A qui la faute, si l'ivresse est faite D'un baiser d'amour et d'un baiser de mort? Francis Vielé-Griffin

Suivre l'allée vers l'autre hier bordure d'ombre sous le soleil anneau de terre levée çà et là l'écho d'une rumeur guerrière un parfum d'hydromel et de sang

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Entremêlée d'or et de larmes la brume git au cœur du val où le saule suggère un autre retourne le sentier où tu trébuches pas de secours à venir sinon le chien qui se réalise ici, là, au bon vouloir d'un songe une eau sanguine s'alanguit où la vie se retire renonce

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Fugitif par l'allée entrevu un éclair ou reflet cassure dans l'équilibre Vers quelle île jamais déçue ces oiseaux rament-ils l'air ? Les bois ne parlent plus - Qui connaîtrait les signes ? - où la pierre est inerte les mots se creusent et s'évident ignorants du silence

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J'avais mis des fleurs sur la table un brin de soleil par la fenêtre un peu de rires dans la cuisine un soupçon de chaleur par le salon un rien de tendresse parlant pour moi mais dans la nuit venue tu n'as rien vu l'aurore soumise et la blonde infortune ont balayé la veille sans émoi et sur la table les fleurs avaient fané

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De l'autre côté de mon ancre un rêve se meurt et se défait Retour au sommaire

Sur la branche un dernier fruit sous la lune - au pays des Lotophages

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Parfaire un soleil et le mettre en exergue sur la toile déliée suspendue à l'averse

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C'était un risque à prendre sur une aile brisée un long vol à tenir pas de halte possible au milieu des étoiles nuit de sang silence de granit un vent stellaire nous pousse qui sait vers quel Inca - Oh tristes conquistadors vos rêves ont failli l'Eldorado se meurt - un horizon blafard de poussières et de lave nous attend souverain sûr de nous retrouver tandis qu'à l'agonie de notre dignité nous vagissons des mots autrefois oubliés

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Cendres affligées sur la pierre d'un foyer d'un feu dansant dérisoire signature nulle âme ici pour mimer la mémoire des jongleries de flammes en rouges et jaunes jubilations dévoreuses dévorées à la nuit renvoyées un souffle d'air efface toute trace une escarbille à l’œil simule une larme

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Sombre rumeur par la porte béante la laideur d'un visage

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Un autre ciel viendra pâlir sur notre seuil une autre nuit viendra bleuir sur nos désirs un soleil plus neuf éveillera feuille à feuille des gemmes et des cris en l'arbre de nos rires

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Ma Mort se tend se cabre et s'ébroue rongeant la longe qui la lie pressée d'entamer le galop victorieux qui mène aux îles à l'autre bord du monde où nulle douleur sourde ne palpite

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Dans l'échancrure de l'aube le revirement d'une aile - froissement de l'air contre le peuplier - miroite et fuse d'argent poli

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J'avais tendu la main contre la pluie du temps Qui pourrait dire le sang perdu à la marge du jour Les entrelacs des rêves sur la berge du ciel La pluie a pris la main elle en a lu les lignes Recreusant ça et là des sentes oubliées Reprisant le tissu d'une vie déchirée Aux ronces quotidiennes des travaux et des jours Qui saurait dire les pas à la lisière des heures Le long cri de lumière au rebord de la vie La pluie a pris la main elle en a bu les signes Ne laissant après elle qu'une empreinte insensible

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Même si tu t'éloignes de moi Vers d'autres rives Vers d'autres pas Même si des nuits de géhenne Dissolvent mon âme A la tiédeur de ton haleine Même si l'aragne des cauchemars Tisse ses fils en mon cerveau Poison diffus qui me déchire Même si la jalousie disperse Mon esprit à des vents polaires Même si mon cœur se noie dans les rébus Et se retourne sans cesse Même si je ne sais plus le lire Et que les mots se défient Même si... Même si... Je t'aime à pierre fondre...

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Attendre encore ou déduire le rivage d'un autre lieu peut-être ou d'une autre lumière et saisir avec vous la saveur d'un orage qui nous redit déjà la trace des hivers on refusait l'azur aux jeux de nos vingt ans on dévidait les murs sur des ponts négligés mais la pluie qui nous liait nous enchaînait au vent embrouillant nos mémoires comme un livre défait

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Reconnue l'impatience des pierres un cercle délié autour le mutisme du temps se défait s'abrège fissure de soleil

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En regard de la lettre un sursis d'innocence

Retour au sommaire In Memoriam Anna

Dors Belle enfant les joncs gémissent ta joie de vivre Dors Belle enfant l'ajonc égrène l'éclat de ton rire Dors Belle enfant l'éparse bruyère se fane ce soir Dors Belle enfant le renard geint au creux du buisson Dors Belle enfant ce mois plus noir se vêt de cendres Dors Belle enfant Vers une île au nord du monde ton pas se hâte déjà par-delà les frondaisons brunes et vertes des vagues Belle enfant... Dors

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Si j'ose Je dirai la fuite de l'eau sur le mitan du corps La perle aboutie au regard levé La mince échancrure dans la frondaison du rire Le pli de la lèvre sur la question muette Si j'ose Je dirai l'épars de la vie aux matins sombres La brise légère sur le lit de feuilles La pudeur de la lune entre les nuages L'éclat d'une étoile dans la nuit froide

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Un jour d'orage pendu aux branches un remuement d'ailes au cœur de la nuit un pas qui peine à prendre la sente d'où vient que l'air se tisse d'effroi un œil ouvert au creux de l'arbre un défi grince dans les ramures sombres

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Je prendrai la route d’Avalon Tranchant sera l'air sur l'arête des roches nues Les vagues enroulées sur l'écume laveront la Terre de ses scories Un corbeau signera le ciel des ses ailes nocturnes Je prendrai la route d’Avalon La route allongera ses pas à l'ombre des falaises Un If, un Frêne, un Coudrier, qu'importe l'arbre si la source murmure où le loup se repose en attendant la lune Je prendrai la route d’Avalon Quand l'étoile scintille au cœur de la couronne

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Scinder la vue entre ailleurs et néant Démettre la raison qui ignore le sens Entreprendre le voyage vers nulle part en fonction de la saison Générer l'espace vide et silencieux Rebrousser chemin et tendre vers le fini, l'ultime Décroître le volume, abstraire le carré du néant qui s'oblige

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Que dirai-je aux genêts La pie est lasse et le merle se tait La lune éteint son or où le ciel s'est voilé On a fermé la fenêtre Hier encore un rire l’entrebâillait Des éclats de tendresse scintillaient à la vitre Un pas s'oublie dans l'escalier Des mains ont laissé perdre le fil qui se dévide

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Sortir Ouvrir le ciel à tous les orages Crever l'abcès du temps Déverser les saisons sur les cœurs immobiles Délier les sourires sur les visages clos Courir Rédimer la souffrance des lieux fugitifs Détramer le tissu des récits oubliés Ourler les yeux d'un mauve salutaire Reprendre une à une les heures distordues

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Terre, dit la pierre Terre, dit l'arbre Ciel, répond l'oiseau et dans un trille se moque et s’envole

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D'ombrelles ou d'herbes folles les songes des filles insoucieuses allument aux regards des garçons des lambeaux de voie lactée plumes de satin phosphorescentes qui avivent les fièvres fuligineuses

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Évide la vie à l'envie et va de vague en vague versant l'averse au versant des vignes vierges et velours avide et violence vitale venue d'un vertige vrai

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D'une nuit sourde un clair reflet se tremble remisant la mémoire à l'envers du décor encontre les feuillages et la brise les pépiements d'oiseaux que n'apeure nulle main ouvrière ni le cri d'un enfant

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Ouvre les yeux la nuit est là de cendre et de fer de poix et de sang ouvre les yeux ouvre la main pour accueillir pour recueillir la nuit tombée ouvre les yeux qu'irais-tu faire dormir encore oublier la vie la nuit est là si froide si nue la nuit est là sans nul mystère ouvre les yeux les arbres tremblent où les chiens pleurent qu'irais-tu rire oublier encore dormir ta vie ouvre la main la nuit est là de givre et de terre qu'irais-tu dire défaire les nœuds dresser des pierres ouvre les yeux la nuit est là fuligineuse et minérale qu'irais-tu taire te perdre un peu t'égarer déjà ouvre les yeux la nuit est là ouvre la main le lilas frémit à perdre haleine

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