Joachim du Bellay

Table L'Olive - XI L'Olive - LV L'Olive - LXXXI

XI Des vents émus la rage impétueuse Un voile noir étendait par les cieux, Qui l'horizon jusqu'aux extrêmes lieux Rendait obscur, et la mer fluetueuse. De mon soleil la clarté radieuse Ne daignait plus apparaître à mes yeux, Ains m'annonçaient les flots audacieux De tous cotés une mort odieuse Une peur froide avait saisi mon âme Voyant ma nef en ce mortel danger, Quand de la mer la fille je réclame, Lors tout soudain je vois le ciel changer, Et sortir hors de leurs nébuleux voiles Ces feux jumeaux, mes fatales étoiles. Retour au sommaire
LV O faible esprit, chargé de tant de peines, Que ne veux-tu sous la terre descendre ? O coeur ardent, que n'es-tu mis en cendre ? O tristes yeux, que n'êtes-vous fontaines ? O bien douteux ! o peines trop certaines ! O doux savoir, trop amer à comprendre ! O Dieu qui fais que tant j'ose entreprendre, Pourquoi rends-tu mes entreprises vaines ? O jeune archer, archer qui n'as point d'yeux, Pourquoi si droit as-tu pris ta visée ? O vif flambeau, qui embrases les Dieux, Pourquoi as-tu ma froideur attisée ? O face d'ange ! o coeur de pierre dure ! Regarde au moins le tourment que j'endure. Retour au sommaire
LXXXI Celle qui tient l'aile de mon désir, Par un seul ris achemine ma trace Au paradis de sa divine grâce Divin séjour du Dieu de mon plaisir. Là les amours volent à tout loisir, Là est l'honneur, engravé sur sa face, Là les vertus, ornement de sa race Là les beautés, qu'au ciel on peut choisir. Mais si d'un oeil foudroyant elle tire Dessus mon chef quelque trait de son ire, J'abîme au fond de l'éternelle nuit. Là n'est ma soif aux ondes périssante, Là mon espoir et se fuit et se suit, Là meurt sans fin ma peine renaissante. Retour au sommaire