Dominique Hardy

L'Exigu


Seul dans ma bouche Aucun son pour être Langue de chair pour Taire le : ce que je ne sais pas Retour au sommaire Sur la Plage Tu te penches sur ma bouche qui pue Une forêt au bord de ta paupière Me cache la mer " L'eau est ronde comme moi " Le sable m'étreint Retour au sommaire Tu mouilles ton pied clos au battant du lit Tes seins auraient des arêtes dures dans mes mains Ton sable m'étreint Retour au sommaire Tu jettes la tendresse Serpillière sur le sable Un morfil d'amertume Coupe tes lèvres Tu souris Retour au sommaire Le sable se traîne lentement à ton rivage Le roc affleure l'oeil se gerce A l'horizon crevé le ciel s'encage Le ciel ouvre une route d'éclis Retour au sommaire Dans l'âcre d'absence Il fait chaud de plâtre gâché Les yeux durcissent de marne rousse Les membres s'obscurcissent Il se fore un creux sec En bas du ventre Un pou énorme ronge Retour au sommaire Dans la caverne de la bouche La langue attend la salive Etrangère - L'ocre du sourire Déserté diffère quelle brillance ? Retour au sommaire La houle du corps quitte enfin le silence La falaise rauque de la bouche craque l'âcre N'ai-je pas quitté ce corps que j'ai nourri de plaies Et mon coeur, où l'amour se glisse, Ne crève-t-il pas d'un pieu tout le féminin ? Retour au sommaire Je suis la Douleur L'Angoisse est la matrice Elle a posé sa pelisse noire sur mes épaules Elle revêt mon être d'un habit pourpre Et plie l'espace au-dessus de moi Retour au sommaire Le jour s'éteint autour de moi Je m'avance dans la nuit Là où la parole ne sera plus Je me tiens dans ma nuit, dans la nuit pleine Seul Retour au sommaire La Mort fraye son chemin dans mes veines Où circule goutte à goutte la vie qui m'abandonne Je laisse la vie, la simple vie, la belle vie Retour au sommaire J'ai puisé au fond de moi Une arme pour m'envahir de l'intérieur Je connais la lente agonie de la mort Pour l'avoir conduite à travers moi Retour au sommaire

Le Lycanthrope

Il passa l'autre coté du territoire de l'arbre où il s'était terré depuis longtemps. La forêt lui avait été un maquis ; il se sentait lié à la piste qui l'avait mené à une cabane près du ruisseau. Il se songea bois de barque. Une eau boueuse filtra à travers lui. Il ne savait pas la rivière. Il avait voulu être arbre de la lisière de l'eau et bois de poutre de sa demeure et il avait été bouleau frêle, solive fine. Il avait voulu être arbre. Arbre de la lisière de l'eau. Mais les bêtes lui avaient laissé le domaine du bois dur et mort. Appliqué à faire d'une faim d'hiver un printemps de sexes loups, il vécut un été salaud et à l'automne il perdit des feuilles qu'il s'était patiemment acharné à rassembler pour se grandir durant l'été qui n'était pas venu de bois tendre. De bois tendre. Jadis, souche pourrie dans le bas d'un champ, son tronc s'était craqué de tant de fagots qu'il avait parcouru toute la forêt des arbres penchés avec son coeur : il avait un corps de loup saoûl, criard. Au bord de la forêt, il voulut s'échapper de son écorce, de cet arbre silencieux car il se perdait en eux tous. Il n'était ni arbre, ni loup. Là, à l'orée de ce territoire ancien qu'il ne savait plus nommer. Il passa l'autre coté du domaine de l'arbre. D'un bond. Retour au sommaire La houle du corps a quitté le silence La falaise rauque de la bouche craque l'âcre " N'ai-je pas jeté ce corps que j'ai nourri de plaies et mon coeur, mon coeur, où l'amour se glisse crève d'un pieu tout le féminin -- Je suis Eperon noir aux yeux d'argent, à la cape de jade, ombre de l'ombre sur ma chevelure, ceignant mon corps d'un ruban blanc. " La marée verte frappe la roche La roche impassible s'ennuie dans cette case La mer est vieille des hommes la nommant Elle s'ennuie Retour au sommaire