Max Elskamp

Six chansons de pauvre homme pour célébrer la semaine de Flandre


Un pauvre homme est entré chez moi Pour des chansons qu’il venait vendre, Comme Pâques chantait en Flandre Et mille oiseaux doux à entendre, Un pauvre homme a chanté chez moi, Si humblement que c’était moi Pour les refrains et les paroles À tous et toutes bénévoles, Si humblement que c’était moi Selon mon cœur comme ma foi. Or, pour ces chansons, les voici, Comme mon âme, la voilà, Sainte Cécile, entre vos bras ; Or, ces chansons bien les voici, Comme voilà bien mon pays Où les cloches chantent aussi Entre les arbres qui s’embrassent Devant les gens heureux qui passent, Où les cloches chantent aussi Des Dimanches aux Samedis ; Et c’est pour toute une semaine Qu’ici mon cœur, sur tous les tons, Chante les joies de la saison, Et c’est dans toute une semaine Où chaque jour a sa chanson. Retour au sommaire Celle du lundi Et prime en joies, et tout béni, Gens de chez moi, voici Lundi : Messes sonnant, cloches en tête, Avec leurs voix qui disent fête, Et le soleil après, et puis Ceux des outils tout beaux d’habits. Mais lors, chôment les établis, Et suivant la mode d’ici, Avec les vœux qu’on se souhaite, Les apprentis chantez la quête ; Puis préparez, comme aux dimanches, Pour tous les saints leurs robes blanches, Car dès aube, tout en sueur, Voici saint Arnold des brasseurs Cherchant saint Jude avec ses hommes, Pour s’aller jouer à la paume. Or place alors, sur le marché, Maraîchères et maraîchers, Car aujourd’hui ceux de saint Blaise Pour le palet veulent leurs aises, Tandis qu’ayant perdu leur roi, S’en vont, les bras longs, ceux d’Éloi Montrer à tous, faute de gloire, Comment forgerons savent boire Et garder pour eux le bon droit Aussi bien au jacquet qu’à l’oie. Mais lors c’est votre heure, aubergistes, Et que saint Riquier vous assite, Et soif aidant lundi de mai, S’accomplissent tous vos souhaits ; Puis mendiants que Job patronne, Salut ! et plaies pansées d’aumônes, Quant à nous, ceux de Sébastien, Nous partons au joyeux jardin Tirer, puisqu’aujourd’hui c’est fête, Le papegai à l’arbalète, Laissant bouder à mauvais vin Ceux de Crépin seuls en leur coin. Retour au sommaire Celle du mardi Et mardi, ce sont les batistes Et les linges dans tous les coins Des maisons comme des jardins, Et mardi, voici les batistes, Et les vieilles gens égoïstes, Faisant taire à chaque refrain Les servantes, le cœur au loin, Dans les chansons qui les assistent. Mais paix et joies aux rouges mains, C’est mardi blanc comme les anges, Et dans les toiles et les langes Lors paix et joies aux rouges mains, Puis gloire à vous, sainte Blandine Descendue chez les serviteurs, Puis gloire à vous, sainte Blandine En aide douce à leur labeur, C’est mardi, c’est votre conquête, Aux fenêtres, blancs les rideaux, Comme aussi les armoires nettes Et fleurant bon les draps nouveaux. Retour au sommaire Celle du mercredi Puis tout en blanc Et tout en rose, C’est le grand jour des jardiniers, Mercredi ainsi qu’un bouquet Chantant-fleurant Lilas et rose, Et les marchés Pleins de pensées, Et les carillons exaucés En leurs vœux de voix et clarté, Fleurs enbaumant, Cloches sonnées. Or Flandre alors, C’est en décors D’arbres au loin en draperies, Jardinier, vos imageries, Et Flandre, alors, Chère à saint Maur, Puis par vos soins Mercredi oint D’un paradis tout en prairies, Et pour la douceur de la vie Alors sans fin, Flandre aux jardins. Retour au sommaire Celle du jeudi Et lors, Jeudi, rendez heureux Les cordiers et les amoureux, Les uns seuls et les autres deux, Mais tous experts en lacs et nœuds ; Et pour les cordiers, faites tendre Sous les cardes virer le chanvre, Et pour les amoureux, sans nombre Baisers donnés, baisers à rendre. Puis, soit de lin ou soit de chanvre, Jeudi, sacrez tous les liens Pour le repos et pour le bien De notre amour quotidien ; Et Pierre, alors, des Fois jurées, Aux mains doigts à doigts enlacées À toujours ainsi qu’à jamais, Prêchez et puis sanctifiez : Des cordiers le vœu de veuvage, Et Jeudi, des sots et des sages, Les uns seuls et les autres deux, Mais tous experts en lacs et en nœuds. Retour au sommaire Celle du vendredi Or, Vendredi, c’est vous alors, Vendredi cher à ceux du Nord En mémoire de Jésus mort, Et puis les barques et les voiles Rentrant de mer à pleine toile, Chacune selon son étoile Pauvre ou riche, mais de retour Avec les guidons à l’entour Des mâts qui fêtent leur grand jour. Car Vendredi, c’est saint Christophe Patron de l’amure et du lof Et des drapeaux de rouge étoffe, Et mer en fête, et terre en joie, Et le poisson, comme au pavois, Porté dans la clameur des voix, Puis toutes les mains étonnées Des mannes trop multipliées Pour n’être point miraculées. Mais lors c’est fête, pauvres gens, Et dansez en rond les enfants Au soir venu avec le vent, Et vendredi, ardent les souches ! Car sonne enfin l’heure des bouches, Avec le soleil qui se couche. Retour au sommaire Celle du samedi Et Samedi soir, Samedi soir, Avec votre bel habit noir, Et les lampes que l’on allume, Et les toits des maisons qui fument ; Et Samedi soir, Samedi soir, Maintenant c’est vous tout en noir, Et puis les pies, Et puis la lune, Et sur leurs portes les vieillards, Et les enfants qui chantent tard Près des bêtes à l’abreuvoir, Et puis les pies, Et puis la lune, Et les maçons qui s’en vont boire. Or, à sa fin C’est la semaine, Et pour les pauvres doigts de peine Aux écheveaux la fin des laines, Et tout en place en les armoires ; Or, c’est la fin De la semaine Où chaque jour fut à la peine, Et samedi soir, Samedi soir, Avec votre bel habit noir, Maintenant de nuit douce et pleine Faites à tous un reposoir ; Samedi soir, Samedi soir, Tout le monde a fait son devoir. Retour au sommaire À présent c’est encor Dimanche, Et le soleil, et le matin, Et les oiseaux dans les jardins, À présent c’est encor Dimanche, Et les enfants en robes blanches, Et les villes dans les lointains, Et, sous les arbres des chemins, Flandre et la mer entre les branches. Or, c’est le jour de tous les anges ; Michel avec ses hirondelles Et Gabriel tout à ses ailes, Or, c’est le jour de tous les anges ; Puis, sur terre, les gens heureux, Les gens de mon pays, tous ceux Allés par un, allés par deux, Rire à la vie aux lointains bleus ; À présent c’est encor Dimanche, — Meuniers dormants à leurs moulins, — À présent c’est encor Dimanche, Et ma chanson, lors, à sa fin. Retour au sommaire