Table Songe en complainte La requeste COMPLAINTES I France, jadis on te souloit nommer... II Amour, ne vous vueille desplaire... III Ma seule Dame et ma maîtresse... IV L'autrier en ung lieu me trouvay... Lectre en complainte faisant responce au dit Fredet CHANSONS I Ce May qu'amours pas ne sommeille... II Tiengne soy d'amer qui pourra... III Quelque chose que je die... IV N'est elle de tous biens garnie... V Quant j'ay nompareille maistresse... VI Dieu, qu'il l'a fait bon regarder... VII Par Dieu, mon plaisant bien joyeux... VIII Que me conseilliez vous, mon cueur... IX Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx... X Qui la regarde de mes yeulx... XI Ce mois de May, nompareille Princesse... XII Commandez vostre bon vouloir... XIII Belle, se c'est vostre plaisir... XIV Rafreschissez le chastel de mon cueur... XV Se ma doleur vous savies... XVI Ma seule, plaisant, doulce joye... XVII Je ne vueil plus riens que la mort... XVIII Belle que je cheris et crains... XIX Ma Dame, tant qu'il vous plaira... XX De la regarder vous gardez... XXI Puisque je ne puis eschapper... XXII C'est fait, il n'en fault plus parler... XXIII Puisqu'Amour veult que banny soye... XXIV Pour le don que m'avez donné... XXV Se j'eusse ma part de tous biens... XXVI Pour les grans biens de vostre renommée... XXVII En songe, souhaid et pensée... XXVIII De leal cueur, content de joye... XXIX Se mon propos vient à contraire... XXX Par le pourchas du regart de mes yeulx... XXXI Pour vous monstrer que point ne vous oublie... XXXII Loingtain de joyeuse sente... XXXIII Dedens mon sein, pres de mon cueur... XXXIV De vostre beaulté regarder... XXXV Prenez tost ce baisier, mon cueur... XXXVI Comment vous puis je tant amer... XXXVII Je ne prise point telz baisiers... XXXVIII Ma seule amour, ma joye et ma maistresse... XXXIX Se desplaire ne vous doubtoye... XL Malade de mal ennuieux... XLI S'il vous plaist vendre voz baisiers... XLII Ma seule amour, que tant desire... XLIII Logiez moy entre voz bras... XLIV Se Dangier me tolt le parler... XLV Va tost, mon amoureux desir... XLVI Je me metz en vostre mercy... XLVII Trop estes vers moy endebtée... XLVIII Vostre bouche dit: Baisiez moy... XLIX Je ne les prise pas deux blancs... L Au besoing congnoist on l'amy... LI Fuyez le trait de doulx regard... LII Mon seul amy, mon bien, ma joye... LIII Fault il aveugle devenir... LIV Regardez moy sa contenance... LV Reprenez ce larron souspir... LVI Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx... LVII Dont vient ce souleil de plaisance... LVIII Laissez moy penser à mon aise... LIX Levez ces cuevrechiefz plus hault... LX Entre les amoureux fourrez... LXI Dieu vous conduie, Doulx penser... LXII Les fourriers d'Amours m'ont logé... LXIII Que c'est estrange compaignie... LXIV Beaulté, gardez vous de mes yeulx... LXV Bien viengne doulx regart qui rit... LXVI En la promesse d'Esperance... LXVII Mon cueur, il me fault estre mestre... LXVIII Mes yeulx trop sont bien reclamez... LXIX Retraiez vous, regart mal avisé... LXX Regart, vous prenez trop de paine... LXXI Le voulez vous... LXXII Crevez moy les yeulx... LXXIII Quant je la regarde... LXXIV Jeunes amoureux nouveaulx... LXXV Gardez le trait de la fenestre... LXXVI En gibessant toute l'apres disnée... LXXVII Que faut il plus à ung cueur amoureux... LXXVIII Des maleureux porte le pris... LXXIX En amer n'a que martire... LXXX Me fauldrez vous à mon besoing... LXXXI Cueur endormy en pensée... LXXXII Il vit en bonne esperance... LXXXIII Mon cueur plus ne volera... LXXXIV Chascun dit qu'estes bonne et belle... LXXXV Encore lui fait il grant bien... LXXXVI Avugle et assourdy... LXXXVII Satis, satis, plus quam salis... LXXXVIII Non temptabis, tien te coy... CAROLES I Las! Merencolie... II Avancez vous, Esperance... III M'avez vous point mis en oubly... IV Laudes Deo sint, atque gloria...



Charles d'Orléans

Ballades


SONGE EN COMPLAINTE. Apres le jour qui est fait pour traveil, Ensuit la nuit pour repos ordonnée; Pour ce, m'avint que chargié de sommeil Je me trouvav moult fort une vesprée. Pour la peine que j'avoye portée Le jour devant, si fis mon appareil De me couchier, sitost que le souleil Je vy retrait, et sa clarté mussée. Quant couchié fu, de legier m'endormy; Et en dormant, ainsi que je songoye, Advis me fu que, devant moy, je vy Ung vieil homme que point ne congnoissoye; Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye, Ce me sembla; si me trouvay marry Que j'avoye son nom mis en oubly, Et, pour honte, parler à lui n'osoye. Ung peu se teut, et puis m'araisonna, Disant: Amy, n'avez vous de moy cure? Je suis Aage qui lectres apporta A Enfance, de par Dame Nature, Quant lui chargeay que plus la nourriture N'auroit de vous, alors vous delivra A Jeunesse, qui gouverné vous a Moult longuement, sans raison et mesure. Or est ainsi, que Raison qui sur tous Doit gouverner, a fait tres grant complainte A Nature, de Jeunesse et de vous, Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte, Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; Car Vieillesse, la mere de courrous, Qui tout abat et amaine au dessoubz, Vous donnera dedens brief une atainte. Au derrenier, ne la povez fuir; Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse, A vostre honneur de folie partir, Vous esloingnant de l'amoureuse adresse; Car, en discort, sont Amours et Vieillesse, Nul ne les peut à leur gré bien servir; Amour vous doit pour excuse tenir, Puisque la Mort a prins vostre maistresse. Et tout ainsi, qu'assez est avenant A jeunes gens, en l'amoureuse voye De temps passer, c'est aussi mal seant, Quant en amours ung vieil homme folloye; Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye! Ce foul vieillart veult devenir enfant; Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant, Mocquerie par tous lieux le convoye. A vostre honneur povez Amours laisser En jeune temps, comme par nonchalance; Lors ne pourra nul de vous raconter, Que l'ayez fait par faulte de puissance; Et dira l'en que c'est par desplaisance Que ne voulez en autre lieu amer, Puisqu'est morte vostre Dame sans per, Dont loyaument gardez la souvenance, Au Dieu d'amours, requerez humblement Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige Que lui feistes, par son commandement, Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige; Merciez le des biens qu'en son servaige Avez receuz, lors gracieusement Departirez de son gouvernement, A grant honneur comme loyal et saige. Puis requerez à tous les amoureux Que chascun d'eulx tout ouvertement die, Se vous avez riens failly envers eulx, Tant que suivy avez leur compaignie, Et que par eulx soit la faulte punie; Leur requerant pardon de cueur piteux, Car de servir estiez desireux Amours, et tous ceulx de sa seigneurie. Ainsi pourrez departir du povoir Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune; C'est mon conseil, faictes vostre vouloir, Mais gardez vous que ne croiez Fortune Qui de flater est à chascun commune; Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir. Je ne congnois plus faulse soubz la lune. Je scay trop bien, s'escouter la voulez, Et son conseil plus que le mien eslire, Elle dira que, s'amours delaissiez, Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire; Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire, Et tout plaisir à nonchaloir mectrez; Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez, Qui pis vauldra que l'amoureux martire. Et puis apres, pour vous donner confort, Vous promectra que recevrez amande De tous les maulx qu'avez souffers à tort, Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende; Mais il n'est nul qui à elle s'atende, Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort, Deceu d'elle, à vous je m'en raport; Si pry à Dieu que d'elle vous deffende. En tressaillant, sur ce point m'esveillay, Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille, Disant: Helas! oncques mais ne songay Chose dont tant mon povre cueur se dueille; Car, s'il est vray que Nature me vueille Abandonner, je ne scay que feray; A Vieillesse tenir pié ne pourray, Mais convendra que tout ennuy m'acueille. Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu En mon dormant, lequel Aage s'appelle, Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu Que Vieillesse veult emprandre querelle Encontre moy, ce m'est dure nouvelle; Et ja soit ce qu'à present suy pourveu De jeunesse, sans me trouver recreu, Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle. A celle fin que quant vendra vers moy, Je ne soye despourveu comme nice; C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy; Et trouveray Vieillesse plus propice, Quant cognoistra qu'ay laissé tout office Pour la servir; alors, en bonne foy Recommandé m'aurra, comme je croy, Et moins soussy auray en son service. Si suis content, sans changier desormais, Et pour tousjours entierement propose De renoncer à tous amoureux fais; Car il est temps que mon cueur se repose; Mes yeulx cligniez et mon oreille close Tendray, afin que n'y entre jamais, Par Plaisance, les amoureux atrais; Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose. Qui bien se veult garder d'amoureux tours, Quant en repos sent que son cueur sommeille, Garde ses yeulx emprisonnez tousjours; S'ils eschapent, ils crient en l'oreille Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille; Et ne cessent de lui parler d'Amours, Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours, Où ilz ont veu plaisance nompareille. Je scay par cueur ce mestier bien à plain, Et m'a longtemps esté si agreable Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain, Fors en amours, ne riens si honnorable; Je trouvoye, par maint conte notable, Comment Amour, par son povoir haultain. A avancié comme Roy souverain, Ses serviteurs en estat prouffitable. Mais en ce temps, ne congnoissoye pas La grant douleur qu'il convient que soustiengne Ung povre cueur, pris es amoureuxlas; Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne, J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne; Or en suis hors, mon cueur en est tout las, Il ne veult plus d'Amours passer le pas, Pour bien ou mal que jamais lui adviengne. Pour ce tantost, sans plus prendre respit, Escrire vueil, en forme de requeste, Tout mon estat, comme devant est dit; Et quant j'auray fait ma cedule preste, Porter la vueil à la premiere feste Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit, En poursuivant l'amoureuse conqueste. Ainsi d'Amours, devant tous les amans, Prendray congié en honneste maniere, En estouppant la bouche aux mesdisans Qui ont langue pour mesdire legiere; Et requerray, par tres humble priere, Qu'il me quicte de tous les convenans Que je lui fis, quant l'ung de ses servans Devins pieca de voulenté entiere. Et reprendray hors de ses mains mon cueur, Que j'engagay par obligacion, Pour plus seurté d'estre son serviteur, Sans faintise, ou excusacion; Et puis, apres recommandacion, Je delairay, à mon tres grant honneur, A jeunes gens qui sont en leur verdeur; Tous fais d'Amours par resignacion. Retour au sommaire
LA REQUESTE Aux excellens, et puissans en noblesse, Dieu Cupido et Venus La Deesse. Supplie presentement, Humblement, CHARLES LE DUC D'ORLÉANS Qui a esté longuement, Ligement L'un de voz obeissans, Et entre les vraiz amans, Voz servans, A despendu largement Le temps de ses jeunes ans Tres plaisans, A vous servir loyaument. Qu'il vous plaise regarder, Et passer Ceste requeste presente, Sans la vouloir refuser; Mais penser Que d'umble vueil la presente A vous, par loyalle entente, En actente De vostre grace trouver, Car sa fortune dolente Le tourmente, Et le contraint de parler. Comme ainsi soit que la Mort, A grant tort, En droicte fleur de jeunesse Lui ait osté son deport, Son ressort, Sa seule Dame et liesse, Dont a fait veu et promesse, Par destresse, Desespoir et desconfort, Que jamais n'aura Princesse, Ne maistresse, Car son cueur en est d'accord. Et pour ce que, ja pieca, Vous jura De vous loyaument servir, Et en gaige vous laissa, Et donna Son cueur, par loyal desir; Il vient pour vous requerir Que tenir Le vueilliez, tant qu'il vivra, Excusé; car sans faillir. Pour mourir, Plus amoureux ne sera. Et lui vueilliez doulcement, Franchement, Rebaillier son povre cueur, En lui quictant son serement, Tellement Qu'il se parte, à son honneur, De vous, car bon serviteur, Sans couleur, Vous a esté vrayement; Monstrez lui quelque faveur, En doulceur, Au moins à son partement. A Bonnefoy que tenez, Et nommez Vostre principal notaire, Estroictement ordonnez, Et mandez, Sur peine de vous desplaire, Qu'il vueille, sans delay traire, Lectre faire, En laquelle affermerez Que congié de soy retraire, Sans forfaire, Audit cueur donné avez. Afin que le suppliant, Cy devant Nommé, la puisse garder, Pour sa descharge et garant, En monstrant Que nul ne le doit blasmer, S'Amours a voulu laisser; Car d'amer N'eut oncques puis son talant Que Mort lui voulut oster La nomper Qui fust ou monde vivant. Et s'il vous plaist faire ainsi Que je dy, Ledit suppliant sera Allegié de son soussy; Et ennuy D'avec son cueur bannira; Et apres, tant que vivra, Priera Pour vous, sans mectre en oubly La grace qu'il recevra, Et aura, Par vostre bonne mercy. Retour au sommaire
COMPLAINTES I France, jadis on te souloit nommer, En tous pays, le tresor de noblesse, Car ung chascun povoit en toy trouver Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse, Clergie, sens, courtoisie, proesse; Tous estrangiers amoient te suir, Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance, Qu'il te convient maint grief mal soustenir, Tres crestien, franc royaume de France. Seez tu dont vient ton mal, à vray parler? Congnois tu point pourquoy es en tristesse? Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter, Escoutes moy, et tu feras sagesse. Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse, Convoitise, sans justice tenir, Et luxure, dont as eu habondance, Ont pourchacié vers Dieu de te punir, Tres crestien, franc royaume de France. Ne te vueilles pourtant desesperer, Car Dieu est plain de mercy, à largesse; Va t'en vers lui sa grace demander, Car il t'a fait, de ja pieca, promesse; Mais que faces ton advocat Humblesse, Que tres joyeux sera de toy guerir; Entierement metz en lui ta fiance, Pour toy et tous, voulu en croix mourir, Tres crestien, franc royaume de France. Souviengne toy comment voult ordonner Que criasses Montjoye, par liesse, Et, qu'en escu d'azur, deusses porter Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse Fermer en toy, t'envoya sa haultesse, L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir Tes ennemis; ne metz en oubliance Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir, Très crestien, franc royaume de France. En oultre plus, te voulu envoyer Par un coulomb qui est plain de simplesse, La unction dont dois tes Roys sacrer, Afin qu'en eulx dignité plus en cresse; Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse De reliques et corps sains, departir; Tout le monde en a la congnoissance, Soyes certain qu'il ne te veult faillir, Tres crestien, franc royaume de France. Court de Romme si te fait appeller Son bras dextre, car souvent de destresse L'as mise hors, et pour ce approuver, Les Papes font te seoir, seul, sans presse, A leur dextre, se droit jamais ne cesse; Et pour ce, dois fort pleurer et gemir, Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance En tous estas, lequel deusses cherir, Tres crestien, franc royaume de France. Quelz champions souloit en toy trouver Crestienté! Ja ne fault que l'expresse; Charlemaine, Rolant et Olivier, En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse, Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse Des Sarrasins souvent aneantir, En son vivant, par travail et vaillance; Les croniques le monstrent, sans mentir, Tres crestien, franc royaume de France. Pour ce, France, vueilles toy adviser, Et tost reprens de bien vivre l'adresse; Tous tes meffaiz metz paine d'amander, Faisant chanter et dire mainte messe Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse De dure mort souffert, pour te servir; Leurs loyaultez ayes en souvenance, Riens espargnié n'ont pour toy garantir, Tres crestien, franc royaume de France. Dieu a les braz ouvers pour t'acoler, Prest d'oublier ta vie pecheresse; Requier pardon, bien te vendra aidier Nostre Dame, la tres puissant princesse, Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse; Les sains aussi te vendront secourir, Desquelz les corps font en toy demourance. Ne vueilles plus en ton pechié dormir, Tres crestien, franc royaume de France. Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse, Devant chacun les vueil bien advouer, Car prisonnier les fis, je le confesse; Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse, Le temps de paix partout puist avenir, Comme de cueur j'en ay la desirance, Et que voye tous tes maulx brief finir, Tres crestien, franc royaume de France. Retour au sommaire
II Amour, ne vous vueille desplaire. Se trop souvent à vous me plains, Je ne puis mon cueur faire taire, Pour la doleur dont il est plains; Helas! vueillez penser au meins Aux services qu'il vous a fais, Je vous en pry à jointes mains, Car il en est temps, ou jamais. Monstrez qu'en avez souvenance, En lui donnant aucun secours, Faisant semblant qu'avez plaisance Plus à son bien, qu'à ses doulours; Ou me dictes, pour Dieu, Amours, Se le lairrez en cest estat, Car d'ainsi demourer tousjours, Cuidez vous que ce soit esbat? Nennil, car Dangier qui desire De le mectre du tout à mort, L'a mis, pour plustost le destruire, En la prison de Desconfort; Ne jamais ne sera d'accort Qu'il en parte par son vouloir, Combien que trop, et à grant tort, Longtemps lui a fait mal avoir. Et pour la tres mauvaise vie Que lui fait souffrir ce villain, Il est encheu en maladie, Car de tout ce qui lui est sain, A le rebours, j'en suy certain; En ceste dolente prison, Ne scay s'il passera demain, Qu'il ne meure sans guerison. Car il n'a que poires d'angoisse Au matin, pour se desjeuner, Qui tant le refroisdist et froisse, Qu'il ne peut santé recouvrer; D'eaue ne lui fault point donner, Il en a de larmes assez; Tant a de mal, à vray parler. Que cent en seroient lassez. Et n'a que le lit de pensée Pour soy reposer et gesir; Mais plaisance s'en est alée, Qui plus ne le povoit souffrir, A paine l'a peu retenir, S'espoir ne feust jusques à cy; N'a il donc raison, sans mentir? S'il fait requeste de mercy. Il porte le noir de tristesse, Pour reconfort qu'il a perdu, N'oncques hors des fers de destresse N'est party, pour mal qu'il ait eu; Touteffoiz vous avez bien sceu Qu'à vous s'estoit du tout donné, Quelque doleur qu'il ait receu, Et vous l'avez abandonné! Par m'ame, c'est donner courage A chascun de voz serviteurs De vous laisser, s'il estoit sage, Et querir son party ailleurs; Car tant qu'aurez telz gouverneurs, Comme Dangier, le desloyal, Vous n'aurez que plains et clameurs, Car il ne fist oncques que mal, A mon cueur le conseilleroye Qu'il vous laissast; mais, par ma foy, Ja consentir ne lui feroye, Car tant de son vueil j'aperçoy, Quelque doleur qu'il ait en soy, Qu'il est vostre par devant tous; Et, par mon serement, je le croy, Qu'autre maistre n'aura que vous. Or regardez, n'est ce merveille? Qu'il vous aime si loyaument, Quant toute doleur nompareille A receu, sans allegement, Et si le porte lyement, Pensant que une foiz mieulx sera; A vous s'en actent seulement, Ne ja aultrement ne fera. Si m'a chargié que vous requiere, Comme pieca vous a requis, Que vueilliez oir sa priere: C'est qu'il soit hors de prison mis, Et Dangier et les siens bannis, Qui jamais ne vouldront son bien; Ou au moins qu'aye saufconduis Qu'ilz ne lui meffacent de rien. Afin qu'il puist oir nouvelle De celle dont il est servant, Et souvent veoir sa beaulté belle; Car d'autre rien n'est desirant Que la servir, tout son vivant, Comme la plus belle qui soit, A qui Dieu doint de biens autant Que son loyal cueur en vouldroit. Retour au sommaire
III Ma seule Dame et ma maîtresse, Où gist de tout mon bien l'espoir, Et sans qui, plaisir, ne liesse, Ne me pevent en riens valoir; Pleust à Dieu que peussiez savoir Le mal, l'ennuy et le courrous, Qu'à toute heure me fault avoir Pource que je suis loings de vous. Helas! or ay je souvenance Que je vous vy derrainement A si tres joyeuse plaisance, Qu'il me sembloit certainement Que jamais ennuyeux tourment Ne devoit pres de moi venir, Mais je trouvay bien autrement, Quant me fallut de vous partir. Car, quant ce vint au congié prandre, Je ne savoye, pour le mieulx, Auquel me valoit plus entendre, Ou à mon cueur, ou à mes yeulx; Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux, Mon cueur courroucié si tres fort Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux. Si eslongné de reconfort. Et d'autre part, mes yeulx estoient En ung tel vouloir de pleurer Qu'à peine tenir s'en povoient, N'ilz n'osoient riens regarder; Car, par ung seul semblant monstrer En riens d'en estre desplaisans, C'eust esté pour faire parler Les jalous et les mesdisans. Et de la grant paour que j'avoye Que leur dueil si ne feust congneu, Auquel entendre ne savoye; Oncques si esbahy ne fu, Si dolent, ne si esperdu; Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé, Avant que l'en l'eust apperecu, N'avoir jamais jour esté né. Car, se par ma folle maniere, J'eusse monstré, ou par semblant Venant de voulenté legiere, L'amour dont je vous ayme tant, Par quoy eussiez eu, tant ne quant, De blasme, ne de deshonneur; Je scay bien que tout mon vivant, Je fusse langui en doleur. En ce point, et encore pire, Alors de vous je me party, Sans avoir loisir de vous dire Les maulx dont j'estoye party: Touteffoiz, Belle, je vous dy Qu'il vous pleust de vouloir penser Que je vous avoye servi, Et serviroye sans cesser. Tant comme dureroit ma vie, Et, quant de mort seroye pris, De m'ame seriez servie, Priant pour vous en Paradis, S'il en estoit en son devis; Et mes biens, mon cueur et mon corps, Je les vous ay du tout soubzmis; Mais ca esté de leurs accors. Car il n'est nulle que je clame, Ne qui se puist nommer, de vray, Ma seule souveraine Dame, Fors que vous, à qui me donnay Le premier jour que regarday Vostre belle plaisant beaulté, De qui vray serviteur mourray, En gardant tousjours loyaulté. Or vueilliez donc avoir pensée, Puisque lors j'avoye tel dueil, Belle tres loyaument amée, Qu'encore plus grant le recueil, Maintenant que, contre mon vueil, Me fault estre de vous loingtains, Et que veoir ne puis à l'ueil Voz belles, blanches, doulces mains, Et vostre beaulté nompareille, Que veoye si voulentiers, Plaine de doulceur à merveille, Dont tous voz faiz sont si entiers, Qu'ilz ont esté les messaigiers De me tollir, et pres, et loing, Mes vouloirs et mes desiriers; Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing. Si vous supply, tres bonne et belle, Qu'ayez souvenance de moy; Car, à tousjours, vous serez celle Que serviray comme je doy; Je le vous prometz par ma foy, Dutout à vous me suis donné; Se Dieu plaist, je feray pourquoy J'en seray tres bien guerdonné. Retour au sommaire
IV L'autrier en ung lieu me trouvay, Triste, pensif et doloreux, Tout mon fait, bien au long, comptay Au hault Prince des amoureux, Lequel m'a esté rigoreux, Ou temps que mon cueur le servoit; Et, ainsi qu'il me respondoit, Souvenir, qui fut au plus pres, Ses ditz et les miens escripvoit En la maniere cy apres: L'AMANT. Helas! Amours, de vous me plains; Mais les griefz maulx le me font faire, Dont mon cueur et moy sommes plains, Car trop estes de dur afaire; S'un peu me fussiez debonnaire, Espoir, que j'ay du tout perdu, Si me seroit tantost rendu; Mais pas n'avez tel vostre vueil, Aincois, par vous m'est deffendu Plaisant desir et bel acueil. AMOURS. Amours respond: A trop grand tort Vous complaignez, et sans raison, Car, envers chascun, Reconfort N'est pas tousjours en sa saison; Et, si savez qu'en ma maison, Une coustume se maintient, C'est assavoir que qui se tient Pour serviteur de mon hostel, Mainteffoiz souffrir lui convient; L'usaige de mes gens est tel. L'AMANT. Certes, Sire, vous dictes vray; Mais l'ordonnance riens ne vault, Parler en puis, car bien le scay, Et ay dancié à ce court sault; Parquoy je congnois le deffault De doulx plaisir que l'en y a; Car, quant mon cueur vous depria Secours, il lui fust escondit, Adoncques, de dueil regnya Vostre povoir, et s'en partit. AMOURS. Dea! beaulx amis, se dit Amours, Celui qui a servir se met, S'il veult avoir tantost secours, Et le guerdon qu'on lui promet, Ou autrement, il se desmet Du service qu'il a empris; De Loyaulté seroit repris, Quand je tendray mon jugement, Et si perdroit tous los et pris, Sans jamais nul recouvrement. L'AMANT. Voire, Sire doit on servir Sans prouffit, ou guerdon avoir? Nennil, ung cueur devroit mourir, Puisqu'il a fait loyal devoir, Entierement à son povoir, Et qu'il lui fault querir son pain; A vous, qui estes souverain, En est le plus de deshonneur, Veu que, par faulte, meurt de fain Vostre bon loyal serviteur. AMOURS. Qu'on meure de fain ne vueil pas, Mais le trop haste s'echaulda, Il convient aler pas à pas; Et puis apres on congnoistra, Qui mieulx son devoir fait aura, Alors doit estre guerdonné. Je suis assez abandonné, A grant largesse, de mes biens; Mais quant j'ay mainteffoiz donné A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens. L'AMANT. De ceulx ne suis, quant est à moy, Sur ce, je respons à briefz motz: Je vous asseure, par ma foy, Oncques ne fuz en ce propos, J'ay tousjours porté sur mon dos, Paine, travail à grant planté, Ne nulle chose n'ay hanté, Dont on dye qu'aye failly, Combien qu'en dueil m'aiez planté, Comme faint seigneur et amy. AMOURS. Estre mon maistre vous voulez, Par vostre parler ce me semble, Et grandement vous me foulez; Mais l'estrif de nous deux ensemble, Comme en peust cognoistre, ressemble Au desbat du verre et du pot; Fain avez qu'on vous tiengne à sot; Devant Raison soit assigné, Se j'ay tort, paier vueil l'escot, Quand le desbat sera finé. L'AMANT. Il fault que le plus foible doncques Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne vy autrement oncques, Rendre se fault, qui n'a traictié. J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, Vostre court, à mont et à val, Et, soit à pié, ou à cheval, On n'y scet trouver droit chemin; Quoiqu'on y trouve bien, ou mal, Il fault tout partir à butin. AMOURS. Pour le present, plus n'en parlons; Puisque j'ay puissance sur tous, Quelque chose que debatons, A mon plaisir feray de vous; Ne me chault de vostre courrous, Ne de chose que l'en me dye, Se je vous ay fait courtoisie, Se vous voulez, prenez l'en gré; Car le premier vous n'estes mie Qu'ay courcié en plus grant degré. Retour au sommaire
LECTRE EN COMPLAINTE FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET. Fredet, j'ay receu vostre lectre, Dont vous mercie chierement, Ou dedens avez voulu mectre Vostre fait bien entierement; Fier vous povez seurement En moy, tout, non pas à demy; Au besoing congnoist on l'amy. S'Amour tient vostre cueur en serre, Ne vous esbahissez en rien; Il n'est nulle si forte guerre Qu'au derrain ne s'appaise bien; Amour le fait, comme je tien, Pour esprouver mieulx vostre vueil, Grant joye vient apres grant dueil. Se vous dictes: Las! je ne puis Une telle doleur porter; Je vous respons: Beau Sire, et puis Vous en voulez vous depporter, Ou au Dieu d'amours rapporter? L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire; Puisqu'il est trait, il le fault boire. Cuidez vous, par dueil et courroux, Ainsi gangner vostre vouloir? Nennil, ce ne sont que coups roux Qu'Amours met tout en nonchaloir; De riens ne vous pevent valoir, Et se les couchez en despense, Trop remaint de ce que fol pense. Voulez vous rompre votre teste Contre le mur? ce n'est pas sens; Il faut dancer, qui est en feste; Certes, autre raison n'y sens; Et pour ce la, je me consens Que souffrez qu'Amours vous demaine; Grant bien ne vient jamais sans paine. Mais de voz doleurs raconter Faictes bien, ainsi qu'il me semble, Et les assommer et compter Devant Amours; car il ressemble A l'ostellier qui met ensemble, Et tout dedens son papier couche; Pour parler est faicte la bouche. De pieca je fuz en ce point, Encore pis, loing d'allegence; Touteffoiz ne vouluz je point, De moy mesmes, faire vengence; Mais chauldement, par diligence, Pourchassay et playday mon fait; Peu gangne cellui qui se tait. Et pour ce que la lectre dit Qu'Amours veult que vers moy tirez, De moy ne serez escondit, S'aucune chose desirez A vostre bien, quant l'escriprez; Paine mectray, d'entente franche, Que l'ayez de croq ou de hanche. Combatez, d'estoc et de taille, Vostre dure merencolie, Et reprenez, commant qu'il aille, Espoir, confort et chiere lie; De ne vous oublier me lie, Autant en ce que puis et doy. Que se me teniez par le doy. Or retournons à mon propos, Et ne parlons plus de cecy. Vray est que je suis en repos D'amours, mais non pas de Soussy; Et pour ce, je vous vueil aussy De me conseiller travailler, L'ami doit pour l'autre veillier. Soussy maintient que c'est raison Qu'il ait sur tous vers moy puissance; Nonchaloir dit qu'en ma maison, Vault mieulx qu'il ait la gouvernance, Car il ramenera Plaisance, Que Soussy a bannye à tort, Sans resveillier le chat qui dort. Soussy respond qu'estre ne peut, Tant qu'on est ou monde vivant, Car Fortune partout s'esmeut, Et est à chascun estrivant, En tous lieux va mal escrivant, Et toutes choses met en double; Elle a beaux yeulx et ne voit goute. Si ne scay que je doye faire, Ne lequel d'eulx me laissera; Car, veu que tousjours j'ay affaire, Soussy jamais ne cessera, Mais mon plaisir rabessera, En quelque place que je voyse; Bien est aise, qui est sans noyse. Quant en nonchaloir je m'esbas, Et desplaisir vueil debouter, Jamais ne scay parler si bas Que Soussy ne viengne escouter: Las! je le doy tant redoubter, Car à tort souvent me ravalle; Mais sans mascher fault que l'avalle. Je ne scay remede quelconques, Quant ay mis ces choses en poys, Pour tous deux contenter adoncques, Fors les faire servir par moys; Mandez moy sur ce quelquefoys, Fredet, bon conseil par vostre ame, Foy que devez à vostre Dame. Retour au sommaire
CHANSONS I Ce May qu'amours pas ne sommeille, Mais fait amans esliesser, De riens ne me doy soussier, Car pas n'ay la pusse en l'oreille; Ce n'est mie doncques merveille Se je vueil joye demener, Ce May qu'amours pas ne sommeille, Mais fait amans esliesser. Quant je me dors, point ne m'esveille, Pour ce que n'ay à quoy penser, Sy ay vouloir de demourer En ceste vie nompareille. Ce May qu'amours pas ne sommeille. Retour au sommaire
II Tiengne soy d'amer qui pourra, Plus ne m'en pourroye tenir, Amoureux me fault devenir, Je ne scay qu'il m'en avendra; Combien que j'ay oy, pieca, Qu'en amours fault mains maulx souffrir. Tiengne soy d'amer qui pourra, Plus ne m'en pourroye tenir. Mon cueur devant yer accointa Beaulté qui tant le scet chierir, Que d'elle ne veult departir; C'est fait, il est sien et sera. Tiengne soy d'amer qui pourra. Retour au sommaire
III Quelque chose que je die D'Amour, ne de son povoir, Touteffoiz, pour dire voir, J'ay une Dame choisie, La mieulx en bien acomplie Que l'en puist jamais veoir. Quelque chose que je die D'Amour, ne de son povoir. Mais à elle ne puis mie Parler, selon mon vouloir, Combien que, sans decevoir, Je suis sien toute ma vie. Quelque chose que je die. Retour au sommaire
IV N'est elle de tous biens garnie? Celle que j'ayme loyaument; Il m'est advis, par mon serement, Que sa pareille n'a en vie. Qu'en dites vous? je vous en prie, Que vous en semble vrayement? N'est elle de tous biens garnie? Celle que j'ayme loyaument. Soit qu'elle dance, chante ou rie, Ou face quelque esbatement; Faictes en loyal jugement, Sans faveur ou sans flatterie. N'est elle de tous biens garnie? Retour au sommaire
V Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entierement, Tenir me vueil joyeusement, En servant sa gente jeunesse. Car certes je suis en l'adresse D'avoir de tous biens largement, Quant j'ay nompareille maistresse Qui a mon cueur entierement. Or en ayent dueil ou tristesse Envieux, sans allegement; Il ne m'en chault, par mon serement, Car leur desplaisir m'est liesse, Quant j'ay nompareille maistresse. Retour au sommaire
VI Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! La gracieuse, bonne et belle; Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer. Qui se pourroit d'elle lasser? Tousjours sa beaulté renouvelle. Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! La gracieuse, bonne et belle. Par deca, ne dela la mer, Ne scay Dame, ne Damoiselle Qui soit en tous biens parfais, telle; C'est ung songe que d'y penser. Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! Retour au sommaire
VII Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, Mon cueur est si plain de leesse, Quant je voy la doulce jeunesse De vostre gent corps gracieux, Pour le regart de voz beaux yeulx Qui me met hors de tristesse. Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, Mon cueur est si plain de leesse. Combien que parler envieux Souventeffoiz moult fort me blesse, Mais ne vous chaille, ma maistresse, Je n'en feray pourtant que mieulx. Par Dieu, mon plaisant bien joyeux. Retour au sommaire
VIII Que me conseilliez vous, mon cueur, Irai je par devers la belle? Lui dire la paine mortelle Que souffrez pour elle en doleur. Pour vostre bien et son honneur, C'est droit que vostre conseil celle. Que me conseilliez vous, mon cueur, Irai je par devers la belle? Si plaine la scay de doulceur, Que trouveray mercy en elle, Tost en aurez bonne nouvelle, Cy vois n'est ce pour le meilleur. Que me conseilliez vous, mon cueur. Retour au sommaire
IX Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, Dont loing suis par les envieux, Me souhaide si tres souvent, Que mon penser est seulement En vostre gent corps gracieux. Savez pourquoy, mon bien joyeulx, Celle du monde qu'ayme mieulx De loyal cueur, sans changement? Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, Dont loing suis par les envieux, Me souhaide si tres souvent. Pour ce que vers moy en tous lieux J'ay trouvé plaisir ennuieux, Trop fort puis le departement Que de vous fis derrainnement, A regret merencolieux. Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx. Retour au sommaire
X Qui la regarde de mes yeulx, Ma Dame, ma seule maistresse, En elle voit, à grant largesse, Plaisirs croissans de bien en mieulx. Son parler et maintien sont tieulx Qu'ilz mectent un cueur en liesse. Qui la regarde de mes yeulx, Ma Dame, ma seule maistresse. Tous la suient, jeunes et vieulx, Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse; Chascun dit: C'est une deesse Qui est descendue des cieulx. Qui la regarde de mes yeulx. Retour au sommaire
XI Ce mois de May, nompareille Princesse, Le seul plaisir de mon joyeulx espoir, Mon cueur avez, et quanque puis avoir, Ordonnez en comme dame et maistresse. Pour ce, requier vostre doulce jeunesse Qu'en gré vueille mon present recevoir. Ce mois de May, nompareille Princesse, Le seul plaisir de mon joyeulx espoir. Et vous supply, pour me tollir tristesse, Tres humblement, et de tout mon povoir, Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir, D'un reconfort bien garny de liesse. Ce mois de May, nompareille Princesse. Retour au sommaire
XII Commandez vostre bon vouloir A vostre tres humble servant, Il vous sera obeissant D'entier cueur, et loyal povoir. Prest est de faire son devoir, Ne l'espargnez ne tant, ne quant. Commandez vostre bon vouloir A vostre tres humble servant. Mectez le tout à nonchaloir, Sans lui estre jamais aydant. S'en riens le trouvez refusant, Essayez se je vous dy voir. Commandez vostre bon vouloir. Retour au sommaire
XIII Belle, se c'est vostre plaisir De me vouloir tant enrichir De reconfort et de liesse, Je vous requier, comme maistresse, Ne me laissiez dutout mourir; Car je n'ay vouloir, ne desir, Fors de vous loyaument servir, Sans espargnier dueil, ne tristesse. Belle, se c'est vostre plaisir De me vouloir tant enrichir De reconfort et de liesse. Et s'il vous plaist à l'accomplir, Vueilliez tant seulement bannir D'avec vostre doulce jeunesse, Dolent refus qui trop me blesse, Dont bien vous me povez guerir, Belle, se c'est vostre plaisir. Retour au sommaire
XIV Rafreschissez le chastel de mon cueur D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, Car faulx Dangier, avec son aliance, L'a assiegé tout entour de doleur. Se ne voulez le siege sans longueur Tantost lever, ou rompre par puissance, Rafreschissez le chastel de mon cueur D'aucuns vivres de joyeuse plaisance. Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur, En conquestant soubz son obeissance Ce que tenez en vostre gouvernance; Avancez vous, et gardez vostre honneur. Rafreschissez le chastel de mon cueur. Retour au sommaire
XV Se ma doleur vous savies, Mon seul joyeux pensement, Je scay bien certainement Que mercy de moy auries. Du tout refus banniries, Qui me tient en ce tourment. Se ma doleur vous savies, Mon seul joyeux pensement. Et le don me donneries, Que vous ay requis souvent, Pour avoir allegement; Ja ne m'en escondiries, Se ma doleur vous savies. Retour au sommaire
XVI Ma seule, plaisant, doulce joye, La maistresse de mon vouloir, J'ay tel desir de vous veoir, Que mander ne le vous sauroye. Helas! pensez que ne pourroye Aucun bien, sans vous, recevoir. Ma seule, plaisant, doulce joye, La maistresse de mon vouloir. Car, quant desplaisir me guerroye Souventeffoiz, de son povoir, Et je vueil reconfort avoir, Esperance vers vous m'envoye. Ma seule, plaisant, doulce joye. Retour au sommaire
XVII Je ne vueil plus riens que la mort, Pource que yoy que reconfort Ne peut mon cueur eslyesser; Au moins me pourray je vanter Que je souffre doleur à tort. Car puisque n'ay d'Espoir le port, D'Amours ne puis souffrir l'effort. Ne doy je donc joye laisser? Je ne vueil plus riens que la mort, Pource que yoy que reconfort Ne peut mon cueur eslyesser. Au Dieu d'amours je m'en rapport Qu'en peine suis bouté si fort, Que povoir n'ay plus d'endurer, S'en ce point me fault demourer; Quant est de moy, je m'y accort. Je ne vueil plus riens que la mort. Retour au sommaire
XVIII Belle que je cheris et crains, En cest estat suis ordonné, Que Dangier m'a emprisonné De vostre grant beaulté loingtains; N'il ne m'a de tous biens mondains Qu'un souvenir abandonné. Belle que je cheris et crains, En cest estat suis ordonné. Mais de nulle riens ne me plains, Fors qu'il ne m'a tost raenconné; Car bien lui seroit guerdonné, Si j'estoye hors de ses mains. Belle que je cheris et crains. Retour au sommaire
XIX Ma Dame, tant qu'il vous plaira De me faire mal endurer, Mon cueur est prest de le porter, Jamais ne le refusera. En espérant qu'il guerira, En cest estat veult demourer. Ma Dame, tant qu'il vous plaira De me faire mal endurer. Une fois pitié vous prendra, Quant seulement vouldrez penser, Que c'est pour loyaument amer Vostre beaulté qu'il servira Ma Dame, tant qu'il vous plaira. Retour au sommaire
XX De la regarder vous gardez La belle que sers ligement, Car vous perdrez soudainement Vostre cueur, se la regardez; Se donner ne le lui voulez Clignez les yeulx hastivement, De la regarder vous gardez La belle que sers ligement. Les biens que Dieu lui a donnez, Emblent un cueur subtilement; Sur ce, prenez avisement, Quant devant elle vous vendrez. De la regarder vous gardez. Retour au sommaire
XXI Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse, Il me convient suir l'adresse Telle que me vouldrez donner. Povoir n'ay pas de l'amender, Car douleur est de moy maistresse. Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse. Si manderay par ung penser A mon las cueur vuit de liesse, Qu'il prengne en gré sa grant destresse, Car il lui fault tout endurer. Puisque je ne puis eschapper. Retour au sommaire
XXII C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy; Pour tenir l'amoureux party, Il m'a voulu abandonner. Riens ne vault m'en desconforter, Ne d'estre dolent ou marry. C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy. De moy ne se fait que mocquer; Quant piteusement je lui dy, Que je ne puis vivre sans luy, A paine me veult escouter. C'est fait, il n'en fault plus parler. Retour au sommaire
XXIII Puisqu'Amour veult que banny soye De son hostel, sans revenir, Je voy bien qu'il m'en fault partir, Effacé du livre de Joye. Plus demourer je n'y pourroye, Car pas ne doy ce mois servir. Puisqu'Amour veult que banny soye De son hostel, sans revenir. De Confort ay perdu la voye, Et ne me veult on plus ouvrir La barriere de Doulx plaisir, Par desespoir qui me guerroye. Puisqu'Amour veult que banny soye. Retour au sommaire
XXIV Pour le don que m'avez donné, Dont tres grant gré vous doy savoir, J'ay congneu vostre bon vouloir, Qui vous sera bien guerdonné. Raison l'a ainsi ordonné, Bienfait doit plaisir recevoir. Pour le don que m'avez donné, Dont tres grant gré vous doy savoir. Mon cueur se tient emprisonné, Et obligé, pour dire voir, Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir Vers vous, et se soit raenconné, Pour le don que m'avez donné. Retour au sommaire
XXV Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté, J'en auroye si grant planté Qu'il ne me fauldroit jamais riens. Et si gaingneroye des miens, Ma Dame, vostre voulenté. Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté. Car pour asseuré je me tiens Que vostre tres plaisant beaulté, De s'amour me feroit rente, Maugré Dangier et tous les siens. Se j'eusse ma part de tous biens. Retour au sommaire
XXVI Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur, Je desire que vous ayez mon cueur, Comme de moy, tres loyaument amée. Tresoriere, je vous voy ordonnée A le garder en plaisance et doulceur. Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur. Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, Du mien ne puis vous donner don meilleur; C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, A vous l'offre de loyalle pensée. Pour les grans biens de vostre renommée. Retour au sommaire
XXVII En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine, Combien qu'estes de moy loingtaine, Belle, tres loyaument amée, Pour ce qu'estes la mieulx parée De toute plaisance mondaine. En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine. Dutout vous ay m'amour donnée, Vous en povez estre certaine, Ma seule Dame, souveraine, De mon las cueur moult desirée. En songe, souhaid et pensée. Retour au sommaire
XXVIII De leal cueur, content de joye, Ma maistresse, mon seul desir, Plus qu'oncques vous vueil servir, En quelque place que je soye; Tout prest en ce que je pourroye, Pour vostre vouloir acomplir. De leal cueur, content de joye, Ma maistresse, mon seul desir. En desirant que je vous voye, A vostre honneur, et mon plaisir Qui seroit briefment, sans mentir, S'il fust ce que souhaideroye. De leal cueur, content de joye. Retour au sommaire
XXIX Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy, Car je congnois que j'ay failly Envers ce que devoye plaire. Mais j'espoire que debonnaire Trouveray sa grace et mercy. Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy. Je vueil endurer et me taire, Quant cause suy de mon soucy; Las! je me sens en tel party Que je ne scay que pourray faire. Se mon propos vient à contraire. Retour au sommaire
XXX Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma tres belle maistresse, J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. Mais de cellui que j'amoye le mieulx, N'ay peu avoir qu'à petite largesse. Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma tres belle maistresse. Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, J'ay eu trois moys la fievre de destresse; Mais Bon espoir m'a guery de liesse, Qui m'a promis de ses biens gracieux. Par le pourchas du regart de mes yeulx. Retour au sommaire
XXXI Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye, Presentement ma chancon vous envoye. Or la prenez en gré, je vous en prie. En passant temps, plain de merencolie, L'autrier la fis ainsi que je pensoye; Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye. Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, A vous m'offre du tout à chiere lye. Pour vous monstrer que point ne vous oublie. Retour au sommaire
XXXII Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir. Sans nul confort recevoir, Mon cueur en tristesse s'ente. Par quoy convient que je sente Mains griefz maulx, pour dire voir. Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir. En dueil a fait sa descente De tous poins, sans s'en mouvoir; Et s'il fault qu'à mon savoir Maugré mien je m'y consente. Loingtain de joyeuse sente. Retour au sommaire
XXXIII Dedens mon sein, pres de mon cueur J'ay mussié ung privé baisier Que j'ay emblé, maugré Dangier; Dont il meurt en paine et langueur. Mais ne me chault de sa douleur, Et en deust il vif enragier, Dedens mon sein, pres de mon cueur J'ay mussié ung privé baisier. Se ma Dame, par sa doulceur, Le veult souffrir, sans m'empeschier, Je pense d'en plus pourchassier, Et en feray tresor greigneur. Dedens mon sein, pres de mon cueur. Retour au sommaire
XXXIV De vostre beaulté regarder, Ma tres belle, gente maistresse, Ce m'est certes tant de lyesse Que ne le sauriez penser. Je ne m'en pourroye lasser. Car j'oublie toute tristesse. De vostre beaulté regarder, Ma tres belle, gente maistresse. Mais, pour mesdisans destourber De parler sus vostre jeunesse, Il fault que souvent m'en delaisse, Combien que ne m'en puis garder. De vostre beaulté regarder. Retour au sommaire
XXXV Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous presente, La belle, bonne, jeune et gente, Par sa tres grant grace, et doulceur; Bon guet feray, sus mon honneur, Afin que Dangier riens n'en sente. Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous presente. Dangier toute nuit en labeur A fait guet, or gist en sa tente; Accomplissez brief vostre entente Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. Prenez tost ce baisier, mon cueur. Retour au sommaire
XXXVI Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si tres fort hair? Qu'il ne me chault de desplaisir Qu'il puisse pour vous endurer. Son mal m'est joyeux à porter, Mais qu'il vous puisse bien servir. Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si tres fort hair? Las! or ne deusse je penser Qu'à le garder et chier tenir, Et non pourtant, mon seul desir, Pour vous le vueil abandonner. Comment vous puis je tant amer? Retour au sommaire
XXXVII Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance, Ou par maniere d'accointance; Trop de gens en sont parconniers. On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance. Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance. Mais savez vous lesquelz sont chiers? Les privez venans par plaisance; Tous autres ne sont, sans doubtance, Que pour festiers estrangiers, Je ne prise point telz baisiers. Retour au sommaire
XXXVIII Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer, Je n'ay plus riens à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse. En allegant, par espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer. Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer. Car mon las cueur, bien garny de tristesse, S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse. Ma seule amour, ma joye et ma maistresse. Retour au sommaire
XXXIX Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement, Et garderoye seurement Dedens le tresor de ma joye. Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vous voye, Belle que j'ayme loyaument. Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement. Jamais ne m'en confesseroye, Ne pour larrecin le tendroye, Mais grant aumosne vrayement; Car à mon cueur joyeusement, De par vous le presenteroye, Se desplaire ne vous doubtoye. Retour au sommaire
XL Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine, Vous envoye, ma souveraine, Un souspir merencolieux. Par lui saurez, mon bien joyeulx, Comment desplaisir me demaine. Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine. Car aler ne pevent mes yeulx, Vers la beaulté dont estes plaine, Mais au fort, ma joye mondaine, J'endureray pour avoir mieulx; Malade de mal ennuieux. Retour au sommaire
XLI S'il vous plaist vendre voz baisiers, J'en achecteray voulentiers, Et en aurez mon cueur en gaige, Pour les prendre par heritaige, Par douzaines, cens ou milliers. Ne les me vendez pas si chiers, Que vous feriez à estrangiers, En me recevant en hommaige. S'il vous plaist vendre voz baisiers, J'en achecteray voulentiers, Et en aurez mon cueur en gaige. Mon vueil et mon desir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers; Faictes comme loyalle et saige, Que pour mon guerdon et partaige, Je soye servy des premiers. S'il vous plaist vendre voz baisiers. Retour au sommaire
XLII Ma seule amour, que tant desire, Mon reconfort, mon doulx penser, Belle, nompareille, sans per, Il me desplaist de vous escrire; Car j'aymasse mieulx à le dire De bouche, sans le vous mander. Ma seule amour, que tant desire, Mon reconfort, mon doulx penser. Las! or n'y puis je contredire; Mais Espoir me fait endurer, Qui m'as promis de retourner En liesse, mon grief martire. Ma seule amour, que tant desire. Retour au sommaire
XLIII Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier Qui me viengne festier, D'aucun amoureux soulas. Tandis que Dangier est las, Et le voyez sommeillier, Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier. Pour Dieu, ne l'esveillez pas Ce faulx, envieux Dangier; Jamais ne puist s'esveillier! Faictes tost, et parlez bas. Logiez moy entre voz bras. Retour au sommaire
XLIV Se Dangier me tolt le parler A vous, mon bel amy, sans per; Par le pourchas des envieux, Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, Ne me tendray de vous amer, Car mon cueur m'a voulu laissier Pour soy du tout à vous donner, Et pour estre vostre en tous lieux. Se Dangier me tolt le parler A vous, mon bel amy, sans per; Par le pourchas des envieux. Tout son povoir ne peut garder, Que, sur tous autres, n'aye chier Vostre gent corps, tres gracieux; Et se ne vous voy de mes yeulx, Pourtant ne vous veuil je changier. Se Dangier me tolt le parler. Retour au sommaire
XLV Va tost, mon amoureux desir, Sur quanque me veulx obeir, Tout droit vers le manoir de Joye; Et pour plus abregier ta voye, Prens ta guide doulx souvenir. Metz peine de me bien servir, Et de ton messaige accomplir, Tu congnois ce que je vouldroye. Va tost, mon amoureux desir, Sur quanque me veulx obeir, Tout droit vers le manoir de Joye. Recommandes moy à Plaisir; Et se brief ne peuz revenir, Fay que de toy nouvelles oye, Et par Bon espoir les m'envoye; Ne vueilles au besoing faillir. Va tost, mon amoureux desir. Retour au sommaire
XLVI Je me metz en vostre mercy; Tres belle, bonne, jeune et gente, On m'a dit qu'estes mal contente De moy, ne scay s'il est ainsi. De toute nuit je n'ay dormy, Ne pensez pas que je vous mente. Je me metz en vostre mercy; Tres belle, bonne, jeune et gente. Pour ce, tres humblement vous pry, Que vous me dictes vostre entente; Car d'une chose je me vante, Qu'en loyaulté n'ay point failly. Je me metz en vostre mercy. Retour au sommaire
XLVII Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers, Je vouldroye moult voulentiers Que la debte fust acquictée; Quoyque vous soyez excusée Que n'osez pour les faulx Dangiers. Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers. J'en ay bonne lectre scellée, Paiez les, sans tenir si chiers; Autrement, par les officiers D'Amours, vous serez arrestée. Trop estes vers moy endebtée. Retour au sommaire
XLVIII Vostre bouche dit: Baisiez moy, Se m'est avis quant la regarde; Mais Dangier de trop pres la garde, Dont mainte doleur je reçoy. Laissez m'avoir, par vostre foy, Ung doux baisier, sans que plus tarde. Vostre bouche dit: Baisiez moy, Se m'est avis quant la regarde. Dangier me heit, ne scay pourquoy? Et tousjours destourbier me darde, Je prie à Dieu que mal feu l'arde! Il fust temps qu'il se teinst coy. Vostre bouche dit: Baisiez moy. Retour au sommaire
XLIX Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer, Car il n'y a que tout amer, Et grant foison de faulx semblans; Pour les maulx qui y sont doublans, Pire que les perils de mer. Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer. Ilz ne sont à riens ressemblans, Car ung jour viennent entamer Le cueur, et apres embasmer; Ce sont amouretes tremblans. Je ne les prise pas deux blancs. Retour au sommaire
L Au besoing congnoist on l'amy Qui loyaument aidier desire, Pour vous je puis bien cecy dire, Car vous, ne m'avez pas failly; Mais avez, la vostre mercy, Tant fait qu'il me doit suffire. Au besoing congnoist on l'amy Qui loyaument aidier desire. Bien brief pense partir de cy, Pour m'en aler vers vous de tire; Loisir n'ay pas de vous escrire, Et pour ce, plus avant ne dy. Au besoing congnoist on l'amy. Retour au sommaire
LI Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deffendre, Veu qu'estes desarmé et tendre, Nul ne vous doit tenir couard. Vous serez pris ou tost, ou tard, S'Amour le veult bien entreprendre. Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deffendre. Retrayez vous sous l'estendart De Nonchaloir, sans plus actendre; S'a Plaisance vous laissiez rendre, Vous estes mort, Dieu vous en gard! Fuyez le trait de doulx regard. Retour au sommaire
LII Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx, Je vous pry que soyez joyeux, En esperant que brief vous voye. Car je ne fais que querir voye De venir vers vous, se m'aist Dieux. Mon seul amy, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer veulx Et se par souhaidier povoye Estre empres vous, un jour ou deux, Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, Outre rien ne souhaideroye. Mon seul amy, mon bien, ma joye. Retour au sommaire
LIII Fault il aveugle devenir? N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on desire? Dangier est bien estrange sire, Qui tant veult amans asservir. Vous lerrez vous aneantir. Amours, sans remede querir, Ne peut nul Dangier contredire? Fault il aveugle devenir? N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on desire? Les yeulx si sont faiz pour servir, Et pour raporter tout plaisir Aux cueurs, quand ilz sont en martire; A les en garder, Dangier tire, Est ce bien fait de le souffrir? Fault il aveugle devenir? Retour au sommaire
LIV Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer? Certes, c'est le vray mirouer De toute joyeuse plaisance. Entre les parfaictes de France Se peut elle l'une advouer? Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer? Pour fol me tien, quant je m'avance De vouloir les grans biens louer, Dont Dieu l'a voulu douer; Ses faiz en font la demonstrance. Regardez moy sa contenance Retour au sommaire
LV Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement, Sans congié, ou commandement, Hors de la prison de Desir. Mesdisans l'ont ouy partir, Dont ilz tiennent leur parlement. Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement. Se le meschant eust sceu saillir Sans noyse, tout priveement, N'en peult chaloir, mais sotement L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. Reprenez ce larron souspir. Retour au sommaire
LVI Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx Assis, et derriere, et devant, Ja n'yrez si pres regardant, Que vostre propos en soit mieulx; Estre ne povez en tous lieux, Vous prenez peine pour neant. Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx Assis, et derriere, et devant. Les faiz des amoureux sont tieux, Tousjours vont en assoubtivant, Jamais ne saurez faire tant Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx. Retour au sommaire
LVII Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? Beaulté, doulceur, et encor mieulx Y sont à trop grant habondance; Soudainement luyst par semblance, Comme un escler venant des cieulx. Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? Il fait perdre la contenance A toutes gens, jeunes et vieulx; N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, Qui de l'obscurcir ait puissance. Dont vient ce souleil de plaisance. Retour au sommaire
LVIII Laissez moy penser à mon aise, Helas! donnez m'en le loisir, Je devise avecques Plaisir, Combien que ma bouche se taise. Quant merencolie mauvaise Me vient maintes foiz assaillir, Laissez moy penser à mon aise, Helas! donnez m'en le loisir. Car affin que mon cueur rapaise, J'appelle plaisant souvenir, Qui tantost me vient resjouir; Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. Laissez moy penser à mon aise. Retour au sommaire
LIX Levez ces cuevrechiefz plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; De riens ne servent telz umbraiges, Quant il ne fait hale, ne chault. On fait à beaulté qui tant vault, De la musser, tort et oultraiges: Levez ces cuevrechiefz plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges. Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, Et pense qu'il ait donné gaiges, Pour entretenir telz usaiges; Mais l'ordonnance rompre fault. Levez ces cuevrechiefz plus hault. Retour au sommaire
LX Entre les amoureux fourrez, Non pas entre les decoppez, Suis, car le temps sans refroidy, Et le cueur de moy l'est aussi; Tel me veez, tel me prenez. Jeunes gens qui Amours servez, Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, Il est ainsi que je vous dy. Entre les amoureux fourrez, Non pas entre les decoppez. Car, quant Amours servy aurez Autant que j'ay, vous devendrez Pareillement en mon party; Et quant vous trouverez ainsy, Comme je suis, lors vous serez. Entre les amoureux fourrez. Retour au sommaire
LXI Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage, Rapportez tost joyeulx message Vers le cueur pour le conforter; Ne vueillez gueres demourer, Exploictez comme bon et sage. Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage. Riens ne vous convient ordonner, Les secrez savez du courage, Besongnez à son avantage, Et pensez de brief retourner. Dieu vous conduie, Doulx penser. Retour au sommaire
LXII Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance, Dont les mercy de ma puissance, Et m'en tiens à eulx obligé. Afin que tost soit abregé Le mal qui me porte grevance, Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance. Desja je me sens alegé, Car acointié m'a Esperance, Et croy qu'amoureux n'a en France Qui soit mieulx que moy hebergé. Les fourriers d'Amours m'ont logé. Retour au sommaire
LXIII Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir; Aidier scevent, et decevoir Ung cueur qui tout en eulx se fie. Il ne fault ja que je le dye, Chascun le peut en soy savoir. Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir. D'eulx me plains et ne m'en plains mye, Car mal et bien m'ont fait avoir; Menty m'ont, et aussi dit voir, Je l'aveu et si le renye. Que c'est estrange compaignie. Retour au sommaire
LXIV Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir; S'ilz vous povoient conquerir, Ilz ne demanderoyent mieulx. Vous estes seule soubz les cieulx Le tresor de parfait plaisir. Beaulté, gardez vous de mes yeulx, Car ilz vous viennent assaillir. Congneuz les ay jeunes et vieulx, Qu'il ne leur chauldroit de morir, Mais qu'eussent de vous leur desir, Je vous avise qu'ilz sont tieulx. Beaulté, gardez vous de mes yeulx. Retour au sommaire
LXV Bien viengne doulx regart qui rit, Quelque bonne nouvelle porte, Dont Dangier fort se desconforte, Et de courroux en douleur frit. Ne peut chaloir de son despit, Ne de ceulx qui sont de sa sorte. Bien viengne doulx regart qui rit, Quelque bonne nouvelle porte. Dangier dist: baille par escript, Et qu'il n'entre point en la porte; Mais Amour, comme la plus forte, Veult qu'il entre sans contredit. Bien viengne doulx regart qui rit. Retour au sommaire
LXVI En la promesse d'Esperance Où j'ay temps perdu et usé, J'ay souvent conseil reffusé, Qui me povoit donner plaisance. Las! ne suis le premier de France Qui sotement s'est abusé, En la promesse d'Esperance Où j'ay temps perdu et usé. Et, de ma nysse gouvernance, Devant Raison j'ay accusé Mon cueur; mais il s'est excuse, Disant que deceu l'a Fiance En la promesse d'Esperance. Retour au sommaire
LXVII Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous, N'en ayez ennuy, ou courroux; Certes il convient ainsi estre. Trop longuement m'avez fait pestre, Et toujours tenir au dessous. Mon cueur, il me fault estre mestre A ma foiz, aussi bien que vous. Allez à dextre, ou à senestre, Pris serez, sans estre rescous, Passer vous fault, mon amy doulx, Ou par là, ou par la fenestre. Mon cueur, il me fault estre mestre. Retour au sommaire
LXVIII Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle, Leur monstrant sa grant beaulté belle, Ilz reviennent comme affamez; Maugré mesdisans peu amez, Et Dangier qui tient leur querelle. Mes yeulx trop sont bien reclamez, Quant ma Dame si les appelle. Estre devroient diffamez, S'ilz ne voloyent, de bonne elle, Vers les grans biens qui sont en elle; De ce ne seront ja blasmez. Mes yeulx trop sont bien reclamez. Retour au sommaire
LXIX Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; Certes, Aguet par tous lieux vous convoye Priveement, en habit desguisé. De gens saichans en estes moins prisé, D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. Retraiez vous, regart mal avisé, Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye. Dangier avez contre vous atisé, Quant sot maintien tellement vous forvoye; Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, Il est ainsi que je l'ay devisé. Retraiez vous, regart mal avisé. Retour au sommaire
LXX Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez, Il semble qu'aux barres jouez; Reprenez un peu vostre alaine. Cueurs qu'Amours tient en son demaine, Cuident qu'assaillir les voulez. Regart, vous prenez trop de paine, Tousjours courez et racourez. Amours, une fois la sepmaine C'est raison que vous reposez, Et affin que ne morfondez, Il faudra que l'en vous pourmaine. Regart, vous prenez trop de paine. Retour au sommaire
LXXI Le voulez vous? Que vostre soye, Rendu m'octroye, Pris ou recous. Ung mot pour tous, Bas qu'on ne l'oye. Le voulez vous? Que vostre soye. Maugré jalons, Foy vous tendroye, Or sa, ma joye, Accordons nous. Le voulez vous? Retour au sommaire
LXXII Crevez moy les yeulx, Que ne voye goute, Car trop je redoubte, Beaulté en tous lieux; Ravir jusqu'aux cieulx Veult ma joye toute. Crevez moy les yeulx, Que ne voye goute. D'elle me gard Dieux, Affin qu'en sa route Jamais ne me boute; N'est ce pour le mieulx? Crevez moy les yeulx. Retour au sommaire
LXXIII Quant je la regarde, Elle vient ferir Mon cueur, de la darde D'amoureux desir. Retour au sommaire
LXXIV Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison, Par les rues, sans raison, Chevauchent faisans les saulx; Et font saillir des carreaulx Le feu, comme de charbon. Jeunes amoureux nouveaulx, En la nouvelle saison. Je ne scay se leurs travaulx Ilz employent bien, ou non; Mais piqués de l'esperon, Sont autant que leurs chevaulx. Jeunes amoureux nouveaulx. Retour au sommaire
LXXV Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez, Car plus tost en serez blessez, Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. N'alez à dextre, ne à senestre Regardant, mais les yeulx bessez. Gardez le trait de la fenestre, Amans, qui par rues passez. Se n'avez medicin bon maistre, Si tost que vous serez navrez, A Dieu soiez recommandez; Mort vous tiens, demandez le prestre. Gardez le trait de la fenestre. Retour au sommaire
LXXVI En gibessant toute l'apres disnée Parmy les champs, pour me desanuyer, N'a pas longtemps que faisoye l'autrier Voler mon cueur apres mainte pensée; La quilote souvenance nommée, Sourdoit deduit, et savoit remerchier. En gibessant toute l'apres disnée Parmy les champs, pour me desanuyer. Gibessiere de passe temps ouvrée, Emplie toute d'assez plaisant gibier, Et puis je peu mon cueur, au derrenier, Sur ung faisant d'esperance celée. En gibessant toute l'apres disnée. Retour au sommaire
LXXVII Que faut il plus à ung cueur amoureux? Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; Qu'avitailler tantost sa forteresse D'assez vivres de Bon espoir eureux, Cappitaine face Desir songneux, Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. Que faut il plus à ung cueur amoureux? Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse. Artillié soit d'Avis avantureux, Coulevrines et canons, à largesse, Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, Es boulevers et lieux avantageux. Que faut il plus à ung cueur amoureux? Retour au sommaire
LXXVIII Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle, Qui, pour mourir en la querelle, N'acheve ce qu'a entrepris; Diffamé de droit, et repris Par devant dame et damoiselle, Des maleureux porte le pris, Servant Dame loyalle et belle. Pourquoy est d'amer si espris Quant congnoist que son cueur chancelle? En soy donnant repreuve telle, Où a il ce mestier apris? Des maleureux porte le pris. Retour au sommaire
LXXIX En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire Mieulx que moy; J'en sauroye, sur ma foy, De ma main ung livre escripre, Où amans pourroient lire, Des yeulx larmoyans, sans rire, Je m'en croy. En amer n'a que martire, Nully ne le devroit dire. Des maulx qu'on y peut eslire, Celluy qui est le mains pire, C'est anoy, Qui n'est jamais à part soy; Plus n'en dy, bien doit souffire. En amer n'a que martire. Retour au sommaire
LXXX Me fauldrez vous à mon besoing? Mon reconfort et ma fiance, M'avez vous mis en oubliance? Pourtant se de vous je suis loing, N'avez vous pitié de mon soing, Sans vous, savez que n'ay puissance. Me fauldrez vous à mon besoing? Mon reconfort et ma fiance. On feroit des larmes ung baing, Qu'ay pleurées de desplaisance, Et crie, par desesperance, Ferant ma poictrine du poing, Me fauldrez vous à mon besoing? Retour au sommaire
LXXXI Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant, S'on lui va riens demandant, Il respont à la volée, Et parle de voix cassée, Sans propos ne tant, ne quant. Cueur endormy en pensée, En transes, moitié veillant. Tout met en galimafrée, Lombart, Anglois, Alemant, Francois, Picart et Normant, C'est une chose faée. Cueur endormy en pensée. Retour au sommaire
LXXXII Il vit en bonne esperance, Puisqu'il est vestu de gris, Qu'il aura, à son advis, Encore sa desirance; Combien qu'il soit hors de France, Par deca le mont Senis, Il vit en bonne esperance, Puisqu'il est vestu de gris. Perdu a sa contenance, Et tous ses jeux et ses ris, Gaigner lui fault Paradis. Par force de paciance. Il vit en bonne esperance. Retour au sommaire
LXXXIII Mon cueur plus ne volera, Il est enchaperonné, Nonchaloir l'a ordonné, Qui ja piaca le m'osta. Confort depuis ne lui a Cure, n'atirer donné. Mon cueur plus ne volera, Il est enchaperonné. Se sa gorge gectera? Je ne scay, car gouverné Ne l'ay, mais abandonné; Soit com avenir pourra. Mon cueur plus ne volera. Retour au sommaire
LXXXIV Chascun dit qu'estes bonne et belle, Mais mon ueil jugier n'e saura, Car lignage m'avuglera, Qui maintendra vostre querelle; Quant on parle de damoiselle Qui à largesse de biens a. Chascun dit qu'estes bonne et belle, Mais mon ueil jugier n'e saura. A nostre assemblée nouvelle, Verray ce qu'il m'en semblera, Et, s'ainsi est, bien me plaira; Or prenons que vous soyez telle. Chascun dit qu'estes bonne et belle. Retour au sommaire
LXXXV Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant amée, A celui qui cueur et pensée Avoit en elle, comme tien. Combien qu'il n'y aye plus rien, Et qu'autre la lui ait ostée. Encore lui fait il grant bien De veoir celle qu'a tant amée. En regardant son doulx maintien, Et son fait qui moult lui agrée, S'il la peut tenir embrassée, Il pense que une foiz fut sien Encore lui fait il grant bien. Retour au sommaire
LXXXVI Avugle et assourdy, De tous poins en nonchaloir, Je ne puis ouir, ne veoir Chose dont soye esjouy. Se desplaisant, ou marry, Tout m'est ung, pour dire veoir. Avugle et assourdy, De tous poins en nonchaloir. Es escolles fu nourry D'amours, pensant mieux valoir; Quant plus y cuiday savoir, Plus m'y trouvay rassoty. Avugle et assourdy. Retour au sommaire
LXXXVII Satis, satis, plus quam salis, N'en avez vous encore assez? Par Dieu, vous en serez lassez Des folies quas amatis. Cum sensibus ebetatis, Soctes gens vous les amassez. Satis, satis, plus quam salis, N'en avez vous encore assez? Et pour ce, si me credatis, Oubliez tous les temps passez, Et voz meschans pensers cassez, Dolendo de perpetratis. Satis, satis, plus quam salis. Retour au sommaire
LXXXVIII Non temptabis, tien te coy, Regard plain d'atrayement, Vade retro tellement Que point n'aproches de moy. Probavi te, sur ma foy, Je crains ton assotement. Non temptabis, tien te coy, Regard plain d'atrayement. Ecce la raison pourquoy, Tu resveilles trop souvent Corda, bien congnois comment Presches l'amoureuse loy. Non temptabis, tien te coy. Retour au sommaire
CAROLES I Las! Merencolie, Me tendrez vous longuement, Es maulx dont j'ay plus de cent, Sans pensée lie. Je l'ay souffert main et soir, Loingtain de joyeulx confort; Mais nul bien n'en puis avoir, Dont mon cueur est presque mort. Au moins, je vous en prie, Que me laissiez seulement, Aucun peu d'alegement, Sans m'oster la vie Las! Merencolie. Esperance d'avoir mieulx Dist qu'elle me veult aidier; Mais tousjours maugracieux Je trouve le faulx Dangier, Qui tant me guerrie. Si, vous requier humblement, Qu'en ce douloureux tourment Ne me laissiez mie, Las! Merencolie. Retour au sommaire
II Avancez vous, Esperance, Venez mon cueur conforter, Car il ne peut plus porter Sa tres greveuse penance. Pieca, Joyeuse pensée S'esbatoit avecques lui, Mais elle s'en est alée, Tant a pourchassié Ennuy. Se vous n'avez la puissance De tout son mal lui oster, Plaise vous à alegier Au moins un peu sa grevance. Avancez vous, Esperance. Vous lui avez fait promesse De le venir secourir, Et de lui tollir tristesse, Mais trop le faictes languir. Ayez de lui souvenance, Et le venez deslogier De la prison de Dangier, Où il meurt en desplaisance, Avancez vous, Esperance. Retour au sommaire
III M'avez vous point mis en oubly? Par Dieu, je double fort, oy, Ma seule maistresse et ma joye; Non pourtant, quelque part que soye, Je m'actens à vostre mercy. Espoir m'a dit que Leauté Vous fera souvenir de moy, Car vostre bonne voulenté Ne peult faillir, comme je croy. Quant est à moy, je vous supply, Pensez que l'amoureux party, Que j'ay prins, changier ne pourroye; Certes avant mourir vouldroye, Je vous prometz qu'il est ainsi. M'avez vous point mis en oubly? Amour a tort, ce m'est advis, Qu'il ne fait aux dames sentir Les maulx, où leurs servans sont mis, Pour les tres loyaument servir. Pour vous, ma Dame, je le dy, Car se vous saviez le soussy, Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, Vous diriez bien que j'auroye, De droit, gaingné le don d'amy. M'avez vous point mis en oubly? Retour au sommaire
IV Laudes Deo sint, atque gloria, Hoc tempore, pre cordis gaudio, Exultemus cum Dei Filio, Misso nobis a patris gracia. Tunc prophete vere predixerant Nasciturum de pura virgine, Ut salvaret hos qui perirant, Pro parentum dampnati crimine. Tunc natus est ex stirpe Regia, Flos ascendens de Jesse gremio; Illi honor et benedictio Qui nos replet tanta leticia. Laudes Deo sint, atque gloria. Sic induit se carne hominis, Ut per carnem, carnem redimeret, Sic amorem demonstrans servulis, Quos creavit ne ipsos perderet. O miranda Regis clemencia! Qui non parcens corpori proprio, Se obtulit diro supplicio, Nostra sanans cruore vicia. Laudes Deo sint, atque gloria. Retour au sommaire