La Neuvaine des Ulates

Noinden Ulad in so sis
Harleian 5280

Version II

Traduit de l'allemand par Erik Stohellou
© Erik Stohellou - 2010



Noinden Ulad ci-dessous.

Pourquoi la faiblesse a-t-elle pesé sur les Ulates? Ce n'est pas difficile.

Un riche fermier d'Ulster vivait sur les hauteurs des montagnes et dans la solitude, Crundchu Mac Agnomain était son nom. Dans sa solitude, il engrangea de grandes richesses. Il avait de nombreux fils avec lui, et autour de lui. [Alors] la femme qui avait vécu avec lui, la mère de ses enfants, mourut. Longtemps il resta sans femme. Alors qu'un jour il était là, seul, sur son lit dans sa maison, il vit une jeune et jolie femme venir à lui dans la grande maison; sa silhouette, son vêtement et son allure étaient admirables. Macha était le nom de cette femme, ut periti dicunt. La femme s'assit sur un siège près du foyer, et alluma le feu. Ils furent ainsi jusqu'à la fin de la journée sans parler l'un à l'autre. Elle saisit un pétrin et un crible et commença à préparer [la nourriture] pour la maison. Quand la journée fut finie, elle prit des seaux pour traire les vaches, sans rien demander. Quand ils (les gens) furent [de retour] dans la maison, elle fit un tour autour d'eux par la droite et alla dans sa cuisine et parla aux gens et s'assit sur un siège à côté de Crundchu. Tout le monde alla à son lit, elle resta après tous les autres, et éteignit le feu puis tourna par la droite autour de lui et alla sous la couverture avec lui (Crundchu) et mit la main sur son côté. Ils restèrent ensemble jusqu'à ce qu'elle soit enceinte de lui. En se liant avec elle, sa richesse [n'en] devint qu'encore plus grande. Son apparition et l'épanouissement *** était agréable. Cependant, les Ulates avaient souvent de grandes réunions et des rassemblements. Ils demandèrent [alors] à tous d'aller à l'assemblée, homme et femme, de tous ceux qui le pouvaient. "Je veux", dit Crundchu à sa femme, "aller à la réunion comme les autres." "Tu ne devrais pas aller", dit la femme, "de sorte que tu ne serais pas dans le danger de parler de nous, car notre union ne tient que [tant] que tu ne parles pas de moi à l'assemblée." "Je n'en parlerai donc pas", dit Crundchu. Les Ulates allèrent à l'assemblée, de même Crundchu y alla comme les autres. La réunion fut impressionnante, tant par [les] gens, [que] par les chevaux et que [en ce qui concerne] les costumes. Il y avait pendant l'assemblée des courses de chevaux et des combats et des jeux de lancer et des courses entre hommes et des parades (qui étaient) organisés. La neuvième heure le char du roi arriva sur le champ de course. Les chevaux du roi arrachèrent la victoire lors de la rencontre. Alors vint le chanteur de louanges pour louer le roi et la reine, et les poètes et les druides et les guerriers (?) et le peuple et toute l'assemblée. "Jamais ne sont venus à l'Assemblée, deux chevaux, comme les deux chevaux du roi, car il n'y a pas plus rapide que ces deux-là en Irlande." "Ma femme est plus rapide que ces deux chevaux", dit Crundchu. "Retenez cet homme." dit le roi, "jusqu'à ce que sa femme vienne concourir!" Il (Crundchu) fut arrêté et des envoyés du roi se rendirent auprès de la femme. Elle souhaita la bienvenue aux messagers, et demanda ce qui les avaient conduit à elle. "Nous sommes venus, pour que tu ailles libérer ton mari, qui est arrêté par le roi, car il a dit que tu es plus rapide que les deux chevaux du roi." «C'[est] vraiment malheureux", dit-elle, "parce qu'il n'était pas convenable de dire cela. C'est un malheur pour moi", dit-elle, "parce que je suis dans les douleurs de l'enfantement." "Quelle malchance", dirent les messagers, "il sera tué si tu ne viens pas." "Cela n'arrivera pas", dit-elle. Elle se rendit avec eux à l'assemblée. Alors, tout le monde vint la voir. "Il n'est pas digne d'examiner ma figure", dit-elle. "Pourquoi, ai-je été amenée?" dit-elle. "Pour faire la course contre les deux chevaux du roi", dirent-ils tous. "C'est une catastrophe", dit-elle,« car j'ai des contractions." "Tirez l'épée contre cet homme," dit le roi. «Attendez un peu avec moi", dit-elle, "jusqu'à ce que j'ai accouché." "Non," dit le roi. "Vraiment c'est une honte pour vous de ne pas avoir un peu de considération pour moi. Puisque vous n'en avez pas, je vais amener la plus grande honte sur vous. Approchez seulement les chevaux près de moi!" dit-elle. Ceci fut fait, et elle arriva au bout de la piste devant eux. Puis elle poussa un cri de détresse et de douleur. Bientôt, Dieu y mit fin pour elle, et elle donna naissance à un fils et une fille, Fir et Fial, en une seule fois. Lorsque tous entendirent le cri de la femme, il se fit qu'ils n'eurent tous [que] la même force que la femme, qui était dans la faiblesse. "Vous bénéficierez dès cette heure-ci de l'honneur de la profanation, dont vous m'avez couverte, par honte. Lorsque le besoin sera le plus grand pour vous, tout ceux qui vivent dans cette province, n'auront que la force d'une femme, dans le temps où elle est en couches, pour la même durée, à savoir cinq jours et quatre nuits, et ceci pèsera sur vous jusqu'au neuvième homme, c'est-à-dire, le temps de neuf (génération d')hommes."

Cela arriva véritablement. Cela dura depuis l'époque de Crunchu jusqu'au temps de Fergus mac Domnaill. Mais cette faiblesse n'était pas sur les femmes, ni les enfants, ni Cuchulainn, parce qu'il ne venait pas de l'Ulster, ni sur ceux qui [alors] étaient hors du pays.

Ainsi, c'est de cela que vint la faiblesse sur les Ulates etc



© Erik Stohellou - 2010

Sources : Ernst Windisch, Berichte der Königliche Sächsische Gesellschaft der Wissenschaften (Phil.-Hist. Klasse) 36



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